Études de lexicologie arabe


Les racines quadriconsonantiques du type qnCC

 

 

Cette étude devait originellement constituer la sixième et dernière partie de notre étude consacrée à l’étymon nº 314 {q,n}, rubrique À propos des étymons. Au vu de l’ampleur prise par cette partie, nous en avons fait une étude à part entière qui se réfère constamment aux cinq autres parties. Aussi ne saurions-nous trop recommander au lecteur qui souhaiterait lire la présente étude de bien vouloir commencer par celle dont elle est la suite naturelle.

 

1. Les emprunts avérés

 

Source : Jean-Claude Rolland, Étymologie arabe : dictionnaire des mots de l’arabe moderne d’origine non sémitique, Paris, L’Asiathèque, 2015.

قنبلة qunbula “bombe”. Probablement apparenté au persan xum-bara “petit vase en terre” et au turc humbara, “tire-lire”.

قنبور qanbūr “bosse, bossu”. Du turc kambur “bosse”, lui-même du grec byzantin καμπύλη [kampúli] “courbe”, du grec classique καμπύλος [kampúlos] “courbe, courbé, recourbé”, dérivé de κάμπτω [kámptô] “courber”.

قندس qundus ou قندز qunduz “castor, loutre”. Du turc kunduz, même sens.

قندق qandaq ou qunduq “crosse (de fusil)”. Du grec moderne κοντάκι [kontáki] “bâton, poignée, crosse”, du grec ancien κοντός [kontós] “perche, javelot, harpon”.

قنديل qandīl “lampe”. Du latin candela “cierge, chandelle”.

قنصل qunṣul.1 “consul”. Du latin consul, d’origine obscure.

قنطار qinṭār “quintal”. Du grec médiéval κεντηνάριον [kentênárion] “poids de cent livres”, lui-même du latin tardif centenarium, dérivé du latin centum “cent”.

قنطاريون qinṭāriyūn “centaurée”. Du grec κενταύρειον [kentaúreion] proprement “plante de centaure”, dérivé de Κένταυροι [kéntauroi] “Centaures”, d’étymologie inconnue.

قنطرمة qanṭarma “mors brisé, bridon”. Du turc kantarma, même sens, lui-même du mongol kantarga.

قنقر qanqar ou كنجرو kanǧarū ou كنغر kanġar “kangourou”. De l’anglais kangaroo, d’une langue indigène de l’Australie.

قنّبيط qunnabīṭ “chou-fleur”. Variante de كرنب kurnub “chou”, du grec κράμϐη [krámbê], même sens.

2. Les quadriconsonantiques traités par Bachmar

 

Source : Karim Bachmar, Les quadriconsonantiques dans le lexique de l’arabe, thèse de doctorat soutenue à École Normale Supérieure de Lyon en 2011. (En ligne).

NB : Bachmar n’a analysé que des formes verbales.

 

قنبع qanba‛a (tome II, page 201) rester chez soi, se claquemurer ; s’enfler de colère

Analyse de Bachmar :

قنبع qanba‛a.1 rester chez soi, se claquemurer résulte du croisement des étymons {n,‛} et {q,b}, à la lumière de وعن wa‛n asile, refuge, lieu où l’on se retire et de وقب waqaba entrer, s’introduire (dans un grotte ou dans un trou).

قنبع qanba‛a.2 s’enfler de colère résulte du croisement des étymons {b,‛} et {q,n}, à la lumière de وبع √wb‛ – II. péter au nez de qqn pour lui témoigner du mépris et de قون √qwn – V. vexer, tourmenter qqn par des paroles.

Notre analyse : Il n’y a qu’un seul verbe قنبع qanba‛a dont les deux sens relèvent de notre matrice de la gorge et du cou. Le mot est, par l’incrémentation du ayn, une simple extension de قنب qanaba se coucher (soleil) ; entrerقنب qunb fourreau du pénis (chez les animaux à sabots)قانب qānib loup qui hurle.

Formes nominales :

قنبع qunbu‛ enveloppe de feuille qui entoure l’épi des céréales : métaphore du cou.

قنبعة qunbu‛a sorte de vêtement qu’on met aux enfants : idem.

