Études de lexicologie arabe


Une étude de la racine خرط √ḫrṭ

 

Au hasard des consultations du dictionnaire de Kazimirski, il arrive au lecteur de tomber sur des racines particulièrement polysémiques dont il a peine à croire qu’elles ne dissimulent pas une ou plusieurs racines homonymes. C’est bien le cas de la racine خرط √ḫrṭ comme on va le constater en survolant la notice que lui a consacrée notre auteur :

خرط ḫaraṭa 1. dépouiller d'écorce et rendre égal. (p. ex., une pièce de bois) ; tourner (se dit du travail de tourneur). 2. dépouiller une branche de ses feuilles avec la main en la passant d'un bout à l'autre de la branche. 3. enlever les baies d'une grappe de raisins, en la mettant dans la bouche (de sorte que la queue se trouve dépouillée et que les baies restent dans la bouche). 4. lâcher le faucon (sur la proie). 5. laisser aller, lâcher les bestiaux sur le pré, etc. 6. lâcher ses gens, ses esclaves contre qqn et permettre le pillage. 7. purger, produire son effet (se dit d'un purgatif). 8. purger (se dit du fourrage vert qui purge les bestiaux). 9. lâcher un vent, un pet. 10. forcer une jeune fille. 11. être rétif au point d'arracher la bride des mains du cavalier (se dit d'une monture). 12. souder, arranger (un verre, vitrage). 13. être atteint de la maladie ḫaraṭ. IV. fermer une bourse, une poche avec les ganses. V. 1. tremper le bout de qqch dans un corps gras, de manière que la graisse reste au bout. VII. 1. commettre une bévue, en agissant dans l'ignorance ou à sa tête 2. s'attaquer àqqn par des paroles injurieuses ou autres offenses. 3. courir avec rapidité, aller vite. 4. aller vite, courir vers endroit. 5. entrer brusquement dans ..... 6. sortir brusquement de.... 7. être compris au nombre, dans la série. 8. être mince, dégagé (se dit du corps). VIII. dégainer, tirer du fourreau (un sabre). X. sangloter, continuer à sangloter. XIII. 1. se prolonger pour qqn (se dit de la route, du voyage). 2. s'entortiller, s'engager autour du pied du gibier (se dit du lacet, des filets). 3. s'éloigner avec rapidité. 4. être long (se dit de la barbe, des poils de la barbe).

خرط ḫaraṭ 1. maladie des femelles à lait, lorsque le lait coule en grumeaux ou avec une matière jaune. 2. affaiblissement général dans le corps.

خرط ḫirṭ 1. lait en grumeaux qui s'écoule des pis d'une chamelle ou d'une brebis atteinte du ḫaraṭ 2. perdrix mâle.

خارط ḫāriṭ 1. qui rend des excréments clairs (comme celui qui est purgé). 2. atteinte de la maladie ḫaraṭ (ne se dit que des femelles).

خراط ḫarāṭ, خراط ḫurāṭ, خرّاط ḫurrāṭ et خراطيّ ḫurāṭayy substance grasse qui coule de la racine du papyrus.

خراط ḫirāṭ indocilité, nature rétive de la monture, qui fait qu'elle arrache la bride des mains du cavalier, et qu'elle part.

خراطة ḫirāṭa art, métier et état de tourneur.

خرّاط ḫarrāṭ tourneur.

خروط ḫarūṭ 1. animal rétif qui arrache la bride des mains du cavalier. 2. femme méchante. 3. qui fait une bévue.

خريطة ḫarīṭa 1. sac, cabas. 2. sac dans lequel on suspend les œufs de vers à soie.

خريطى ḫurayṭā 1. sanglots violents et prolongés.

مخراط miḫrāṭ 1. malade de la maladie ḫaraṭ. 2. serpent qui a ôté sa dépouille, ou qui l'ôte chaque année.

مخرط muḫriṭ malade du ḫaraṭ.

مخروط maḫrūṭ 1. qui a la barbe clairsemée, et les poils de la barbe longs. 2. allongé (visage).

مخروطة maḫrūṭa 1. (barbe) clairsemée sur les joues, avec de longs poils au menton. 2. au pl., مخروطات maḫrūṭāt en géom., cône.

خرطيط ḫarṭīṭ rhinocéros.

