Études de lexicologie arabe

Picasso, Jacqueline assise de profil, 1954


La gorge et le cou

 

 

Une organisation des racines de l’arabe classique

 

construites sur les étymons {ǧ,r} et {q,l}

 

 

 

à Federico Corriente

 

 

 

Sommaire

 

 

Introduction

 

Chapitre 1. Les désignations de la gorge et du cou

 

Chapitre 2. La fonction ingestive de la gorge

 

Chapitre 3. La fonction vocale de la gorge

 

Chapitre 4. La fonction giratoire du cou

 

Chapitre 5. La fonction vitale de la gorge et du cou

 

Chapitre 6. Les métaphores de la gorge et du cou

 

Chapitre 7. Les racines réapparaissantes

 

Chapitre 8. Les parallélismes sémantiques

 

Conclusion

 

En marge

 

Bibliographie

 

 

Date de mise en ligne : janvier 2019

 

 

 

Note préliminaire :

 

Les quelques lignes qui suivent explicitent notre sous-titre. Elles sont donc sans intérêt pour ceux de nos lecteurs qui sont familiers de la Théorie des Étymons et Matrices de Georges Bohas ou qui ont lu la plupart de nos précédents travaux.

 

Qu’entendons-nous par « les racines construites sur les étymons {ǧ,r} et {q,l} » ? De quel type de racines s’agit-il ? Tout simplement des racines dont, par exemple pour le premier étymon, le ǧ et le r sont obligatoirement deux des consonnes qui les constituent, quelle que soit leur position dans la racine. Cela dit, seules les racines ne comportant que ces deux consonnes – et éventuellement un glide – sont construites sans ambigüité sur le seul étymon possible. (NB : Afin que le lecteur puisse les repérer plus facilement, les racines non ambigües sont en rouge dans le texte.) Toutes les autres, qu’elles soient tri- ou quadriconsonantiques, sont dites « ambigües » car elles pourraient aussi être construites sur l’un ou l’autre des deux autres étymons théoriques possibles. On verra que cette ambigüité est souvent réduite sinon annulée par une plus ou moins grande proximité sémantique. Ainsi, sachant que la racine non ambigüe جرّ ǧarra signifie "extraire" et que la forme IV de جرذ ǧaraḏa signifie aussi "extraire", il y a une très forte probabilité pour que l’étymon de جرذ ǧaraḏa IV soit {ǧ,r} plutôt que {ǧ,ḏ} ou {ḏ,r}. Pour être plus exact, notre sous-titre devrait donc être celui-ci : « Une organisation phono-sémantique des racines de l’arabe classique effectivement ou probablement construites sur les étymons {ǧ,r} et {q,l} ». Mais ce serait un peu long, même pour un sous-titre.

Introduction

 

Au cours de l’hiver 2017-2018, Michel Masson intervint dans plusieurs séances du GLECS(1) pour y rendre compte d’une sienne recherche sur les sémantismes de la racine sémitique GWR à partir de la notice que le Dictionnaire des racines sémitiques (désormais DRS) consacre à cette racine, p. 109 du fascicule 2. Dans la foulée de ces séances, et avec le secret espoir de trouver des réponses à certaines des questions posées par Masson à son auditoire en même temps qu’à lui-même, nous avons eu la curiosité de consulter dans le même ouvrage la notice consacrée à la séquence GR-, p. 175 du fascicule 3. En voici l’essentiel :

 

Séquence consonantique qui entre dans la constitution de plusieurs séries de racines dont chacune présente une ou des valeurs communes à l’ensemble de la série : 1. La désignation de la « gorge », du « gosier », et l’expression des notions connexes d’« avaler, engloutir », etc. [...]. 2. La dénomination apparemment onomatopéique de bruits produits par la gorge, la bouche, [...]. 3. La notion de « rondeur » > « rouler », etc. [...]. 4. La notion de « couper » > « enlever », « arracher », « casser », etc. [...]. 5. La notion de « couler » [...].

 

Pour vérifier ce qu’il en était de la seule langue arabe, nous avons alors constitué un corpus de racines(2) effectivement ou probablement construites sur l’étymon {ǧ,r}, dans lesquelles il nous est apparu que la gorge – ou le cou, qui en est la face extérieure – était effectivement la partie du corps la plus souvent citée, soit explicitement, soit – le plus souvent – par l’intermédiaire de dérivés correspondant à nos gorgée, égorger, col, collier, encolure, etc. On trouvera tout au long de cette étude de nombreuses raisons d’associer la gorge et le cou ; notons que le substantif نغنغ nuġnuġ, hors corpus, cumule les deux sens de "gorge, canal de la gorge" et de "collier du coq, plumes du cou chez le coq". Mais نغنغ nuġnuġ est un mot rare, peut-être même obsolète(3). Nous étions davantage gêné de ne pouvoir prendre en compte un mot aussi usuel que حلق ḥalq : comment parler ici de la gorge sans que ce mot y apparaisse autrement que dans une brève remarque ?

 

Or, parallèlement, et un peu par hasard, nous avions entrepris une étude sur quelques racines arabes du dire et du parler, dont la racine قولqwl. En avançant dans notre recherche, nous avons constaté une étonnante série de parallélismes sémantiques entre les dérivés de racines construites sur l’étymon {ǧ,r} et ceux de racines construites sur l’étymon {q,l}, ce qui nous a amené à la constitution d’un deuxième corpus de racines effectivement ou probablement construites sur cet étymon, un corpus au sein duquel la racine حلقḥlq avait alors sa légitime place.

 

C’est ainsi qu’en nous inspirant des matrices phono-sémantiques réalisées par Bohas et Saguer dans Le son et le sens(4) à partir de certaines parties du système phonatoire, nous avons élaboré une organisation de notre corpus essentiellement fondée sur les fonctions et la forme de la gorge et du cou(5). On verra comment cette organisation permet de comprendre la diversité et la richesse des racines rencontrées, de vérifier une fois de plus que sous des dehors apparemment anarchiques, il règne au sein du lexique de l’arabe une grande unité, un vaste réseau de formes et de sens systématiquement tissé par l’usage au fil des siècles.

 

Nous ne sommes évidemment pas en mesure d’établir une chaîne sémantique qui irait de la source – un cri ? une onomatopée ? – jusqu’aux acceptions les plus récentes. Nous le sommes d’autant moins que l’évolution des mots, aussi bien dans leurs formes que dans leurs sens, ressemble plus à une longue et animée partie de billard qu’à l’écoulement d’un fleuve tranquille : les mots ne cessent de se rencontrer, de s’associer, de s’influencer mutuellement, comme les langues de s’en emprunter. Par le jeu des troncations et des ajouts d’infixes, de préfixes et de suffixes, les locuteurs en modifient sans cesse les formes ; des métaphores en cascade, parfois des erreurs, en portent les significations à des distances qui n’autorisent plus la remontée dans le temps ou la rendent très difficile. Nous verrons par exemple qu’il existe une relation métaphorique forte entre la notion de gorge et celle, plus générale, de trou ou d’orifice. Mais il est très difficile de savoir dans quel sens la métaphore a fonctionné. La gorge n’est-elle qu’un trou parmi les autres ou est-ce une gorge ou une bouche que l’homme voit dans chaque trou comme semble plutôt l’indiquer une vision anthropomorphique du monde assez répandue dans les sociétés primitives ?

 

Quoi qu’il en soit, comme il faut bien commencer une étude par quelque chose, nous suivrons l’exemple de la notice GR- du DRS en partant des désignations « de la gorge, du gosier et l’expression des notions connexes d’avaler, engloutir, etc. ». Nous suivrons également la démarche adoptée par Bohas et Saguer dans leurs chapitres du nez et de la langue, à cette différence près que nous ne parlerons pas de « matrice » ; ce serait prématuré. Nous nous contenterons de suivre les deux fils conducteurs suffisamment riches que sont les étymons {ǧ,r} et {q,l}, même si nous avons d’ores et déjà repéré que d’autres étymons feraient de bons candidats pour participer à l’organisation phono-sémantique que nous allons maintenant présenter. Un seul exemple, l’étymon {q,n} : comment ne pas en constater la présence aussi bien dans عنقunq "cou" que dans خنق ḫanaqa ou شنق šanaqa "étrangler" et نقنق naqnaqa "glousser" ? On voit qu’un prolongement possible est déjà en vue ; il y en a d’autres, ne serait-ce que {ġ,n} présent sans ambigüité dans نغنغ nuġnuġ vu plus haut.

 

Après une première partie consacrée aux deux principales désignations de la gorge, à savoir حنجر ḥanğar et حلق ḥalq, nous nous intéresserons successivement à ses deux fonctions principales : la fonction ingestive et la fonction vocale ; nous poursuivrons par les deux fonctions principales du cou : la fonction giratoire et la fonction vitale ; et nous terminerons par la partie du réseau sémantique la plus complexe, à savoir les nombreuses extensions sémantiques qui, à partir de la forme allongée et resserrée de la gorge et du cou, en viennent, par le jeu des métaphores et le foisonnement des extensions et généralisations, à désigner divers objets et notions.