قنبعة qunbu‛a homme de petite taille : exiguité de la gorge

قنبيعة qinbī‛a grognement des cochons : fonction vocale de la gorge.

مقنبع muqanbi‛ gros, épais : conséquence de la fonction ingestive.

 

قندس qandasa (tome II, page 201) devenir sage et rentrer dans l’ordre et l’obéissance après avoir été rebelle ; venir à résipiscence ; aller toujours tout droit, poursuivre tout droit son chemin à travers le pays

Analyse de Bachmar :

قندس qandasa.1 devenir sage et rentrer dans l’ordre et l’obéissance après avoir été rebelle ; venir à résipiscence est à rapprocher de ناق nāqa – II. dompter et rendre docile un chameau.

قندس qandasa.2 aller toujours tout droit, poursuivre tout droit son chemin à travers le pays résulte du croisement des étymons {d,s} et {q,d}, à la lumière de سدّ sadda – VII. être droit, être dirigé tout droit et de قدو qdw – V. poursuivre tout droit son chemin.

Notre analyse : Les deux sens du verbe قندس qandasa relèvent de la matrice de la traction (B.6. Soumission). La forme résulte du croisement des étymons complémentaires {q,n} et {d,s}. (Cf. سدو sdw – V. suivre qqn, aller sur ses pas.)

 

قنزع qanza‛a (tome II, page 291) avoir les cheveux dispersés autour de la tête

Analyse de Bachmar : قنزع qanza‛a est à rapprocher de وزع waza‛a diviser, partager et de قزع qaza‛a – II. raser la tête en y laissant des mèches de cheveux ça et là. L’étymon est {z,‛} et قنزع qanza‛a une extension de قزع qaza‛a par incrémentation du n.

Notre analyse : idem.

Forme nominale : قنازع qanāzi‛ malheurs : extension de نزع naz‛ agonie par préfixation du q ? (Voir aussi plus loin la variante ou synonyme قناذع qanāḏi‛.)

 

قنطر qanṭara (tome II, page 202) se faire citadin, abandonner la vie nomade ou champêtre ; forcer une fille ; être très riche, compter l’argent par quintaux ; séjourner longtemps chez qqn ; cambrer (donner à une construction la forme d’un arc, d’une arcade, d’une voûte)

Analyse de Bachmar :

قنطر qanṭara.1 se faire citadin, abandonner la vie nomade ou champêtre : ce sens relève de la séparation, comme celui de II. abattre, ce qui autorise un rapprochement avec طرّ ṭarra tomber (main coupée d’un coup de sabre).

قنطر qanṭara.2 forcer une fille : ce sens relève de la soumission, ce qui autorise un rapprochement avec قينة qayna fille esclave (qui connaît le chant et la musique).

قنطر qanṭara.3 être très riche, compter l’argent par quintaux : rapprochement avec قنا qanā – IV. rendre qqn riche.

قنطر qanṭara.4 séjourner longtemps chez qqn : rapprochement avec قنّ qanna – X. faire halte avec ses troupeau pour en traire les femelles et boire le lait.

قنطر qanṭara.5 cambrer (donner à une construction la forme d’un arc, d’une arcade, d’une voûte) : rapprochement avec قنًا qanan élévation, cambrure, saillie (au milieu du nez, du bec).

Pour tout ces sens, la forme قنطر qanṭara résulte du croisement des étymons {q,n} et {ṭ,r}.

Notre analyse :

قنطر qanṭara.1 se faire citadin, abandonner la vie nomade ou champêtre : ce sens n’est pas fondamentalement différent de celui de قنطر qanṭara.4 séjourner longtemps chez qqn. L’un et l’autre relèvent du réseau du resserrement, rubrique 3.g. faire halte, séjourner. On peut considérer cette forme comme une extension de قطن qaṭana habiter un lieu par une incrémentation du r doublée d’une métathèse.

قنطر qanṭara.2 forcer une fille : nous avons nous aussi placé cette forme sous la matrice de la traction mais dans la partie C. On peut y voir une extension de قنط qanṭ verge (d’un petit garçon) par incrémentation du r. (Pour le parallélisme pénis // copuler, voir notre étude "Cohabiter avec une femme".)