NB : On complètera ce corpus avec les quelques données ajoutées par Dozy dans son Supplément aux dictionnaires arabes, à savoir

خرط ḫaraṭa polir des pierres ou du verre – VII. devenir étroit, se rétrécir

خرط ḫarṭ hâblerie, jactance ; tour (du tourneur)

خريطة ḫarīṭa le sac ou portefeuille qui contient la liasse du cadi

On repère assez vite quelques items qui ne peuvent qu’être associés, notamment ceux relatifs à la maladie du ḫaraṭ, ou encore ceux relatifs au travail du tourneur. La distance entre ces deux sémantismes nous dirige déjà, du moins en synchronie, vers une probable homonymie. Mais quid de tout le reste ? Le problème serait insoluble si nous ne disposions pas de travaux antérieurs qui vont nous permettre d’éclaircir le paysage. Une fois encore, nous allons en effet faire appel à Georges Bohas, à Michel Masson et à nos précédentes études.

Que nous apprend Georges Bohas sur les racines ? On peut résumer rapidement sa théorie de la façon suivante :

1. Qu’elles sont construites sur une séquence bilitère réversible qu’il appelle “étymon”.

2. Qu’un étymon est porteur d’au moins une “charge sémantique”.

3. Que cette charge est repérable par le rapprochement d’un maximum de racines construites sur un même étymon.

4. Qu’il existe un certain nombre de “matrices” regroupant des étymons ayant en commun la même association de traits phonétiques et la même charge sémantique. À noter que trois de ces matrices entretiennent un rapport clair avec une partie du corps : l’une avec le nez, une autre avec la langue et la troisième avec la gorge(1).

En conséquence, une racine qui ne comporte que deux consonnes affiche d’emblée son seul et unique étymon ; elle est appelée « non ambigüe ». Mais une racine trilitère, qui peut être construite sur n’importe lequel de ses trois étymons théoriques, est pour cela appelée « ambigüe ». Ce sera le cas de notre racine خرط √ḫrṭ dont les trois étymons théoriques sont {ḫ,ṭ}, {ḫ,r} et {ṭ,r}.

Que nous a appris Michel Masson par quelques-unes de ses meilleurs études ? Qu’il existe dans le lexique des langues sémitiques des “parallélismes sémantiques” partagés par plusieurs racines. Le nombre de racines concernées doit être le plus important possible pour réduire la part du hasard. Certaines associations sont attendues, donc immédiatement explicables. D’autres le sont moins ou pas du tout, et c’est là que l’intuition et la culture du lexicologue interviennent. La méthode des parallélismes sémantiques a permis, dans de nombreux cas, de découvir le fil conducteur, le dénominateur commun, le sens premier de racines dont l’apparent éclatement sémantique pouvait d’abord faire croire à la co-existence de racines homonymes.

Fort de ces apports, nous avons réalisé nous-même plusieurs études, toutes consultables sur ce blog(2), notamment

– « Pluies et parfums », publié une première fois dans Dix études de lexicologie arabe, p. 59. (2016).

– « Cohabiter avec une femme : le vocabulaire de l’acte sexuel en arabe classique d’après les données du dictionnaire de Kazimirski », dans Langues et littératures du monde arabe, LLMA nº 11, (2017).

– « La gorge et le cou » (janvier 2019), suivi de – « Pour une matrice phonétique de la gorge et du cou » (décembre 2019).

On va voir tout ce que la présente étude doit à ces précédents travaux.

 

Notes

1. BOHAS et SAGUER, Le son et le sens, Fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique.

2. www.jclrolland.fr

A. L’étymon {ṭ,r} dans « Pluies et parfums »

 

Nous avons dit plus haut que l’un des étymons théoriques de notre racine est l’étymon {ṭ,r}. Or cet étymon est justement celui que nous avons étudié en profondeur dans « Pluies et parfums », une étude reposant en grande partie sur celle de Michel Masson intitulée « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », paru dans Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041(3). En relisant notre étude, nous y avons constaté la présence de plusieurs occurrences de la racine خرط √ḫrṭ. Il nous a suffi de suivre à nouveau le même plan et les mêmes rubriques pour vérifier qu’il nous aurait été possible d’ajouter dans « Pluies et parfums » un nombre encore plus important de dérivés de notre racine. En mentionnant ici quelques-unes des autres racines en {ṭ,r} à titre d’exemples, nous avons en effet obtenu le résultat suivant :

 

1. Noms d’objets liquides

1.1. Sécrétion organique

a) larmes et sécrétions de l’œil

خريطى ḫurayṭā sanglots violents et prolongés – خرط ḫaraṭa X. 1. sangloter, continuer à sangloter

Nous avions bien noté cet item dans "Pluies et parfums", aux côtés de

طحر ṭaḥara jeter au dehors, rendre (se dit, p. ex., de l'œil, quand il sécrète un brin ou les ordures qui s'y étaient introduits, ou de la source qui en battant lance dehors quelques débris de plantes, etc.)

طرف ṭarafa blesser qqn à l'œil au point d'en faire couler des larmes

b) urine et excréments

خارط ḫāriṭ qui rend des excréments clairs (comme celui qui est purgé).