 

 

Notes

 

1. Groupe Linguistique d’Études Chamito-Sémitiques.

2. Formes et sens trouvés dans le dictionnaire de Kazimirski, à quelques exceptions près.

3. On le trouve encore chez Belot avec le sens de "partie de la gorge près de la luette".

4. Voir « Bohas et Saguer » dans la Bibliographie.

5.  Sur le rôle des parties du corps dans l’élaboration du lexique, voir Robin Allot, The Physical Foundation of Language (1973). Cet ouvrage est souvent cité par Georges Bohas.

Chapitre 1. Les désignations de la gorge et du cou

 

 

1.1. حنجر ḥanğar

 

S’il est en arabe un terme en GR- désignant la gorge qui s’impose d’emblée, ce ne peut être que حنجر ḥanğar. Le mot n’est pas isolé, il a quelques dérivés que Kazimirski ne sait pas très bien à quelle racine rattacher : il en rattache un premier groupe à la racine حجرḥǧr (I, p. 382)

 

حنجر ḥanğar, حنجرة ḥanğara gorge, gosier ; gorge de montagne

حنجور ḥanğūr gorge, gosier ; petit panier ; flacon pour les aromates avec lesquels on lave le corps des morts

 

... et un deuxième à une supposée racine حنجرḥnğr (I, p. 501) :

 

حنجر ḥanğara égorger ; s’enfoncer dans son orbite (œil)

حنجرة ḥanğara, حنجور ḥunğūr larynx

حنجريّ ḥanğariyy guttural (lettre)

 

La première idée était la bonne : cette “racine” حنجرḥnğr est évidemment issue de حجرḥǧr par infixation d’un n en deuxième position. Le phénomène est trop bien connu(1) pour qu’il soit nécessaire de nous attarder sur ce point, mais notons au moins cette autre paire similaire, extraite de notre corpus :

 

عجرaǧara tourner le cou – عنجورةunǧūra étui à flacon

 

Cette racine حجرḥǧr, qui est donc la vraie racine du nom حنجر ḥanğar et de ses dérivés, celle qu’il nous faut donc soigneusement observer, est trop riche pour être reproduite in extenso ; nous avons sélectionné les items les plus représentatifs de ses divers sémantismes :

 

حجر ḥaǧara empêcher quelqu'un d'approcher, lui interdire l'accès – II. être entouré du halo (lune) – IV. couvrir, cacher – V. être dur envers qqn – VIII. se réfugier chez qqn

حجر ḥaǧr orbite de l’œil ; giron, sein ; protection, tutelle ; parties de la génération (de l’homme ou de la femme) ; colline sablonneuse

حجر ḥiǧr mur, muraille ; trou de souris ou de serpent ; digue ; parenté, liens du sang ou d’alliance

حجر ḥaǧar pierre

حاجر ḥāǧir plateau élevé et renfoncé au milieu ; haie

حاجورة ḥāǧūra jeu qui consiste en ce qu’on cherche à attraper la personne qui est au milieu du cercle formé par ceux qui jouent

حجرة ḥaǧra côté ; vestibule

حجرة ḥuǧra enclos pour les chameaux ; cabinet, cellule, chambre ; tombeau ; plage

محجر maḥǧar pourtour, circonférence (d’une ville) ; territoire

محجر maḥǧir, miḥǧar verger, parc ; orbite, cercle de l’œil ; alentour, pays autour d’un bourg

 

Notons quelques-uns de ces mots : empêcher, cacher, se réfugier, trou, cercle, ... ; nous les retrouverons.

 

Un dernier point : la racine حجر ḥǧr étant ambigüe, qu’est-ce qui nous permet de la considérer comme construite sur l’étymon {ǧ,r} ?

 

Pour la séquence GR, nous avons la caution du DRS, avec d’autres témoins comme

 

جرير ǧarīr licou, bride

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux en guise d’ornement

 

... tous deux dérivés de جرّǧrr, racine non ambigüe, et quelques autres mots dérivés de racines formellement ambigües mais sémantiquement rapprochables, comme عجرaǧara "tourner le cou" vu plus haut, et aussi

 

جربان ǧirbān col, collet

جردح ǧardaḥa allonger le cou

جرعة ǧur‛a gorgée

جرم ǧirm gosier

جران ǧirān bas de l’encolure

ساجور sāǧūr collier (en cuir ou en fer)

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement

جذر ǧaḏr, ǧiḏr base du cou

 

Pour la séquence RG, nous sommes malheureusement un peu démuni en ce qui concerne les désignations directes ou indirectes. Nous ne disposons que de حرج ḥirǧ "collier de coquillages" et de مرجان marǧān "corail ; collier de corail". Mais, pour ce dernier mot, il ne s’agit peut-être que d’un hasard, surtout si le sens de "corail" est premier(2). Il nous faudra donc avancer plus loin dans notre étude pour trouver des racines ambigües mais indubitablement concernées par notre sujet comme رجسrǧs, رجع‛, رجلrǧl, رجمrǧm et quelques autres.

 

 

1.2. حلق ḥalq et حلقوم ḥulqūm

 

Ne nous attardons pas sur حلقوم ḥulqūm(3), claire extension de حلق ḥalq par suffixation du même élément -ūm que l’on retrouve dans un mot comme خرطوم ḫurṭūm "trompe de l’éléphant", par exemple. Quant à حلقم ḥalqama "couper la gorge à qqn", c’est aussi clairement un dénominal de حلقوم ḥulqūm, et venons-en tout de suite à حلق ḥalq.

 

Sans surprise, on trouve ce mot dans la notice que Kazimirski consacre à la très polysémique racine حلقḥlq (I, p. 481) dont voici un résumé représentatif :

 

حلق ḥalaqa raser (la tête) ; blesser à la gorge ; remplir la citerne (d’eau) ; entourer, ceindre ; serrer en tordant avec force (une corde) – II. marquer une pièce du troupeau d’une marque ciculaire en forme de boucle ; gonfler le ventre, l’arrondir (eau bue) ; se gonfler de lait, être rebondi (pis d’une femelle) ; planer et tournoyer dans les airs ; être entouré d’un cercle (lune) ; être renfoncé dans son orbite (œil) ; être au plus haut du ciel (étoile) – V. s’assoir en cercle, former un cercle

حلق ḥalq gosier, gorge ; malheur

حلق ḥilq bague, anneau ; nombreux troupeau de bétail

حالق ḥāliq montagne élevée

حالقة ḥāliqa qui excite les inimitiés et la discorde entre les parents, les proches

حالوقة ḥālūqa sévère, dur (homme)

حلاق ḥalāq mort, trépas

حلقة ḥalqa anneau ; boucle ; cercle, réunion de personnes assises en cercle ; troupe nombreuse d’hommes ; corde, vase vidé ; abondance d’eau dans une citerne à peu près remplie jusqu’aux bords

حلوق الأرض  ḥulūq al-’arḍ endroits où l’eau coule ou a coulé (vallées, ravins)

حلقيّ ḥalqiyy guttural (lettre)

 

On aura noté quelques notions communes aux deux racines حجرḥǧr et حلقḥlq : le cercle, le halo lunaire, l’orbite de l’œil, la dureté morale, la hauteur géographique, ... Elles sont communes aux deux racines mais quel rapport entre ces notions et la gorge ? On voit l’intérêt qu’il pouvait y avoir, pour tenter de répondre à cette question, à aller plus loin dans la confrontation des diverses racines construites sur les étymons {ǧ,r} et {q,l}.

 

Il nous reste à traiter la question de l’étymon : la racine حلق ḥlq étant ambigüe, qu’est-ce qui nous permet de la considérer comme construite sur l’étymon {q,l} ?

 

Pour la séquence QL, nous pouvons nous appuyer principalement sur l’existence de قلقى qalqā "collier, chaîne portée au cou en guise de parure", isolé mais non ambigu, et sur la racine قلدqld, formellement ambigüe mais sémantiquement concernée par notre sujet à juger par ses dérivés إقليدiqlīd "cou" et قلادة qilāda "collier". Citons aussi

 

قبل qabal, قبلة qabla sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou en guise de charme pour se faire aimer ; boule oblongue en ivoire que les femmes suspendent à leur cou ou que l’on suspend au cou des chevaux – قبلة qabala coquillages suspendus en guise d’amulette au cou d’un chameau pour conjurer l’effet du mauvais œil

قذال qaḏāl col (d’une veste)

قفلة qafla derrière de la tête

قليب qulayb coquillages ou autres petits objets en agate, que l’on porte sur soi comme charme propre à fasciner et à concilier l’amour d’une personne

 

... dont l’apport formel est plus fragile, du moins à ce niveau initial de notre étude.

 

Pour la séquence LQ, nous disposons de la racine non ambigüe لقلقlqlq dont trois dérivés ont des sens qui nous autorisent à les considérer comme concernés par notre sujet :

لقلق laqlaq langue : elle prend racine dans la gorge.

لقلق laqlaq ou لقلاق laqlāq bavard : peut-être par onomatopée, ou en rapport avec le précédent.