قنطر qanṭara.3 être très riche, compter l’argent par quintaux : cette forme n’est probablement qu’un dénominal de قنطار qinṭār quintal, vu plus haut.

قنطر qanṭara.5 cambrer (donner à une construction la forme d’un arc, d’une arcade, d’une voûte) : nous avons placé cette forme sous la matrice de la gorge et du cou, rubrique D.1.1. “Extensions : courber, voûter ; plier”. On peut y voir une extension de قطن qaṭina être courbé, voûté par une incrémentation du r doublée d’une métathèse.

On notera que les formes قنطر qanṭara.1, 4 et 5 sont ainsi liées, si bien qu’il doit exister trois verbes قنطر qanṭara homonymes.

Formes nominales :

قنطر qanṭar bourg, bourgade : voir قنطر qanṭara.1

قنطرة qanṭara pont ; grand édificeمقنطر muqanṭar construit en voûte, en arcade : formes dérivées de قنطر qanṭara.5 cambrer.

قنطر qinṭar malheur, calamité : forme liée à قنطر qanṭara.5 cambrer. Voir le réseau du resserrement, rubrique 3.b. angoisse, tristesse, malheur.

مقنطر muqanṭar parfait, accompli : idem, rubrique 3.f. remplir complètement.

قنفش qanfaša être contracté, ridé et raccourci ; ramasser bien vite, à la hâte, ou plier bien vite qqch (tome II, page 203)

Analyse de Bachmar :

قنفش qanfaša être contracté, ridé et raccourci ; ramasser bien vite, à la hâte, ou plier bien vite qqch résulte du croisement

– d’une part des étymons {q,f} et {n,š}, à la lumière de قفّ qaffa – VIII et X. se contracter, se courber et avoir la peau desséchée (vieillard) et de شنّ šanna – VI. être contracté, ridé, ratatiné,

– et d’autre part des étymons {q,š} et {f,n}, à la lumière de قشّ qašša ramasser de tous côtés tout ce qui se trouve et de فنى fanā être décrépi et caduc.

Notre analyse :

قنفش qanfaša.1 être contracté, ridé et raccourci : relève du réseau du resserrement, rubrique 3.d. infirmité. En associant à ce verbe la forme nominale قنافش qunāfiš qui a une barbe épaisse et le nez écorché, on voit immédiatement que cette forme est une extension de قنف qanifa être couvert de boue desséchée et crevassée – II. couper en morceaux avec un sabreقناف qināf qui a une barbe épaisse par incrémentation du š. (Il est possible que le choix du crément ait été dicté par l’existence de شنّ šanna.)

قنفش qanfaša.2 ramasser bien vite, à la hâte, ou plier bien vite qqch relève aussi du réseau du resserrement, mais de la rubrique 2.a. intensité avec connotation positive : diligence, rapidité, assiduité. La racine pourrait résulter d’un croisement de قفّان qaffān zèle avec قشّ qašša ramasser de tous côtés tout ce qui se trouve. Il existe donc bien deux racines قنفش √qnfš homonymes.

Formes nominales :

قنفش qanfaš rapidité avec laquelle on trait une femelle : sens lié à قنفش qanfaša.2. mais on voit bien l’influence de la matrice de la traction.

قنافش qunāfiš : voir قنفش qanfaša.1.

3. Autres racines

 

قنبر qunbar et قنبرى qunbarā bombe – قنبرة qunbura alouette – قنبير qinbīr sorte de manne que l’on cueille dans le Yemen

قنبر qunbar et قنبرى qunbarā bombe : devenu قنبلة qunbula en arabe moderne (vu plus haut en 1.). Pour certains, peut-être apparenté au persan xum-bara petit vase en terre devenu en turc humbara tire-lire.

قنبرة qunbura alouette : probable variante de قبّرة qubbara. Il est difficile de savoir laquelle des deux formes est première.

قنبير qinbīr sorte de manne que l’on cueille dans le Yemen : variante de قنبيل qinbīl. Ces deux derniers noms – قنبرة qunbura et قنبير qinbīr – sont peut-être d’origine sémitique. En l’absence de forme verbale, il est difficile d’en dire plus.