Nous avions bien noté cet item dans "Pluies et parfums", aux côtés de

ثرط ṯaraṭ fiente liquide de chameau

مرط maraṭa rendre les excréments

c) sécrétions morbides

خرط ḫaraṭa être atteint de la maladie ḫaraṭ

خرط ḫaraṭ maladie des femelles à lait, lorsque le lait coule en grumeaux ou avec une matière jaune ; affaiblissement général dans le corps.

خرط ḫirṭ lait en grumeaux qui s'écoule des pis d'une chamelle ou d'une brebis atteinte du ḫaraṭ

خارط ḫāriṭ atteinte de la maladie ḫaraṭ (ne se dit que des femelles)

مخراط miḫrāṭ malade de la maladie ḫaraṭ

مخرط muḫriṭ malade du ḫaraṭ

Nous aurions pu ajouter ces items dans "Pluies et parfums" où il n’y a pas de sous-partie consacrée à ce type de sécrétions.

d) graisse fondue

خرط ḫaraṭa – V. tremper le bout de qqch dans un corps gras, de manière que la graisse reste au bout

Nous aurions pu ajouter cet item dans "Pluies et parfums" aux côtés de

طرق ṭirq graisse

e) sperme

خرط ḫaraṭa forcer une jeune fille

Il n’y a pas dans notre racine d’item désignant expressément le sperme, mais dans "Cohabiter avec une femme", nous avons constaté que l’arabe, tout comme le français avec foutre et l’anglais avec fuck, pouvait associer sous une même racine un nom désignant le sperme et un verbe exprimant l’action de copuler. C’est par exemple, également construit sur l’étymon {ṭ,r} et présent dans "Pluies et parfums", le cas de

طرق ṭarq sperme (d’un étalon) // طرق ṭaraqa couvrir la femelle (chameau)

Il y a d’autres racines, construites sur d’autres étymons, qui attestent du parallélisme :

زكبة zakba sperme // زكب zakaba cohabiter avec une femme

عسب ‛asb sperme du chameau // عسب ‛asaba saillir, couvrir une femelle

عصد ‛aṣd sperme // عصد ‛aṣada cohabiter avec une femme

عيس ‛ays sperme de l’étalon // عاس ‛āsa couvrir la femelle et la féconder de son sperme (chameau)

Sans parler d’une plus longue liste de racines en {ṭ,r} qui ne connaissent que le verbe ; nous ne mentionnerons ici que les racines non ambigües ; pour les autres, se reporter à "Cohabiter avec une femme" (II, 1, étymon {ṭ,r}) :

طيّر ṭayyara féconder toutes les femelles (se dit d'un étalon) (présent dans "Pluies et parfums")

طرّة ṭarra coït

رطا raṭā cohabiter avec une femme

... soit deux items de plus que nous aurions donc pu ajouter dans "Pluies et parfums".

Pour en finir sur ce sujet, l’une des charges sémantiques de l’étymon {ḫ,ṭ} étant la copulation, à juger par خطّ ḫaṭṭa et طخّ ṭaḫḫa cohabiter avec une femme, on voit que notre racine avait une autre bonne raison d’exprimer aussi l’acte sexuel.

1.2. Produits liquides d’usage courant

a) poix, résine, sève

خراط ḫarāṭ, خراط ḫurāṭ, خرّاط ḫurrāṭ et خراطيّ ḫurāṭayy substance grasse qui coule de la racine du papyrus.

Nous avions bien noté cet item dans "Pluies et parfums", aux côtés de

قاطر qāṭir résine – قطران qaṭrān poix (> fr. goudron)

1.3. Couler // objets métaphoriquement envisagés comme liquides

a) cheveux, poils

خرط ḫaraṭa – XIII. être long (se dit de la barbe, des poils de la barbe)

مخروط maḫrūṭ qui a la barbe clairsemée, et les poils de la barbe longs ; allongé (visage)

مخروطة maḫrūṭa (barbe) clairsemée sur les joues, avec de longs poils au menton

Nous aurions pu ajouter ces items dans "Pluies et parfums" aux côtés de

طرّ ṭurr chevelure longue et qu'on laisse pendre – طارّ ṭārr qui commence à avoir des moustaches (jeune homme) – طرور ṭurūr boucle, mèche de cheveux

مراطة murāṭa cheveux qui tombent quand on peigne les cheveux, ou poil arraché par épilation

b) chaîne, file et répétition de l’identique

خرط ḫaraṭa – VII. être compris au nombre, dans la série

Nous aurions pu ajouter cet item dans "Pluies et parfums" aux côtés de

أطرق ’aṭraqa aller, suivre la file, les uns après les autres (se dit des bestiaux, ou de la nuit et du jour qui se suivent tour à tour) – مطراق miṭrāq série, file semblable et correspondante à une autre

قطر qaṭara attacher les bestiaux les uns à la suite des autres, de manière qu'ils forment une file, une chaîne – قطار qiṭār chaîne de chameaux, d'éléphants, etc., attachés l'un à l'autre et marchant à la file ; train, suite de wagons (sens moderne).