لقلق laqlaq ou لقلاق laqlāq cigogne : probablement moins à cause de son cri ou du claquement de ses ailes que de son cou remarquablement long, si l’on en juge par la présence dans notre corpus de عسلقaslaq, ‛isliq "qui a le cou long", entre autres sens que nous verrons plus loin. 

 

NB : Pour la même raison, nous aurions probablement pu mentionner plus haut هقل haql, هقلة haqla "jeune autruche" et هيقل hayqal "autruche mâle"..

 

Citons quelques autres mots issus de racines formellement ambigües mais si sémantiquement concernés par notre sujet que le doute sur leur étymon n’est guère permis :

 

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale, du fond du gosier

فليق falīq veine qui paraît comme gonflée au cou ; partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier

tigré ’abliq collier pour les chevaux (DRS)

 

... et même معلاق mi‛lāq "langue", dérivé de la racine علق √‛lq non seulement à cause du fait que l’organe ainsi désigné est parfois “bien pendu” mais parce que tout le sémantisme de cette racine, nous le verrons, est en rapport avec notre sujet.

 

 

Nous sommes loin d’avoir présenté ici tous les termes qui désignent le cou et la gorge, ou certaines de leurs parties comme la nuque, la pomme d’Adam, et la luette. Nous en avons cité quelques-uns dans notre introduction. Nous en mentionnerons d’autres à la fin de cette étude.

 

 

Notes

 

1. Voir notamment notre étude Les racines quadriconsonantiques à séquence initiale عن ‛n-".

2. Voir l’article de Michel Masson, « Perles, coraux et bilitères », in Semitica et Classica, Vol. VI, Brepols Publishers, pp. 269-278, 2013.

3. Pour nos jeunes lecteurs friands de loukoum, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que ce mot vient de du turc rahat-lokum (par abréviation lokum) et celui-ci de l’arabe rāḥat al-ḥulqūm (littéralement « plaisir du gosier »).

Chapitre 2. La fonction ingestive de la gorge

 

 

Puisque la notice GR- du DRS nous y invite par « l’expression des notions connexes d’avaler, engloutir, etc. », commençons par cette fonction et vérifions qu’il en va bien pour l’arabe comme de l’ensemble des racines sémitiques, et aussi qu’il en va de l’étymon {q,l} comme de l’étymon {ǧ,r}.

 

Une première remarque : nous allons très vite constater que le DRS a de cette fonction ingestive une vision très restrictive. Plus que le simple et rapide passage par la gorge des nourritures absorbées, c’est en fait tout le processus alimentaire qui est pris en charge par les racines de notre corpus, depuis la sensation de faim et l’opération initiale qui, selon les cas, consiste à séparer la viande de l’os, à brouter l’herbe, à ronger les troncs, à happer au vol, à arracher de la branche, etc., jusqu’à l’opération finale que Kazimirski appelle pudiquement “rendre les excréments”. On voit par là que la rubrique 4 du DRS – « La notion de couper > enlever, arracher, casser, etc. » – représente en fait la première phase du processus. La métaphore se chargera ensuite, nous le verrons, d’adapter ce geste initial à bien d’autres choses que la nourriture, et de transférer à la main des bipèdes une action que seule peut accomplir la gueule des quadrupèdes.

 

Une deuxième remarque : ce n’est pas seulement de la nourriture solide qui passe par la gorge, c’est peut-être même plus souvent du liquide, une boisson. On voit par là que la rubrique 5 du DRS – « La notion de couler » – n’est en fait que l’opération effectuée par la boisson absorbée par la bouche, passant ensuite par la gorge et coulant enfin dans le tube digestif jusqu’à l’estomac. La métaphore se chargera, nous le verrons aussi, d’adapter cette action à d’autres liquides et canaux d’écoulement.

 

 

2.1. L’ingestion des solides

 

 

2.1.1. avoir faim, chercher de la nourriture, procurer de la nourriture

 

Notre corpus n’est pas très riche en vocabulaire de la faim. Nous n’avons guère trouvé que

 

جخر ǧaḫir grand mangeur et qui a faim à tout instant

علق ‛√lqعولقawlaq faim

هقل haqil affamé

هلّقب hillaqb violent, extrême (faim) (DRS)

 

C’est surtout avec la recherche de la nourriture pour soi-même ...

 

جرح ǧaraḥa chercher à se procurer de la nourriture (animaux)

قلجqlǧ – V. courir les pays pour chercher de quoi vivre en temps de disette

 

... ou pour d’autres, que les mots commencent à apparaître en plus grand nombre :

 

جرّ ǧarra laisser paître le chameau en continuant la route 

جرشǧrš – VIII. procurer de la nourriture à qqn

جشر ğašara mener paître les bestiaux, sans les ramener le soir

شمرج šamraǧa nourir avec soin un enfant

مرج maraǧa lâcher au paturage, laisser paître sa monture, etc.

 

بقلbql – IV. ramasser du fourrage pour les bestiaux

طلق ṭalaqa être renvoyé, lâché, mis en liberté (se dit d’une chamelle qu’on laisse paître librement)

قصل qaṣala donner (aux chevaux) du fourrage vert à mesure qu’on le coupe

 

 

2.1.2. Les nourritures et leurs récipients

 

Les nourritures représentées dans notre corpus sont essentiellement l’herbe des prés, le foin et les plantes à tiges comme le roseau, mais la pâture des carnivores n’est pas oubliée. On trouvera aussi quelques termes désignant plus généralement les vivres et la nourriture, quels qu’ils soient :

 

جرزة ǧurza botte de foin

جرف ǧarf herbe sèche ; pâturage abondant et riche

جزر ǧazir nourriture, pâture –جزر ǧazar chair, pâture des bêtes féroces

رجع √rǧ‛ – راجعة rāǧi‛a vivres

رمجrmğرماج ramāğ parties comprises entre les nœuds de la tige d’un roseau

شجرة šaǧara tige, tronc ; plante à tige ; arbuste ; arbre

مرج marǧ pré, prairie

 

ثقل ṯaqula – III. se nourrir de mets lourds

دقل daqal chargé de fruits (palmier) ; dattes de qualité inférieure

عقلaqala manger de l’herbe

علقalaq, علاقةalāqa nourriture des bestiaux – علقةulqa, علاقalāq repas léger, déjeuner

قلج qalğ roseau

قلدة qilda dattes

 

NB : On remarquera l’évolution sémantique de شجرة šaǧara, dont le sens de "tige, plante à tige" est probablement premier. Nous reviendrons dans notre sixième partie sur la forme cylindrique de la tige et du tronc... qui n'est qu'une grosse tige.

 

Pour le transport de nourritures, de provisions, de produits de la terre, divers noms désignent des sacs ou paniers dont la fonction est généralement précisée, de façon explicite ou implicite :

 

جربǧrbجراب ǧirāb sac de berger, sac de voyage

جرّ ǧarr corbeille, panier 

جشرğšrجشير ğašīr sac à blé ; sac de berger

حجرḥğrحنجور ḥanğūr petit panier

رجنrǧnمرجونة marǧūna panier

شرجšrğشريجة šarīğa sac en feuilles de palmier où l'on met des fruits

عجر √‛ǧr – معجر mi‛ğar sorte de sac de fibres de palmier

 

جلقğlqجوالق ğuwāliq grand sac à blé

شلقšlqشلّاق šallāq sac à provisions

لعقl‛qملعقة mil‛aqa cuiller ; cuillerée

قلدqldمقلد miqlad sac à fourrage

قلفqlfقليف qalīf, مقلوفة maqlūfa panier dans lequel on transporte des dattes

قمعل qum‛ul, قمعول qum‛ūl marmite à gros ventre et étoite vers l’orifice

 

Naturellement, du contenant au contenu précisé, on passe par extension à toutes sortes d’autres contenants dont le contenu est sans rapport avec l’alimentation ou n’est pas précisé :

 

جربǧrbجراب ǧirāb sac en cuir ; scrotum

جرجة ǧurǧa bissac

جرم ǧirm sac

جفرğfrجفيرة ğafīra portefeuille, sac en cuir

جورğwr – IV. mettre, serrer les outils, des objets dans un sac ou un étui 

خرج ḫurğ sacoche (composée de deux sacs pendant de chaque côté d'une bête de somme)

درجة durǧa boîte à bijoux

 

علقalq, ‛ilq sac, petit sac

قلدqldمقلد miqlad bourse

 

 

2.1.3. La saisie de la nourriture

 

C’est par cette opération que tout commence : les incisives mordent, coupent ou rongent, les canines déchirent, la langue – ou le bec – saisit, tire et arrache. Si l’objet arraché est une plante, c’est généralement avec sa racine, à laquelle la métaphore donne aussitôt son sens d’origine :

 

جدر ǧadr racine ; racine, origine ; mathém. racine carrée ou cube

جذر ǧaḏara couper, retrancher en coupant ; extirper, arracher – جذر ǧaḏr et ǧiḏr racine, naissance (d’un membre du corps) ; mathém. racine

جرثم ǧarṯama – II. enlever, prendre la majeure partie de – جرثوم ǧurṯūm racine (en parlant de toute chose)

جرس ǧars racine

جرم ǧarama dépouiller et alléger le palmier en enlevant les grappes de dattes ; couper, retrancher ; prendre, enlever

جزر ǧazar racine qu’on mange – جزار ǧuzār qui arrache les herbes avec la racine

جمعر ǧam‛ara mordre, vouloir mordre

خرجḫrǧ – II et IV. consommer une partie d’un pré – مخرج maḫraǧ origine

رجه raǧaha saisir une chose avec les dents

شجرšǧr – III. ronger les arbres

نجر naǧr racine, origine, extraction

 

دوقل dawqala happer et avaler qqch

سلق salaqa oter, enlever la viande de dessus l’os

علقalaqa enlever, arracher avec les dents les feuilles de la cime des plantes

قلخ qalaḫa arracher, déraciner

قلف qalafa dépouiller un arbre de son écorce

لعقة la‛qa ce qui peut être enlevé par un coup de langue

لقع laqa‛a enlever rapidement avec le bout des lèvres ou du bec

لقف laqifa enlever en un clin d’œil un morceau tombé ou jeté par qqn – V. enlever, saisir rapidement

 

Certains des verbes ci-dessus, on le voit, en viennent tout naturellement à avoir un emploi plus général et imprécisé, voire figuré, de la saisie.