 

قنبض qunbuḍ serpent – قنبضة qunbuḍa femme petite et laide et méprisée à cause de cela

قنبض qunbuḍ serpent : au vu de l’existence de قبّض qubbaḍ tortue, il nous semble légitime de rapprocher ce mot de la racine قبض √qbḍ qui décrit bien, sous ses formes V et VII, les mouvements d’un tel reptile. Le n est donc un simple crément infixé.

قنبضة qunbuḍa femme petite et laide et méprisée à cause de cela : par comparaison misogynique avec le précédent ? Ce ne serait pas le seul exemple...

 

قنبل qanbal, قنبلة qanbala cohorte, escadron, troupe de cavaliers au-dessus de trente ; troupe d’hommes – قنبل qanbul homme au corps épais ; jeune homme vif, ardent, impétueux ; sorte d’arbre – قنبيل qinbīl sorte de manne que l’on cueille dans le Yemen

قنبل qanbal.1, قنبلة qanbala cohorte, escadron, troupe de cavaliers au-dessus de trente ; troupe d’hommes : relève de la matrice de la gorge et cou, rubrique B.4. “Abondance (de liquide, d’animaux, de gens, etc.)”. Probable extension, par incrémentation du l, de قنيب qanīb cohorte, escadron.

قنبل qanbul.2 homme au corps épais : relève de la matrice de la gorge et cou, rubrique B.5.2. “Conséquences négatives de l’ingestion : l’indigestion, la prise de poids”. Le mot semble résulter du croisement des étymons {q,n} et {b,l}, à juger par عبل ‛abala être gros, épais, عنابل ‛unābil homme qui a les bras gros et charnus et حنبل ḥanbal ventru ; gros, replet.

قنبل qanbul.3 jeune homme vif, ardent, impétueux : le sens est trop éloigné du précédent pour qu’il puisse s’agir du même mot. Celui-ci semble relever du réseau du resserrement, rubrique 2.a. intensité avec connotation positive : diligence, rapidité, assiduité. C’est probablement une extension nominale de قبل qabila poursuivre une chose avec assiduité, par incrémentation du n.

قنبل qanbul.4 sorte d’arbre : nous n’avons pas d’avis sur le nom de cet arbre dont nous ignorons tout.

قنبيل qinbīl.5 sorte de manne que l’on cueille dans le Yemen : idem. voir قنبير qinbīr.

On voit qu’il existe cinq racines قنبل √qnbl homonymes.

 

قنثل qanṯala soulever beaucoup de poussière sous ses pieds en marchant

Ce verbe pourrait relever de la matrice de la traction, rubrique A.11.1. “Monter, faire monter”. Il affiche clairement, dans sa composition, un croisement de l’étymon {q,n} avec l’étymon {n,ṯ} propager, répandre, disséminer, etc. Le l final semble bien n’être qu’un simple crément compensant la perte d’un des deux n.

 

قنخر √qnḫr – قنّخر qinnaḫr qui a les narines et la bouche large, une grosse voix et la tête dure ; grosse pierre qu’on arrache du sommet d’une montagne – قناخر qunāḫir grand, haut – قنخيرة qinḫīra, قنخورة qunḫūra grosse pierre

Un même sémantisme parcourt ces mots, mais, à juger par le sens de قنّخر qinnaḫr, où l’on reconnaît aisément la présence de la racine نخر √nḫr, les divers autres sens sont des métaphores d’un gros nez. Le redoublement du n témoigne de la présence de l’étymon {q,n} à l’initale. Cette racine semble être un bon exemple d’un cas de croisement de deux matrices, celle du nez et celle de la traction (mouvement vers le haut, hauteur).

 

قندفير qandafīr vieille femme (employé seul ou comme épithète de عجوز ‛aǧūz)

Il est difficile de ne pas percevoir, dans la composition de ce long mot isolé, la racine دفر √dfr qui réunit les notions de puanteur, de dégoût, et de méprisable. L’éymon {q,n} semble y jouer le rôle d’un préfixe augmentatif, issu des notions de hauteur, grandeur, grosseur, etc. (matrice de la traction, mouvement vers le haut, voir قنخر √qnḫr.)