 

Notes

3. Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1991.

2. Couler // se déplacer

2.1. Marcher vite, courir

خرط ḫaraṭa – VII. courir avec rapidité, aller vite, aller vite, courir vers endroit ; entrer brusquement dans ..... , sortir brusquement de....

Nous aurions pu ajouter cet item dans "Pluies et parfums" aux côtés de

خطرف ḫaṭrafa marcher d'un pas précipité, redoublé, deux fois plus rapide qu'à l'ordinaire

طحور ṭaḥūr véloce, rapide, qui part comme une flèche

2.2. Factitif : laisser aller, lâcher

خرط ḫaraṭa laisser aller, lâcher les bestiaux sur le pré, etc. ; lâcher ses gens, ses esclaves contre qqn et permettre le pillage ; lâcher le faucon (sur la proie) ; lâcher un vent, un pet

Nous avions bien noté cet item dans "Pluies et parfums", aux côtés de

طرد ṭarada lever le fouet et le lâcher en sorte qu'il s'étende de toute sa longueur

فرط faraṭa laisser échapper une occasion favorable

Nous aurions pu ajouter

ضرط ḍaraṭa – II. imiter avec la bouche un pet pour se moquer de qqn

On trouvera en outre dans l’étude de M. Masson, sous cette même rubrique, une dizaine de racines non apparentées dans lesquelles ce parallélisme est flagrant. La moitié d’entre elles ont un verbe signifiant laisser paître librement.

2.3. Avec le sens de voyager (chemin)

خرط ḫaraṭa – XIII. se prolonger pour qqn (se dit de la route, du voyage)

Nous aurions pu ajouter cet item dans "Pluies et parfums" aux côtés de

فرطة furṭa course, tour, voyage à travers un pays

مطردة maṭrada grande route – VIII. couler, poursuivre son cours

2.4. Avec le sens de fuir, échapper à qqn

خرط ḫaraṭa être rétif au point d'arracher la bride des mains du cavalier (se dit d'une monture) – XIII. s'éloigner avec rapidité

خروط ḫarūṭ animal rétif qui arrache la bride des mains du cavalier

خراط ḫirāṭ indocilité, nature rétive de la monture, qui fait qu'elle arrache la bride des mains du cavalier, et qu'elle part.

Nous aurions pu ajouter ces items dans "Pluies et parfums" aux côtés de

جعطر ǧa‛ṭara s'enfuir, tourner le dos

طحرب ṭaḥraba courir en se sauvant

2.5. Factitif : faire fuir, chasser

خرط ḫaraṭa purger, produire son effet (se dit d'un purgatif) ; purger (se dit du fourrage vert qui purge les bestiaux)

Nous aurions pu ajouter cet item dans "Pluies et parfums" aux côtés de

طرح ṭaraḥa chasser, repousser, éloigner

طرد ṭarada éloigner, écarter, repousser, chasser (avec la main ou avec quelque instrument) ; donner la chasse, poursuivre ; chasser, bannir

 

Conclusion de cette partie : il existe un certain nombre de dérivés de notre racine qu’il est possible de regrouper autour de la notion centrale de couler. Nous en concluons à la probable existence d’une racine خرط √ḫrṭ.1 couler, et à celle d’au moins une autre racine homonyme que nous appellerons خرط √ḫrṭ.2 dont il nous appartient maintenant de découvrir le sens premier.

B. L’étymon {ḫ,r} dans « Pour une matrice phonétique de la gorge et du cou »

 

"Pour une matrice phonétique de la gorge et du cou" est le titre d’une plus récente étude, qui fait suite à "La gorge et le cou". C’est une étude sommaire qui n’était qu’un sondage dont l’objectif était de vérifier la présence du seul parallélisme sémantique manger // parler dans un certain nombre de racines construites sur des étymons associant les traits phonétiques {[dorsale],[+sonant]}, ce qui est le cas aussi bien de l’étymon {ḫ,r} que de l’étymon {ṭ,r}. Rappelons les quelques données que nous avions retenues :

Pour l’étymon {ḫ,r}

خبرة ḫubra portion, ration (de mets) servie à qqn // خبر ḫabar nouvelle, bruit qui court