 

En voici quelques autres qui parfois s’appliquent explicitement ou implicitement à des objets précisés ; c’est par exemple le cas du rasage, qui va nous amener à retrouver la racine حلقḥlq. On voit par là, une fois de plus(1), que, comme le dit Kazimirski mais comme le dit surtout la langue arabe, “les plantes et les arbres sont le poil du sol” :

 

جردǧrd – II. tirer, traire

جرذǧrḏ – IV. faire sortir, extraire, tirer

جرّ ǧarra extraire, faire sortir 

جرز ǧaraza couper, retrancher

جرف ǧarafa enlever, emporter tout

جمرǧmr – II. couper un palmier

جمهر ǧamhara enlever la meilleure partie d’une chose

خرج √ḫrǧ – IV. extraire, faire sortir

رجم raǧama couper, arracher, séparer du tout

مجر maǧr intelligence (= saisie intellectuelle. Cf. عقلaqala ci-dessous)

 

بلق balaqa enlever, emporter les pierres (torrent)

جلق ğalaqa raser (la tête)

حلق ḥalaqa raser

دلقdlq – X. extraire, faire sortir

دهقل dahqala raser la peau

دهلق dahlaqa raser une peau de bête

ذلقḏlq – IV. faire sortir un lézard de son trou en l’inondant d’eau

زلق zalaqa raser (la tête)

عقلaqala comprendre, saisir (par l’intelligence)

فلق falaqa arracher (la laine) sur la peau de la bête

قبل qabala prendre avec la main – IV. devenir intelligent après avoir été bouché et stupide

قصلqṣl – XI. ’iqṣa’alla prendre, saisir qqch, empoigner

قطل qaṭala couper (un arbre à la racine)

قعلq‛l – VIII. enlever, ôter un objet de sa place

قلج qalaǧa arracher

قلع qala‛a arracher, ôter qqch de sa place – VIII et X. enlever, ravir

قلف qalafa arracher un ongle avec la racine

قلم qalama couper, rogner

قلمع qalma‛a raser

لقث laqiṯa enlever tout en un clin d’œil

لقيlqy لقى laqā saisir qqn, se saisir de la personne de qqn – IV. ôter qqch de sa place 

ملقmlq – VIII. extraire qqch

 

NB : Dans le chapitre 3 de Le son et le sens de Bohas et Saguer – intitulé La matrice {[dorsal],[+nasal]} “Tirer” – on retrouvera forcément celles de nos racines, présentes ci-dessus et ailleurs dans cette étude, dans lesquelles la troisième composante est une nasale et qui ont le sens de tirerextraire ; c’est, par exemple, le cas de ملقmlq. Ces racines pourront s’analyser comme résultant du croisement de deux étymons complémentaires.

 

Mais revenons au pâturage et surtout à l’état où il se trouve après le passage d’un troupeau affamé. La liste ci-dessous se passe de longs commentaires : le sol est nu, dépouillé, dépourvu de toute végétation ; place à la pierre. Dans notre étude Éclats de roche(2), nous avons longuement étudié le rapport entre la pierre et l’action de couper. La présence de la pierre dans ce contexte n’est donc pas pour nous étonner : nous confirmons ici par le lexique ce que savent bien les géologues et historiens du Sahara : ce qui a coupé, c’est les incisives des herbivores ; la pierre, le terrain dur et stérile, le sable, le désert, c’est ce qui reste quand la végétation a été systématiquement broutée ou rongée :

 

جربǧrbجرباء ǧarbā’ (terre) frappée de sécheresse et de stérilité

جرج ğarağ sol dur et rocailleux

جردة ǧurda sol uni et nu, où rien ne croît

جرّǧrr جرّارة ǧarrāra terrain déprimé, encaissé, couvert de cailloux 

جرز ǧarz champ nu, dont l'herbe à été dévorée ; sol nu, dépourvu de toute végétation

جرعǧr‛ – جرعة ǧaru‛a, ǧara‛a terrain sablonneux, monticule de sable

جرل ǧaril pierreux et dur (terrain) – جرول ǧarwal, ǧurawil, جرولة ǧurūla terrain pierreux ; pierres, rochers

جرن ǧaran sol dur et inégal

جمرة ǧumra cailloux, petits cailloux dont le lit des torrents est jonché – جمار ǧimār pierre sépulchrale

جمهور ǧumhūr monticule de sable

حجر ḥaǧar pierre – حجر ḥaǧr colline sablonneuse – حجرة ḥuǧra plage

حشرج ḥašraǧ cailloux

خرجḫrǧمخرّج muxarraǧ en partie nu, en partie couvert d'herbes (champ, pré)

رتجrtǧرتاجة ritāǧa roc, rocher

رجحrğḥأراجيحarāğīḥ déserts

رجلrǧlأرجلarǧal dur et raboteux, semé de pierres (sol)

رجمrǧmرجام riǧām grande pierre

هبرج habraǧa marcher sur un terrain inégal

 

بلقblqبلوقة balūqa désert, plaine vaste et stérile

بلقع balqa‛a être inculte et inhabité

خلق ḫalaqaخوالق ḫawāliq montagnes, rochers ras, à surface unie

سلقع salqa‛ terrain dur et raboteux

صلقṣlqمصلاق miṣlāq rocher, grosse pierre

صلقعṣlq‛ – صلنقع ṣalanqa‛ vide, désert (pays)

عقل √‛qlعاقولāqūl monticule de sable

قلع qala‛ pierre

قلف qilf sol raboteux

نقل naqil rocailleux (terrain)

وقل waqal pierres, rochers 

 

La métaphore permet de généraliser au-delà vers toutes sortes de pierres, de dépouillements ou de nudités :

 

جدرǧdrجدراء ǧadrā’ dont la peau est rongée, mangée et sans poil (brebis)

جردǧrd – V. être nu, mis à nu, dépouillé de tout

جرم ǧarama enlever la laine des moutons

جشر ğašira être inégal et rude au toucher

حدرجḥdrğمحدرج muḥadrağ sans poil

ضرجḍrǧمضرج miḍraǧ lambeau d’étoffe ou de vêtement usé

عجرد √ǧrd – II. être tout nu

فرج faraǧ nudité des parties honteuses

 

خلقḫlq – IV. être usé, râpé

دلقdlqدلوق dalūq qui a les dents cassées de vieillesse

دلقم dilqim aux dents usées (chamelle) (DRS)

 

En d’autres circonstances le rasage, qui est une façon d’égaliser une surface, est considéré comme une activité qui a des conséquences positives s’exprimant par des racines signifiant nettoyer, polir, fourbir, lisser, etc.

 

جردǧrd – V. être lisse, uni

جرش ǧaraša nettoyer la peau, en enlever les peluches ; lisser, frotter pour rendre lisse

جرن ǧarana être fourbi, poli (cuirasse)

حدرجḥdrğ – محدرج muḥadrağ ras, lisse

فرجن farǧana étriller, nettoyer (un cheval) avec une étrille

نجر naǧara raboter le bois

 

خلقḫlq – II. polir

زهلق zihliq lisse, poli

صقل ṣaqala polir, fourbir, rendre lisse et luisant

صلقṣlqصليق ṣalīq uni et lisse

قلجqlǧ – II. nettoyer ses dents

ملق malaqa laver, nettoyer – ملق malaq sol uni et doux – ملقة malaqa pierre plate et de surface unie

 

... ce qui permettra à un objet d’être plus propre, débarassé de ses impuretés, d’apparaître net, pur, blanc :

 

جردǧrdأجردaǧrad pur, sans mélange

جرمǧrm – IV. être pur, franc (couleur, teinte) ; être pur, net (voix)

جهرǧhrجهير ǧahīr pur, franc, non mêlé d’eau (lait)

مرجmrǧمارج māriǧ pur, sans fumée (feu)

 

قلب qalb pur, sans mélange ; la partie la plus pure, la plus essentielle ; cœur ; moelle du palmier

ملق malaqa blanchir

 

Pour rendre les surfaces encore plus luisantes et plus lisses, on peut ensuite les graisser, enduire, oindre,...