 

قندل qandala marcher d’un pas lent, à son aise et sans se presser – قندل qandal qui a une grosse tête ; long, dont le corps est très long (animal) – قندول qundūl sorte d’arbre fréquent en Syrie (aspalatus)

قندل qandal qui a une grosse tête ; long, dont le corps est très long (animal) : ce mot semble doté de ce préfixe augmentatif que nous venons de mentionner. La paronymie doublée d’une synonymie avec عندل ‛andal et صندل ṣandal n’est certainement pas fortuite. Nous avons par ailleurs observé la séquence dl- à l’initiale d’un certain nombre de mots signifiant gros, gras, épais, fort.

قندل qandala marcher d’un pas lent, à son aise et sans se presser : sens probablement lié au précédent.

قندول qundūl sorte d’arbre fréquent en Syrie (aspalatus) : nous n’avons pas d’avis sur le nom de cet arbre dont nous ignorons tout.

 

قنذع qunḏu‛ homme qui n’est pas jaloux de sa femme ; langage obscène, indécent – قناذع qanāḏi‛ malheurs (cf. قنازع qanāzi‛)

قنذع qunḏu‛ homme qui n’est pas jaloux de sa femme ; langage obscène, indécent : évidente extension de la racine قذع √qḏ‛ sale, obscène, indécent par incrémentation du n.

قناذع qanāḏi‛ malheurs : dérivé du précédent ou simple variante de قنازع qanāzi‛ vu plus haut ? Les deux mots relèvent du réseau du resserrement, rubrique 3.b. angoisse, tristesse, malheur.

 

قنسر qansara courber, voûter (âge) ; vieillir qqn (malheurs, peines) – قنسر qansar vieux, cassé par l’âge ; antique – قناسر qunāsir dur (corps)

قنسر qansara courber, voûter (âge) ; vieillir qqn (malheurs, peines)قنسر qansar vieux, cassé par l’âge ; antique : le mot relève du réseau du resserrement, 3.d. infirmité. Croisement de l’étymon {q,n} avec قسر √qsr – VIII. être très âgé.

قناسر qunāsir dur (corps) : la dureté est une conséquence du resserrement. Incrémentation du r final sur un croisement des étymons {q,n} et {q,s} dur ?

 

قنصل qunṣul.2 court, petit

Le mot semble être une extension de قصل √qṣl couper par incrémentation du n, ce qui le rapproche de la forme VIII. être coupé, tranché. La coupure est une forme de resserrement, 3.d. infirmité.

 

قنطث qanṭaṯa courir pour se sauver (par peur)

On perçoit la présence de نطّ naṭṭa s’enfuir. Le sens est celui de la matrice de la traction, rubrique B.1. “Fuir, s’enfuir, échapper à, sortir”. Pour le choix du final comme crément, nous n’avons pas d’autre explication que celui qui accompagne le q dans la forme قثد √qṯd –VIII. être enfoncé et mis en fuite (rangs des combattants).

قنعات qin‛āt qui a beaucoup de poils aux joues

Mot obscur. Du point de vue du sens, on n’est pas loin de la barbe épaisse vue ailleurs. Kazimirski hésite entre un quadriconsonantique et un dérivé de قنع √qn‛, mais on ne voit rien qui, sur le plan sémantique, puisse justifier cette dernière option. Aucun autre rapprochement.

 

قنعسة qan‛asa force d’un cou gros et court – قنعاس qin‛ās grand ; fort, puissant ; jeune chameau robuste

Autre mot chargé du sémantisme récurrent de la force, de la puissance, etc., termes afférents du resserrement. Le cou entre en jeu, probablement sous l’influence de عنق √‛nq, mais il n’occupe pas une place essentielle du sémantisme. Ce rôle est plutôt dévolu à ce qan- initial qui semble souvent porter dans cette étude le sème de la grosseur ou de la force. Pour le choix du s final comme crément, nous n’avons pas d’autre explication que celui qui accompagne le q dans la forme قسا qasā être dur. En bref, phonétiquement, ce mot est bien armé pour signifier ce qu’il signifie.