خرس ḫarisa boire à une cruche // être muet

خرصة ḫurṣa eau à boire ; nourriture d’accouchée // خرص ḫaraṣa énoncer un avis ; mentir

Pour l’étymon {ṭ,r}

برقط √brqṭ – II. se nourrir de toutes sortes de nourriture // I. parler à tort et à travers

سرطم sarṭam qui a le gosier large, et qui avale avec avidité et promptement // qui parle avec facilité, disert

طرق ṭariqa boire de l'eau trouble // طرق ṭarq son de la voix ou d'un instrument de musique – طرّيق ṭarrīq métaph. parole

عرط ‛araṭa ronger et déchirer (chameaux qui rongent les arbres) // VIII. déchirer qqn, calomnier, diffamer

Notre racine n’avait pas été oubliée :

خرط ḫaraṭa – VIII. enlever avec les dents les baies de la grappe, en la mettant dans la bouche // VII. s’attaquer à qqn par des paroles injurieuses

Ce constat nous amène à faire l’hypothèse que la racine خرط √ḫrṭ.2 résulte probablement du croisement des deux étymons synonymes {ḫ,r} et {ṭ,r} et que son sens premier est en rapport avec les parties du corps que sont la gorge et le cou. Pour nous en assurer, en suivant le même plan et les même rubriques que dans "La gorge et le cou", nous allons maintenant vérifier s’il n’y aurait pas d’autres items de cette racine qui en seraient sémantiquement dérivés.

 

1. La fonction ingestive de la gorge

La saisie de la nourriture

Reprenons l’item que nous venons de voir, et dont la place est ici justifiée :

خرط ḫaraṭa enlever les baies d'une grappe de raisins, en la mettant dans la bouche (de sorte que la queue se trouve dépouillée et que les baies restent dans la bouche)

On comparera avec ces quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جرم ǧarama dépouiller et alléger le palmier en enlevant les grappes de dattes

رجه raǧaha saisir une chose avec les dents

شجر šaǧara – III. ronger les arbres

علق ‛alaqa enlever, arracher avec les dents les feuilles de la cime des plantes

Autres données, celles-ci construites sur l’étymon {ṭ,r} :

رهط rahaṭa manger avec avidité, dévorer

زرط zaraṭa avaler une bouchée

عرط ‛araṭa ronger et déchirer (chameaux qui rongent les arbres)

La métaphore permet de généraliser à toutes sortes de dépouillements ou mises à nu :

خرط ḫaraṭa dépouiller une branche de ses feuilles avec la main en la passant d'un bout à l'autre de la branche ; dépouiller d'écorce et rendre égal. (p. ex., une pièce de bois)

مخراط miḫrāṭ serpent qui a ôté sa dépouille, ou qui l'ôte chaque année

خرط ḫaraṭa – VIII. dégainer, tirer du fourreau (un sabre)

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جرد √ǧrd – V. être nu, mis à nu, dépouillé de tout

عجرد ‛aǧrada – II. être tout nu

فرج faraǧ nudité des parties honteuses

En d’autres circonstances l’arrachage est une activité qui a des conséquences positives s’exprimant par des racines signifiant nettoyer, polir, fourbir, lisser, etc., d’où :

خرط ḫaraṭa polir des pierres ou du verre (Dozy)

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

خلق ḫalaqa – II. polir

زهلق zihliq lisse, poli

صقل ṣaqala polir, fourbir, rendre lisse et luisant

2. La fonction vocale de la gorge

2.1. Les cris et les bruits

Notons tout d’abord les sens de cette racine qui est construite sans ambigüité sur l’étymon {ḫ,r} :

خرخر ḫarḫara ronfler (chat, homme qui dort) ; râler – خرخر ḫarḫar bruit de l’eau qui coule ; murmure du vent qui souffle

Le cri étant l’expression vocale caractéristique de certaines espèces d’animaux, nombre d’entre eux ont été, dans toutes les langues, souvent nommés à partir de leurs cris ou grognements. C’est problement le cas de لقلق laqlaq, لقلاق laqlāq cigogne, de زيز zīz cigale, de جران ǧarān grenouille, de طوط ṭūṭ chauve-souris, et de bien d’autres. Aussi proposons-nous de placer ici :

خرط ḫirṭ perdrix mâle (syn. حجل ḥaǧal, سركة sirika)

خرطيط ḫarṭīṭ rhinocéros (syn. كركدنّ karkadann)

... le premier pour ses roucoulements et le deuxième pour son probable grognement, à juger par la proximité formelle de son signifiant avec

خرطوم ḫurṭūm nez ; trompe de l’éléphant ; groin du cochon

On remarquera que les synonymes signalés entre parenthèses semblent également construits sur des étymons relevant eux aussi de la matrice phonétique gorge et cou, à savoir les étymons {ǧ,l} et {k,r}. Il faut aussi incidemment noter la proximité morphosémantique de خرطوم ḫurṭūm avec deux racines dans lesquelles l’étymon {ṭ,r} est perceptible : فرطوسة furṭūsa et فرطيسة firṭīsa groin du cochon ; pénis du cochon ; bout du nez (en parlant de l'homme), et فرطوم furṭūm nez, bec, bout pointu de la chaussure.