 

غمجر ġamğara enduire d'une substance glutineuse (un arc cassé)

 

زلقzlq – II. oindre le corps

سلق salaqa enduire une outre à lait pour l’assouplir 

قلفqlf – قليف qalīf enduit de limon à l’intérieur (vase en terre)

 

... ce qui permettra à deux objets de s’adapter l’un à l’autre, d’entrer plus facilement l’un dans l’autre, de se convenir, d’où les généralisations rendre propre à, apte à et mériter, être digne de :

 

جدر ǧadura être digne de qqch, apte ou propre à qqch

جرم ǧarama mériter qqch, être digne de qqch

 

خلقḫlq – VIII. convenir et s’adapter à qqch – خليق ḫalīq apte, propre, qui convient à, digne de

ليقlyq لاق lāqa être convenable, convenir 

 

Les dérivations sémantiques engendrées par la saisie de la nourriture nous ont emmené bien loin. Il est temps de revenir à l’alimentation proprement dite. Nous poursuivons par sa deuxième phase.

 

 

Notes

 

1. Nous l’avons en effet déjà noté dans notre étude Sorbet et moucharabieh à propos de la racine شعرš‛r, laquelle, rappelons-le, a également le sens de saisir, comprendre.

2. Jean-Claude Rolland (2017), « Éclats de roche : une étude d’étymologie sur les noms de la pierre en latin, grec et arabe », dans Journal of Arabic and Islamic Studies, « Dossier spécial : Approaches to the Etymology of Arabic » (En ligne).

2.1.4. La phase préparatoire : goûter, mâcher, ruminer

 

Les incisives et les canines ayant joué leur rôle, c’est au tour des molaires d’entrer en scène, non sans d’abord permettre au palais de goûter au passage :

 

لمقlmq – V. goûter, déguster

لوقlwq لواق luwāq morceau (qu’on goûte) 

 

La mastication après saisie n’est pas représentée dans notre corpus. On trouvera néanmoins deux racines pour la rumination qui est bien une mastication même si elle n’intervient qu’après régurgitation de l’aliment :

 

جرّǧrr – IV. ruminer – جرّة ǧirra, ǧarra aliment en rumination

رجيع raǧī‛ aliment ramené à la bouche pour être ruminé

 

Cette opération donne évidemment lieu à des emplois métaphoriques :

 

جرش ǧaraša casser, piler gros – جاروش ǧārūš concasseur, meule

جرعǧr‛ – VIII. briser un morceau de bois

جرن ǧarana moudre le grain – جرن ǧurn mortier

 

نقلnql – II. briser

 

Mais elle a surtout comme effet de mélanger dans la bouche les divers composants de l’aliment avant leur ingestion définitive. D’où une importante dérivation du mélange en général et de la confusion qui s’ensuit :

 

ثجر ṯaǧara mêler en remuant au fond du vase le marc des dattes dont on fait du vin

رجسrǧsمرجوسة marǧūsa confusion, imbroglio

رجنrǧn – VIII. être embrouillé, compliqué

شرج šaraǧa mêler, mélanger

شمرجšmrǧشمراج šimrāǧ mêlé, mélangé

مرج maraǧa mêler l’un avec l’autre – مرج marǧ désordre, confusion, désarroi

هرج haraǧa tomber dans l’anarchie, dans le désordre marqué par des pillages et des meurtres (se dit d’un peuple) – الهرج  والمرج al-harǧ wa-l-marǧ désordre, confusion, désarroi

همرج hamraǧa être mêlé, confus, en désordre

 

ذلقḏlq – II. مذلّق muḏallaq lait délayé de beaucoup d’eau

قتل qatala délayer le vin en y mêlant de l’eau

لقث laqiṯa mêler, mélanger, brouiller

 

 

2.1.5. L’ingestion proprement dite : manger, avaler

 

Pour l’ingestion normale ou dans son sens général, notre corpus n’est pas très riche. On ne trouvera guère que

 

جرجب ǧarǧaba manger

جرجم ğarğama manger

جرس ǧarasa manger

عجر √‛ǧrعجّارaǧǧār qui avale des boulettes

 

قلزم qalzama avaler

هلقم halqama avaler

 

De même il n’y a qu’un petit nombre de mots pour désigner plus ou moins vaguement la destination du produit ingéré en vue de sa digestion :

 

جرّيّة ǧirriyya gésier (chez certains oiseaux) ; estomac (d’oiseau) 

جرجب ǧurǧub, جرجبان ǧurǧubān ventre

جفرة ǧufra cavité du ventre, ventre

 

صقل ṣuql au duel صقلانِ ṣuqlāni les deux côtés du ventre, à droite et à gauche du nombril

لقنlqnلواقن lawāqin (plur.) bas ventre

 

Les êtres vivants s’alimentent pour se maintenir en vie, pour rester robuste ou le devenir, pour grandir si l’on est un petit ou un enfant. On ne s’étonnera donc pas de trouver aussi les mots suivants dans notre corpus :

 

جحرب ǧaḥrab, ǧuḥrub petit et gros, trapu ; gros et robuste (cheval)

جحرش ǧaḥraš gros et robuste (cheval)

جفرǧfrجيفر ǧayfar lion grand, énorme

عجرم √‛ǧrmعجارمuǧārim dur, fort, robuste

عرجف √‛rğfعرجوفurğūf chamelle énorme

هرجبhrǧbهرجاب hirǧāb grand de taille (homme)

هرجلhrǧlهراجيل harāǧīl grands, longs (hommes) ; gros, énormes (chameaux)

 

صقلبṣqlbصقلاب ṣiqlāb fort, robuste (chameau)

 

Limité pour l’ingestion normale, notre corpus devient nettement plus important pour l’ingestion rapide ou excessive, la dévoration, la gloutonnerie :

 

برج bariǧa faire bonne chère, manger et boire beaucoup

جخر ǧaḫir grand mangeur et qui a faim à tout instant

جرجب ǧarǧaba s’empiffrer (DRS)

جرجمğrğm – II. manger ou boire beaucoup, dévorer – جرجمان ğurğumān gourmand, glouton

جرد ǧarada dévorer (en parlant des sauterelles)

جردب ǧardaba manger avec avidité, en serrant le morceau

جردم ǧardama dévorer tout ce qui se trouvait dans l’écuelle

جرز ǧaraza manger, avaler vite – جروز ǧarūz vorace, glouton

جرسǧrsجاروس ǧārūs vorace

جرفǧrfجراف ǧurāf, جاروف ǧārūf gourmand (de mets et de femmes)

جرنǧrnمجرن miǧran gourmand, glouton

جعطريّ ǧa‛ṭariyy gourmand, vorace(1)

خجرḫǧrخجّير ḫiǧǧīr gourmand et paresseux

شجرšǧr – III. dévorer toutes les herbes

مجرmǧrمجرن miǧran gourmand, glouton

 

بقلbql – V. se nourrir de plantes, de légumes, les dévorer

حقل ḥaqila dévorer de la terre avec l’herbe

صقلبṣqlbصقلاب ṣiqlāb fort, robuste et qui mange beaucoup (chameau)

قلفح qalfaḥa avaler tout

لعق la‛iq avide

لقف laqifa avaler qqch avec précipitation

لقم laqima avaler promptement – لقمة luqma bouchée, morceau qu’on avale en une seule fois – تلقام tilqām gourmand, vorace

هلقم hilqam, hulaqim, هلقام hilqām gourmand, glouton ; vorace

 

De ce point de vue, on comprend mieux qu’un certain nombre d’êtres vivants ou imaginaires connus pour leur voracité – les ogres, les sauterelles, les poux et les bêtes carnivores – soient désignés par des termes dans lesquels nos étymons {ǧ,r} et {q,l} se repèrent :

 

جرحǧrḥجارحة ǧāriḥa animal carnassier, bête ou oiseau de proie

جردǧrdجراد ǧarād sauterelles (= les dévoreuses)

جردم ǧardam espèce de sauterelle noire et à tête verte

جرذ ǧuraḏ espèce de gros rat des champs

جرضǧrḍجراض ǧirāḍ lion

جرموز ǧurmūz louveteau mâle

جرهمǧrhmجراهم ǧurāhim lion

جرو ǧarw petit de chien, de lion, ou de toute autre bête carnassière – مجرٍ muǧrin, مجرية muǧriya hyène 

جعرǧ‛rجعار ǧa‛ār, جيعر ǧay‛ar hyène

حضجرḥḍǧrحضاجر ḥaḍāǧir hyène

زمجر zamǧar lion

سجرsǧrأسجرasǧar lion

عرج √‛عرجاءarǧā’ hyène – عراجurāǧ hyènes

عسجر √‛sǧrعيسجورaysaǧūr ogre, démon féroce

هجرس hiǧris renard ; petit de renard, renardeau

 