 

قنفذ qunfuḏ hérisson ; rat ; saillie du derrière de la tête entre les oreilles (chez le chameau) qui est souvent en sueur ; monticule de sable ; arbre qui croît au milieu des sables ; terrain couvert d’une végétation luxuriante

قنفذ qunfuḏ hérisson ; rat : vieux mot sémitique qui a des correspondants dans d’autres langues : hébreu qipod, syriaque qufda, tigré qenfez, ce dernier avec n infixé, comme en arabe dont il n’est probablement qu’un emprunt. Les autres sens semblent être des emplois métaphoriques.

 

قنفر qanfar verge, pénis – قنفور qunfūr orifice de l’anus – قنافر qunāfir court, petit

قنفر qanfar verge, pénis : probable extension par le r final de قناف qināf gland très gros de la verge. Voir matrice de la traction, mouvement inverse.

قنافر qunāfir court, petit : exiguité, petitesse. Autre extension de قنف √qnf – II. couper en morceaux avec un sabre. Voir plus haut قنفش qanfaša.

قنفور qunfūr orifice de l’anus : métaphore du trou, matrice de la gorge et du cou. La forme est plus difficile à analyser car aucun sens de قنف √qnf ne permet de rapprocher les deux racines, sauf, peut-être le sens premier du verbe قنف qanifa : être couvert de boue desséchée et crevassée...

 

قنفل qanfala marcher d’un pas lourd

Autre probable extension de قنف √qnf – قناف qināf long et gros. Pour le rapport entre grosseur et marche lente ou lourde, voir plus haut قندل qandala.

 

قنقع qunqu‛ rat ; petit, court – قنقعة qunqu‛a anus ; hérisson femelle

قنقع qunqu‛ ratقنقعة qunqu‛a hérisson femelle : ce n’est certainement pas par hasard que la première syllabe de ces mots se retrouve dans قنفذ qunfuḏ, mêmes sens. (Voir plus haut). L’ensemble du mot sonne comme une onomatopée. Imitation du cri de l’animal ?

قنقع qunqu‛ petit, court et قنقعة qunqu‛a anus : paire parallèle à celle que nous venons de voir avec قنفور qunfūr et قنافر qunāfir. Par une sorte de renforcement de l’étymon à l’initiale, la racine قنقع √qnq‛ serait-elle, au moins pour ces deux mots, une extension de نقع √nq‛, l’une des racines récurrentes de la matrice de la gorge et du cou ?

 

قنقل qanqal certaine grande mesure de substance sèche ; homme qui marche d’un pas lourd

قنقل qanqal certaine grande mesure de substance sèche : Vieux terme technique. Peut-être emprunté ?

قنقل qanqal homme qui marche d’un pas lourd : cf. plus haut قنفل qanfala et قندل qandala. Les trois mots ont قنل -qnl- en commun, ce n’est sans doute pas un hasard. Il n’existe pas de racine قنل qnl mais il existe deux étymons synonymes {q,n} et {q,l} relevant de la matrice de la gorge et du cou. Nous avons vu plus haut que les animaux gros ou longs avaient une démarche lente ou lourde.

 

Conclusion

 

Au terme de cette étude, en comptant les cas d’homonymie mais emprunts mis à part, nous avons rencontré une trentaine de racines du type qnXY. Ces racines sont très diverses, aussi bien du point de vue de la forme que de celui du sens.

Du point de vue de la forme, certaines sont clairement une extension d’une racine qnX – plus rarement qXn – par un crément Y, d’autres une extension d’une racine qXY par le crément n, d’autres le résultat d’un croisement d’étymons.

Du point de vue du sens, nous avons pu rattacher la plupart d’entre elles aux trois groupes de racines étudiées à propos de l’étymon {q,n} : celles qui relèvent de la matrice de la gorge et du cou, celles qui relèvent du réseau du resserrement, et celles qui relèvent de la matrice de la traction. Parmi ces dernières, il s’en détache un certain nombre dans lesquelles la séquence qn- initiale semble porteuse du sème de l’excès dans les dimensions ou la force.

(Avril 2020)