2.2. Le langage articulé

Le langage est parfois parfois excessif ou blessant, dur, nuisible :

خرط ḫarṭ hâblerie, jactance (Dozy)

خرط ḫaraṭa – VII. s'attaquer à qqn par des paroles injurieuses ou autres offenses

خروط ḫarūṭ femme méchante

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

لقع laqa‛a – V. déblatérer – لقعة luqa‛a bavard et hâbleur

جرح ǧaraḥa blesser par des propos ou des paroles offensantes

جرز ǧaraza piquer ; médire de qqn

Autres données, celles-ci construites sur l’étymon {ṭ,r} :

رمط ramaṭa blâmer qqn, faire des reproches à qqn ; médire de qqn

طرطر ṭarṭara se vanter ; parler

عرط ‛araṭa – VIII. déchirer qqn, calomnier, diffamer

 

3. La fonction giratoire du cou

3.1. tourner sur soi-même autour de son axe

خرط ḫaraṭa tourner (se dit du travail de tourneur)

خرط ḫarṭ tour (du tourneur) (Dozy)

خرّاط ḫarrāṭ tourneur

خراطة ḫirāṭa art, métier et état de tourneur

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جرج ǧariǧ qui tourne (se dit des objets circulaires, comme le cerceau, une bague)

جرجر √ǧrǧr – جرجارة ǧarǧāra moulin

جمعر ǧam‛ara tourner, mouliner

3.2. s’écarter de ce qui est juste et droit ; être injuste ; faute, vice, défaut...

خرط ḫaraṭa – VII. commettre une bévue, en agissant dans l'ignorance ou à sa tête

خروط ḫarūṭ qui fait une bévue

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جريرة ǧarīra péché, délit, crime, méfait

قذل qaḏil vice, défaut

قلبة qalaba défaut, vice

3.3. Les objets ronds, sphériques ou cylindriques, rouler, etc.

مخروطة maḫrūṭa cône

خرط ḫaraṭa – XIII. s'entortiller, s'engager autour du pied du gibier (se dit du lacet, des filets)

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جريدة ǧarīda rouleau sur lequel on écrit

مقلد miqlad bâton recourbé en haut avec lequel on tourne ou tortille qqch

On remarquera que les synonymes de جريدة ǧarīda que sont مجلّة maǧalla, درج darǧ, مدرجة madraǧa, رقّ raqq, سجل siǧl et طامور ṭāmūr ou طومار ṭūmār, semblent également construits sur des étymons relevant de la matrice phonétique gorge et cou, à savoir {ǧ,l}, {ǧ,r}, {q,r} et {ṭ,r}.

C’est ici, semble-t-il, qu’il faut placer les sacs, à cause de leur forme sphérique, conique ou cylindrique, plutôt que sous la fonction ingestive comme nous l’avons fait, à tort, dans "La gorge et le cou" :

خريطة ḫarīṭa sac, cabas ; sac dans lequel on suspend les œufs de vers à soie ; le sac ou portefeuille qui contient la liasse du cadi (Dozy)

خرط ḫaraṭa – IV. fermer une bourse, une poche avec les ganses

Nous reviendrons plus loin sur le sens moderne de خريطة ḫarīṭa carte (de géographie).

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

جشير ğašīr sac à blé ; sac de berger

جفيرة ğafīra portefeuille, sac en cuir

شريجة šarīğa sac en feuilles de palmier où l'on met des fruits

مقلد miqlad bourse

 

4. Les métaphores de la gorge et du cou

Généralisation 2 : étroitesse, exigüité, contraction, diminution, petitesse

خرط ḫaraṭa – VII. être mince, dégagé (se dit du corps) ; devenir étroit, se rétrécir (Dozy)

Quelques données extraites de "La gorge et le cou" :

حرج ḥaraǧa être serré – حرج ḥaraǧ espace étroit

ضجر ḍağr étroit (lieu)

لقص laqiṣa être étroit

 

Conclusion de cette partie : nous avons pu placer tous les autres items de notre corpus sous une racine خرط √ḫrṭ.2 gorge et cou. Cette racine résulte formellement du croisement des deux étymons synonymes {ḫ,r} et {ṭ,r}.