إلقilq loup

دلق dalaq fouine

سلقة silqa louve – سلقان silqān loups

سلقم salqam lion – سلقامة silqāma louve

صلقمṣlqmصلقام ṣilqām lion – صلاقيم ṣalāqīm dents canines chez les quadrupèdes

عسلقaslaq, ‛isliq tout animal carnassier ; lion ; loup ; renard

عولقawlaq ogre ; loup ; chienne en chaleur

قصلqṣlقصّال qaṣṣāl lion

قلبqlbقلاب qilāb, قلوب qalūb, قلّوب qallūb, qillūb, قلّيب qillīb loup

قمل qaml pou

هقلّس haqallas loup, renard

هلقمhlqmهلقام hilqām lion

 

NB : Sous l’entrée سلق slq du dictionnaire de Kazimirski, on trouve le mot سلوقيّ salūqiyy "lévrier" dans lequel Kazimirski voit l’adjectif relatif d’un toponyme Salouk ou Salouka, dont il ne saurait dire si c’est celui d’une ville du Yémen ou de l’Arménie, et d’où les lévriers seraient originaires. Au vu de la place tenue par la séquence SLQ- dans la liste ci-dessus, nous sommes plutôt tenté d’y voir un simple dérivé de la racine سلقslq, d’autant plus que le verbe سلق salaqa a, entre autres sens, celui de "courir" et que l’adjectif سيلق saylaq signifie “rapide à la course” en parlant d’une chamelle (voir chapitre 3). Ajoutons enfin que ce mot est le probable étymon aussi bien de saluki "lévrier persan" que de sloughi "lévrier arabe", qui désignent deux races bien différentes.

 

L’ingestion excessive a elle aussi des conséquences bien connues, mais qui sont négatives ; on devient gros et gras, pansu, on prend de l’embonpoint, un gros ventre :

 

بجر baǧira avoir un gros ventre

ثجر ṯaǧr gros et large

جأّرǧ’rجأّار ǧa’’ār et جئر ǧa’ir gras, corpulent

جرجور ǧarǧūr gros, épais

جرشب ǧaršaba guérir et reprendre de l’embonpoint

جرشع ǧuršu‛ gros, grand, au ventre enflé

جرشم ǧaršama guérir et reprendre de l’embonpoint

جرضǧrḍجروض ǧarūḍ gros, pansu, ventru

جرمǧrm – IV. être grand, gros, d’un grand volume

جرهمǧrhmجراهم ǧurāhim gros, corpulent

حضجر ḥiḍğir fessu, qui a de grosses fesses ou un gros ventre

رجعrǧ‛ – IV. reprendre de l’embonpoint

عجرaǧira être gros, corpulent et ventru

قبنجر qabanǧar qui a un gros ventre

هبرج habraǧ, hibriǧ grand, gros, corpulent (homme)

هرجسhrǧsهرجاس hirǧās gros, corpulent

 

ثقل ṯaqula être grosse (femme)

جفلق ǧaflaq charnu, chargé de chairs

دحقل daḥqala être gonflé (ventre)

زلق zalaq fesses (d’une bête de somme)

زهلقzhlqزهلوق zuhlūq gras (hommes ou bêtes)

صلقم ṣalqam gros, épais (chameau)

فلقflqتفيلق tafaylaqa être très gros et très gras

قصلqṣlقصيلّة qiṣyalla gros, large et en même temps de petite taille, trapu (homme, chameau)

قلعql‛ – قيلع qayla‛ femme au corps épais

قلفqlf – VII. être naturellement gonflé et arrondi (ventre) – قليف qilyaf (chamelle) au corps épais

قلهب qalhab homme âgé et au corps épais

قمل qamila prendre de l’embonpoint

لقحlqḥ – VIII. enfler, se gonfler

هلقمhlqmهلقام hilqām grand et gros (homme)

 

 

2.1.6. La phase finale : le rejet des déchets, la défécation

 

Fin de la digestion, le moment est venu de "rendre les excréments". Sans plus de commentaire. Nous avons inclu le vomissement, autre forme de rejet mais par la bouche et dû à l’indigestion :

 

جعر ǧa‛ara rendre les excréments (bêtes féroces, oiseaux)

خرجḫrǧخراجات ḫarāǧāt excréments

دحرجdḥrğدحروجة daḥrūğa boule de fiente que le scarabée noir roule devant lui

رجع‛ – IV. rendre les excréments (homme) – رجع raǧ‛ fiente, excrément

رجل riǧl excrément, ordure

ردج radaǧ excrément que rendent les fœtus d’animaux aussitôt après la naissance et avant d’avoir mangé

رمج ramağa rendre les excréments (oiseau)

زجر zaǧara vomir

 

ذلق ḏalaqa rendre les excréments (oiseau)

عملقamlaqa rendre (avec facilité) les excréments et l’urine

قلس qalasa cracher ou vomir

 

Les excréments sont considérés comme sales et ils sentent mauvais, d’où la généralisation aux ordures en général et à toutes les mauvaises odeurs :

 

ثعجرṯ‛ǧrمثعنجر muṯ‛anǧir chargé d’ordures (cil)

جخرǧḫrجخراء ǧaḫrā’ petit et rempli d’ordures (œil) ; femme dont les parties sexuelles sont fétides

جشر ğašir sale, malpropre (outre)

خجر ḫaǧar haleine fétide qui accompagne quelquefois la toux

رجز riǧz, ruǧz saleté, malpropreté, ordure ; fumier

رجس riǧs saleté, malpropreté

ضرج ḍarağa salir, imprégner de qqch de sale

عرجنarğana salir de sang

 

صلقṣlqمصلوقة maṣlūqa salie, rendu sale par les bestiaux qui y ont marché et l’ont salie de leur fiente (eau stagnante)

قلج qilğ vêtement sale, malpropre

قهل qahila être sale, malpropre (homme)

 

Nous en avons enfin terminé avec l’ingestion des solides. Place à celle des liquides. 

 

 

Notes

 

1. Nous avons déjà rencontré جعطريّ ǧa‛ṭariyy dans notre étude Pluies et parfums. C'est un mot intéressant car il peut s'analyser comme résultant du croisement de trois étymons : l’étymon {ṭ,r} de cette étude-là, l’étymon {ǧ,r} de celle-ci, et probablement l’éymon {ǧ,‛} de la racine non ambigüe جوعǧw‛ "faim".

2.2. L’ingestion des liquides

 

 

2.2.1. La soif

 

On peut boire sans soif. C’est probablement la raison pour laquelle, comme la faim vue plus haut, la soif n’est guère présente dans les racines de notre corpus. Nous n’avons en effet relevé que

 

مجر maǧara avoir soif

نجر naǧara être pris d'un violent accès de soif

 

 

2.2.2. Boissons et récipients

 

Nos étymons sont repérables

 

– dans quelques noms de boissons :

 

جرلğrlجريال ğiryāl vin

جشرğšrجاشريّة ğāširiyya coup qu'on boit avant l'aurore (du vin ou du lait)

 

علقilq vin vieux

قبلة qubla philtre, breuvage à l’aide duquel une femme cherche à se concilier l’amour d’un homme

قلس qalasa boire beaucoup de vin fait de dattes

قيل qayl, قيول qayūl toute boisson (lait ou vin) que l’on prend à midi 

 

– dans plusieurs noms de récipients :

 

جردل ǧardal seau métallique (Reig)

جرّة ǧarra jarre 

جرمزǧrmzجرموز ǧurmūz pièce d’eau, abreuvoir aux bords un peu élevés

جرن ǧurn grande auge, bassin en pierre ou en bois ; urne, vasque

جرهدة ǧarhada pot à eau

جورğwr جاير ǧāyir grand seau 

حجرḥǧrحنجور ḥunǧūr flacon pour les aromates avec lesquels on lave le corps des morts

حرجة ḥurğa petit seau

حشرج ḥašraǧ flacon mince

رجلrǧlمرجل mirǧal grand chaudronمرجّل muraǧǧal petite outre

مجر mǧrماجور māǧūr vase en terre

هجرhǧrهجير haǧīr grande coupe à boire ; grand abreuvoir

 

حلقة ḥalqa vase vidé

حوقلة ḥawqala bouteille à goulot long et étroit

علق √‛lqمعلق mi‛laq petit vase dans lequel on trait du lait

قلد qild coupe à boire

قلسqlsقلوسات qulūsāt coupes à boire

قلّة qulla cruche en terre (racine non ambigüe)

قمعل qum‛ul, قمعول qum‛ūl coupe à boire en bois à gros ventre

لقوة laqwa, liqwa grande cruche, grand seau, pot à eau 

 

– et aussi dans quelques noms désignant soit un reste de liquide au fond d’un vase, soit de l’eau stagnante dans un creux ou au fond d’un trou :

 

ثجرṯǧrثجير ṯaǧīr sédiment, marc, restes de plantes, de dattes, etc. dont on a exprimé le suc

رجرجة riǧriǧa reste d’eau boueuse au fond d’une citerne 

زرجzrǧزرجون zarǧūn eau de pluie qui demeure stagnante dans un creux

 

بلثقblṯqبلثوق bulṯūq eau stagnante qui s’étend sur un sol plat, mare d’eau

حقلة ḥaqla reste d’eau ou de lait

صلقṣlqصلاقة ṣulāqa eau stagnante et remplie d’ordures de bestiaux

فلق falaq reste de lait au fond d’un vase

قتلqtlقتال qatāl reste, reliquat

قلت qalt grand trou dans une montagne rempli d’eau stagnante

قلّة qulla creux dans la montagne où l’eau de pluie demeure stagnante 

 

 

2.2.3. L’absorption

 

Depuis la première tétée, l’absorption de liquides prend diverses formes. On les trouvera presque toutes représentées dans notre liste :

 

جخر ǧaḫira boire ayant faim et le ventre vide

جرجر ǧarǧara avaler, boire en faisant glouglou 

جرجم ğarğama boire

جرع ǧara‛a boire par gorgées, absorber – جرعة ǧur‛a gorgée

جرعب ǧar‛aba boire

رجل raǧala téter sa mère à son aise

سجر saǧara verser (de l’eau) dans le gosier, l’y faire descendre

غمجر ġamǧara humer, boire (l’eau) à petits traits et sans discontinuer

مجر maǧira avoir le ventre rempli d'eau (sans avoir étanché sa soif) – IV. introduire du lait dans la bouche de qqn

وجرwǧr – V. avaler un médicament ; boire qqch à contre-cœur 

 

فلقح falqaḥa avaler, boire ou manger tout ce qui se trouve dans un vase

قبل qabal premier coup que l’on boit

قلز qalaza boire dans un trou, humer l’eau qui est dans un trou

مقل maqala faire boire un petit dans le creux de la main

ملق malaqa téter sa mère

 

Rappelons ici notre deuxième remarque faite au début de ce chapitre : “Ce n’est pas seulement de la nourriture solide qui passe par la gorge, c’est peut-être même plus souvent du liquide, une boisson. On voit par là que la rubrique 5 du DRS – « La notion de couler » – n’est en fait que l’opération effectuée par la boisson absorbée par la bouche, passant ensuite par la gorge et coulant enfin dans le tube digestif jusqu’à l’estomac. La métaphore se chargera, nous le verrons aussi, d’adapter cette action à d’autres liquides et canaux d’écoulement.”

 

Dans un article de 1991 que nous avons souvent cité dans d’autres études(1), Michel Masson faisait de l’acte de boire un terme affixe du terme central couler. On aura compris que, pour notre part, nous faisons ici de la boisson un terme connexe de la notion de gorge et de (faire) couler une généralisation de boire.

 

Place donc à tout ce qui, comme une boisson dans la gorge, coule, arrose, remplit, inonde et abonde.

 

– cours d’eau, ruisseau, canal, pluie, ...

 

ثعجر ṯa‛ǧara verser, répandre

جربǧrbجريب ǧarīb grand cours d’eau qui reçoit des affluents

جرّǧrr جارور ǧārūr cours d’eau, ruisseau 

جرى ǧarā couler ; pénétrer qqpart en coulant – جرية ǧirya cours d’eau, de sang, de larmes, etc. – مجرًى maǧran canal 

جعفر ǧa‛far ruisseau

جورǧwr – V. couler – جور ǧiwar pluie accompagnée du bruit du tonnerre 

رجع raǧ‛ cours d’eau

رجلة riǧla cours d’eau qui descend d’un rocher dans la plaine

شرجšrǧشريجان šarīǧāni deux filets, l’un de lait, l’autre de sang, qui coulent du pis d’une chamelle

فجر faǧara donner une issue à l’eau et la faire couler 

 

حلقḥlqحلوق الأرض ḥulūq al-’arḍ endroits où l’eau coule ou a coulé

دلق dalaqa couler

قلد qalada recueillir un liquide dans un réservoir ; arroser les céréales

قلس qalasa saigner (plaie)

نقلnqlنقيل naqīl torrent qui vient d’un lieu où il est tombé beaucoup d’eau

 

– trop couler ; déborder, affluer, inonder ; la mer et ses vagues

 

ثجرṯǧr – VII. déborder et se répandre

ثعجرṯ‛ǧrمثعنجر muṯ‛anǧar haute mer, pleine mer – مثعنجر muṯ‛anǧir qui coule à grands flots

جخرǧḫr – V. crever, être rompu de manière à laisser s’écouler l’eau au dehors (abreuvoir, bassin)

جرف ǧurf torrent, courant d’eau qui emporte la terre

رتجrtǧ – IV. se gonfler de vagues et emporter tout ce qui se trouve sur son passage (inondation) ; tomber continuellement en masse (neige)

رعجr‛ǧ – VIII. être rempli (se dit du lit d'un torrent)

سجر saǧara remplir (le lit du fleuve) d'eau – ساجر sāǧir lit d'un fleuve, ou lieu que l'eau remplit en y affluant – سجرة suǧra eau qui remplit le lit d'un cours d'eau

غمجر ġamǧara remplir, inonder (se dit d’une pluie abondante qui remplit un jardin)

 

ذلقḏlq – IV. faire sortir un lézard de son trou en l’inondant d’eau

عقل √‛qlعاقولāqūl pleine mer, les vagues de la mer

قيلqyl – V. affluer et s’amasser sur un point (eau) 

 

– abondance d’eau(2) , de lait ou de végétation aux conséquences positives :

 

برجسbrǧsبرجيس birǧīs chamelle qui donne beaucoup de lait

جأر ǧa’r abondant, copieux (pluie)

جرف ǧarf pâturage abondant, riche

جفرǧfrجفار ǧifār chamelles qui donnent du lait en abondance

جورǧwr جوار ǧawār eau qui se trouve en abondance 

حضجر ḥaḍğara remplir un vase

رتجrtǧمرتج murtaǧ couvert d’une riche végétation

رهجrhǧ – IV. laisser tomber une pluie abondante (se dit du ciel)

شجرšǧr – IV. se couvrir d’arbres, de plantes

 

حلق ḥalaqa remplir la citerne d’eau – II. se gonfler de lait, être rebondi (pis d’une femelle) – حلقة ḥalqa abondance d’eau dans une citerne à peu près remplie jusqu’aux bords – حلقة ḥalqa vase vidé

فقل fql – IV. se couvrir d’une végétation luxuriante

قلد qalada recueillir (l’eau, le lait, le vin) dans un vase ou un réservoir

قلمّس qalammas qui abonde en eau (puits)

 

NB : Dans certaines racines – dont حلقḥlq ci-dessus –, on trouve à la fois les notions de remplir et de vider. On ne s’en étonnera pas et on ne cherchera pas une savante explication par l’énantiosémie : ce phénomène s’explique tout simplement par le fait que, pour remplir un récipient, on en vide forcément un autre. C’est un cas similaire à celui du mot français hôte qui a les deux sens de “celui qui reçoit” et de “celui qui est reçu”.

 

– Généralisation de l’abondance : grande affluence de toutes sortes de choses, richesses, gens et animaux, foule, troupe, troupeau, nuée, ...

 

gens

 

ثجرة ṯuǧra troupe d’hommes séparés des autres

جربّة ǧarabba troupe d’hommes

جرجرǧrǧr جرجور ǧurǧūr foule, troupe nombreuse 

جرّة ǧirra troupe d’hommes, peuplade, tribu qui émigre ou change d’habitation – جرّار ǧarrār armée nombreuse, qui traîne à sa suite des hommes de service et des bagages 

جمر ǧamara se réunir, se rassembler (peuple) – جمار ǧamār tout le peuple – جمرة ǧumra grande tribu d’environ mille cavaliers ; troupe de mille cavaliers

جمعرǧm‛rجمعور ǧum‛ūr foule, multitude

جمهرǧmhrجمهور ǧumhūr multitude, peuple, populace ; troupe nombreuse, nuée ; armée

جهراء ǧahrā’ foule, cohue

حرجلḥrǧlحراجلة ḥarāǧila troupe de cavaliers

حرجمḥrǧm – III. إحرنجمiḥranǧama se presser en foule et s’entasser les uns sur les autres – محرنجم muḥranǧam multitude

رجرجة riǧriǧa troupe nombreuse d’hommes engagés dans un combat – رجراج raǧrāǧ nombreuse troupe d’hommes armés 

رجنrǧnرجّانة raǧǧāna troupe d’hommes chargés d’armes et de bagages – رجينة raǧīna troupe, bande

عرجلةarğala nombreuse troupe d’hommes à pied

مجر maǧr armée nombreuse

 

NB : Il est clair que dans les cinq racines ci-dessus dans lesquelles sont présentes à la fois les consonnes ǧ, r et m, ces racines s’analysent comme résultant du croisement des étymons {ǧ,r} et {ǧ,m} réunir, rassembler.