Nous ne pouvons terminer cette étude sans aborder le problème particulier que pose le sens moderne de خريطة ḫarīṭa, a savoir celui de carte (de géographie).

C. Quid du sens moderne de خريطة ḫarīṭa ?

 

Une première série de questions concerne le rapport au moins formel sinon sémantique que ce خريطة ḫarīṭa a pu avoir avec قرطاس qirṭās et كاغذ kāġiḏ, deux mots présents dans tous les dictionnaires, que ce soit d’arabe classique ou moderne, considérés par Lane comme synonymes avec le sens premier de papier, et dont les origines semblent plus claires.

NB : Un glissement sémantique de papier à carte de géographie est en effet plausible, à juger par le cas du grec χάρτης [khártês] qui a eu le premier sens en grec ancien et qui a le deuxième en grec moderne.

Une deuxième série de questions relativement à خريطة ḫarīṭa carte (de géographie) concerne son origine : ce mot est-il dérivé de خرط √ḫrṭ.1, de خرط √ḫrṭ.2, ou s’agit-il d’un emprunt ? Et dans ce dernier cas, à quelle langue ?

1. قرطاس qirṭās et كاغذ kāġiḏ

Pour Lane, كاغذ kāġiḏ est un “mot persan arabisé”. Belot confirme mais Johnson hésite entre l’arabe et le persan ; à tort car il n’existe tout simplement pas de racine arabe كغذ √kġḏ. Pour Nourai, qui ne dit rien de l’arabe, le persan kāġid (ou kāġaz) est issu du pehlevi kāgad « papier » et ce dernier d’un turc kagaš (ou kagat, kagas, kagaz) « écorce », mais Nourai confond deux mots turcs sans rapport étymologique : kâğıt « papier » et ağaç « écorce ». Une des sources de Nourai reconnaît les importations de papier chinois en Iran via Samarcande mais récuse le chinois Ku-Čih comme possible étymon du mot iranien qui le désigne. Pour Nişanyan, le persan kāġid et le turc kâğıt sont tous deux issus du sogdien kāġədā / ḳāġədā, tous ces mots avec le seul sens de « papier ». Quoi qu’il en soit, il n’est pas envisageable que كاغذ kāġiḏ et le خريطة ḫarīṭa qui nous occupe ici aient entre eux plus qu’un rapport sémantique, la distance phonétique qui les sépare ne semblant pas réductible malgré les altérations qui auraient pu se produire au fil du temps et des emprunts.

Quant à قرطاس qirṭās, Kazimirski et Lane en donnent les diverses graphies قرطس qarṭas, quirṭas, قرطاس qirṭās et qurṭās, avec les premiers sens suivants : feuille de papier, feuillet, morceau de papier ; papiers, livres, écritures. Viennent ensuite les sens dérivés : blanc (= papier ou cuir qui sert de cible), et quelques autres sens liés à ce dernier, relatifs à la blancheur de la peau ou du pelage. À noter aussi sorte d’étoffe fabriquée en Égypte. Johnson et Belot confirment. Reig propose قرطاس qarṭās, qirṭās ou qurṭās cahier, cornet (de papier), feuille, feuillet, papier ; cible, et Wehr uniquement قرطس qarṭas papier, feuille de papier. Aussi bien pour Nourai et Rajki que pour Nişanyan, قرطاس qirṭās est issu – directement ou via les formes latinisées carta et charta – du grec χάρτης [khártês] papyrus, rouleau de papyrus.

2. خريطة ẖarīṭa carte de géographie

Qu’en disent les dictionnaires ?

– Kazimirski, Lane et Dozy ignorent ce sens. Pour eux, خريطة ẖarīṭa ne désigne que ce que nous avons vu plus haut, à savoir un sac, un cabas ; un sac dans lequel on suspend les oeufs de ver-à-soie. Dozy complète par le sac ou portefeuille qui contient la liasse du cadi.

– Johnson réunit divers sacs et le courrier – contenant et contenu – sous une même entrée خريطة ẖarīṭa : bourse ; petit sac ; sac à lettres, courrier ; portefeuille ; lettre ; volume.

– Belot distingue entre خريطة ẖarīṭa sac et خارطة ẖāriṭa, carte de géographie.

– Wehr donne les deux graphies mais avec le seul sens de carte de géographie.

– Reig, ignorant aussi bien le sac que la graphie خارطة ẖāriṭa, ne propose donc que خريطة ẖarīṭa carte de géographie

– C’est aussi la seule graphie et le seul sens que retiennent Rajki et Nişanyan pour qui خريطة ẖarīṭa est, comme قرطس qarṭas, issu du grec χάρτης [khártês].

Comme on le voit, il reste des zones d’obscurité.

خريطة ẖarīṭa carte de géographie aurait de bonnes raisons de dériver de la racine خرط√ḫrṭ.2 sous laquelle la forme se trouve déjà avec ses acceptions classiques. De la même façon que nous avons pu imaginer plus haut un assez plausible glissement sémantique de papier à carte de géographie en nous référent à χάρτης, on peut, d’après le cas du même χάρτης, imaginer un passage antérieur encore plus plausible de rouleau de papier à papier. Autrement dit, il est probable qu’avant d’avoir son sens actuel, notre خريطة ẖarīṭa a eu, comme son équivalent grec, les sens de rouleau de papier puis de papier. Auquel cas, il aurait toute sa place, dans l’organisation sémantique de notre matrice, non seulement aux côtés de جفيرة ğafīra sac (cylindrique), portefeuille, et de ses parasynonymes جشير ğašīr, شريجة šarīğa et مقلد miqlad, mais également aux côtés de جريدة ǧarīda au sens de rouleau sur lequel on écrit, et de ses synonymes مجلّة maǧalla, درج darǧ, رقّ raqq, سجل siǧl, طامور ṭāmūr, etc.

Il est plus difficile de considérer ce خريطة ẖarīṭa carte de géographie comme un dérivé de la racine خرط√ḫrṭ.1 : on ne voit guère de rapport sémantique avec le terme central de couler ni avec aucun des termes afférents, sauf, peut-être, avec خراط ẖarāṭ et ses variantes, substance grasse qui coule de la racine du papyrus, où l’on retrouve un rapport avec le papier.

Dans ces conditions, il est permis de douter que خريطة ẖarīṭa carte de géographie soit vraiment issu du grec χάρτης ; il ne serait en revanche pas absurde d’envisager pour ce dernier la même origine que celle de خريطة ẖarīṭa. (Du coup, s’il est vrai que قرطاس qirṭās est quant à lui bien issu de χάρτης, il s’agirait d’un de ces “retours à l’envoyeur” entre langues ou groupes de langues, un phénomène bien connu des étymologistes.) La racine ḫrṭ est une vieille racine sémitique qui a des dérivés attestés non seulement en arabe mais aussi en hébreu, en akkadien et en ougaritique. Rappelons que, pour le DELG, l’étymologie de χάρτης est inconnue : “L’hypothèse usuelle d’un emprunt à l’Égypte, en raison de la provenance du papyrus, n’est appuyée par aucun argument linguistique.” Peut-être la piste sémitique mériterait-elle d’être explorée ?

Bibliographie

 

– BELOT, Jean-Baptiste, Dictionnaire arabe-français « El-faraïd », Imprimerie catholique, Beyrouth, 1955.

– BOHAS, Georges et SAGUER, Abderrahim, Le son et le sens, Fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique, Damas, Presses de l’IFPO, 2012.

– BOHAS, Georges, Matrices, Étymons, Racines, Leuven-Paris, Peeters, 1997.

– DELG = CHANTRAINE, Pierre, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck, 1977.

– DOZY, Reinhart Pieter Anne, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, E. J. Brill, 1881.

– JOHNSON, Francis, A Dictionary, Persian, Arabic and English, Londres, W.H. Allen, 1852.

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– LANE, Edward William, Arabic-English Lexicon, Londres, Willams & Norgate, 1863-1893.

– MASSON, Michel, "Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de « couler »", in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1991b.

– NISANYAN, Sevan, Sözlerin Soyağacı, Çağdaş Türkçenin Etimolojik Sözlüğü, dictionnaire étymologique du turc contemporain, 2001.

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– REIG, Daniel, Dictionnaire arabe-français français-arabe « As-Sabil », Paris, Librairie Larousse, 1983.

– ROLLAND, Jean-Claude, « Cohabiter avec une femme : le vocabulaire de l’acte sexuel en arabe classique d’après les données du dictionnaire de Kazimirski », dans Langues et littératures du monde arabe, LLMA nº 11, 2017.

– ROLLAND, Jean-Claude (2017), « Pluies et parfums », dans Dix études de lexicologie arabe, 2e édition, J.C. Rolland, Meaux.

– ROLLAND, Jean-Claude (2019-2020), « La gorge et le cou » et « Pour une matrice phonétique de la gorge et du cou », sur Le blog de Jean-Claude Rolland, rubrique "Du sens aux formes", www.jclrolland.fr.

The Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of the University of Chicago, editor-in-charge: Martha T. Roth, 21 vol., 1964-2010.

– WEHR, Hans, A Dictionary of Modern Written Arabic, edited by J. Milton Cowan, Ithaca NY, Cornell University Press, 1966.