 

حلقة ḥalqa troupe nombreuse d’hommes

خلق ḫalq, ḫalaq peuple, gens

علقulaq (pl. de علقةulqa) grand nombre, foule

فلقflqفيلق faylaq corps d’armée au-dessus de cinq mille hommes

قفلqfl – IV. rassembler, réunir plusieurs personnes pour traiter une affaire – قفل qufl, قافلة qāfila troupe de voyageurs, caravane

قلد qild troupe d’hommes

قلّة qulla foule d’hommes, grand attroupement – pl. قلل qulal foule qui s’est formée par l’arrivée simultanée d’hommes de toutes parts

قمل qamila être très nombreux, pulluler (population)

قوليّة qawliyya foule, cohue 

 

animaux

 

جربّة ǧarabba troupeau d’ânes – جرنبة ǧaranba troupeau d’ânes

جرثمǧrṯmجرثومة ǧurṯūma fourmilière

حرجة ḥaraǧa troupeau de chameaux

حرجلة ḥarǧala troupeau (de chevaux) ; nuée de sauterelles

رجل riǧl nuée de sauterelles

عجرمةaǧrama troupeau de chameau de cinquante à deux cents

عرجarǧ, ‛irǧ troupeau de chameau de quatre-vingts à cent cinquante, de cinq cents à mille

 

حلق ḥilq nombreux troupeau de bétail

قصل qiṣl troupeau de chameau (par ex. de dix à quarante) – قصلة qaṣla troupeau de chameaux ou de brebis ou de chèvres – قصلة qiṣla troupeau de chameaux (entre trente et quarante)

 

richesses

 

رعج ra‛iǧa être innombrable (richesse, troupeau)(3)

فجر faǧar opulence, richesses

 

sans précision

 

جعثر ǧa‛ṯara réunir, rassembler (les objets dispersés)

شجر šaǧira abonder, être nombreux

شرج šaraǧa ramasser, rassembler

قلفqlfأقلفaqlaf fécond, abondant

 

 

NB : En complément à cette sous-partie dédiée à l’acte de boire, on pourra lire notre étude Sorbet et moucharabieh dans laquelle nous étudions la polysémie de la racine شربšrb. On y retrouvera des dérivés de racines ambigües communes aux deux corpus comme برج bariǧa, جرعب ğar‛aba et جريب ğarīb, racines que nous pouvons maintenant analyser comme résultant du croisement des étymons {ǧ,r} et {b,r}

 

 

Notes

 

1. Michel Masson, 1991, « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041, Wiesbaden, Otto Harrassowitz.

2. Le français abondant vient du latin abundans « débordant », lui-même dérivé de unda « eau ».

3. Cf. l’anglais cattle “troupeau” et le nom masculin français capital, du latin médiéval capitale “biens que l’on possède”.

2.3. De l’ingestion à la gestation

 

 

Nous ne pouvons clôre ce chapitre sans traiter, même brièvement d’un emploi métaphorique un peu particulier de l’ensemble du processus alimentaire, à savoir l’activité sexuelle et de reproduction. Cet emploi n’est pourtant pas pour nous surprendre car nous le connaissons aussi en français, et il nous vient du latin. Ne parle-t-on pas de l’“appétit” sexuel ? D’un homme “gourmand de femmes” ? De la “grossesse” d’une femme enceinte ? C’est la même racine latine qu’on retrouve à la fois dans gesto, -as “porter un enfant, être enceinte” et dans digero, -is “répartir les aliments dans l’organisme, digérer”, ingero, -is “porter dans, introduire, ingérer”, et egeries “excrément”.

 

En arabe, nous avons rencontré plus haut جراف ǧurāf, جاروف ǧārūf "gourmand (de mets et de femmes)" qui était un premier indice. Mais il y a plus. Qu’on en juge :

 

rut du mâle et chaleur de la femelle

 

حلقḥlqحلاق ḥulāq cet état de la femelle quand elle ne conçoit pas après le coït, sans cesser d’être en chaleur // حلق ḥalq gosier, gorge

زلق zaliq qui a l’écoulement du sperme avant le coït // زلق zalaqa raser (la tête)

صلقṣlqصلقات ṣalaqāt dents qui claquent chez un mâle en rut, quand il gince des dents // صليق ṣalīq uni et lisse

علق √‛lqعولق ‛awlaq chienne en chaleur // faim

قفل qafala être en rut // قفلة qafla occiput, derrière de la tête

قلج qalğ mâle agité par un violent penchant sexuel // قلج qalaǧa arracher

 

couvrir une femelle, copuler

 

رجل raǧala couvrir une femelle // téter sa mère à son aise

فجر faǧara se livrer à la fornication // donner une issue à l’eau et la faire couler

نجر naǧara cohabiter avec une femme // être pris d'un violent accès de soif

نرجnrǧنورج nawraǧa et نيرج nayraǧa cohabiter avec une femme // نيرج nayraǧ rapide (marche, course)

هرج haraǧa et نهرج nahraǧa cohabiter avec une femme // هرج haraǧa tomber dans l’anarchie

 

دوقل dawqala cohabiter avec une femme // happer et avaler qqch

سلق salaqa, سلقا salqā cohabiter avec une femme // سلق salaqa ôter, enlever la viande de dessus l’os

شقل šaqala avoir commerce charnel avec une femme // peser (des pièces de monnaie)

شلق šalaqa avoir commerce charnel avec une fille // شلّاق šallāq sac à provisions

صلق ṣalaqa renverser une femme pour avoir commerce charnel avec elle // صليق ṣalīq uni et lisse

قلخ  قلخ qalaḫ qalaḫ mots répétés dont on se sert pendant que le chameau mâle couvre la femelle // قلخ qalaḫa arracher, déraciner

قلعف qal‛afa – IV. إقلعفّ ’iqla‛affa couvrir la femelle (chameau) // être ridé, ratatiné, contracté

لزقlzqلزاق lizāq coït, copulation // لزيق lazīq camarade inséparable

ملق malaqa cohabiter avec une femme ; saillir une jument // téter sa mère

 

sperme, concevoir, retenir du mâle, être fécondée

 

علقaliqa concevoir, retenir d’un mâle – علّاقةallāqa sperme // عولق ‛awlaq faim

لقح laqiḥa être fécondée (femelle) – لقاح liqāḥ sperme d’un mâle qui féconde // VIII. enfler, se gonfler

لقوة laqwa, liqwa qui conçoit ou est fécondée promptement (femme, femelle) // grande cruche, grand seau, pot à eau

لقيlqy – V. concevoir, retenir du mâle // IV. ôter qqch de sa place

 

être grosse, enceinte, fœtus

 

جرّ ǧarra porter le fœtus au-delà du temps ordinaire // جرّة ǧirra aliment en rumination

رتجrtǧ – IV. être pleine, porter un fœtus // مرتج murtaǧ couvert d’une riche végétation

مجر maǧira avoir dans le ventre un fœtus très grand // مجرن miǧran gourmand, glouton

 

ثقل ṯaqula – V. être grosse, enceinte // III. se nourrir de mets lourds

علقaliqa devenir grosse, enceinte – علقalaq femme enceinte // عولق ‛awlaq faim

 

avorter

 

مرجmrǧ – IV. avorter, jeter dehors son fœtus par avortement // مرج maraǧa lâcher au paturage

زلقzlq – IV. avorter d’un fœtus quand il est déjà couvert de poils // زلق zalaqa raser (la tête)

 

mettre bas

 

رجّrǧǧ – IV. être sur le point de mettre bas // رجّ raǧǧa agiter, secouer

فرجfrǧفارج fāriǧ qui vient de mettre bas un fœtus, et qui a de la répugnance pour l’étalon // فرج faraǧ nudité des parties honteuses

مجر maǧr fœtus à naître // مجرن miǧran gourmand, glouton

 

طلق ṭalq accouchement, délivrance (d’une femme enceinte) // طلق ṭalaqa être renvoyé, lâché, mis en liberté (se dit d’une chamelle qu’on laisse paître librement)

 

NB : Tous les items “sexuels” n’ayant pas de correspondant “alimentaire”, nous avons dû les mettre en parallèle avec des données figurant dans les chapitres suivants.

 

 

En complément sur ce sujet, on pourra lire notre étude Cohabiter avec une femme(1) dans laquelle nous nous limitons sémantiquement au seul accouplement mais en recensant toutes les formes du lexique. Au vu de la présente étude, il serait d’ailleurs intéressant de vérifier si le parallélisme digestion // gestation que nous avons relevé ici pour les deux étymons {ǧ,r} et {q,l} s’applique aussi à d’autres étymons, notamment aux plus productifs de la précédente étude. Affaire à suivre, donc.

 

 

Notes

 

1. Jean-Claude ROLLAND, « Cohabiter avec une femme : le vocabulaire de l’acte sexuel en arabe classique d’après les données du dictionnaire de Kazimirski », dans Langues et littératures du monde arabe, LLMA nº 11, 2017.

Chapitre 3. La fonction vocale de la gorge

 

 

Après ce long parcours dans l’appareil digestif, passons à la deuxième grande fonction de la gorge, une fonction plus aérienne, sa fonction vocale, à commencer par les « bruits produits par la gorge, la bouche », selon la formulation du DRS, rubrique nº 2 de la séquence GR-. Nous ferons deux remarques à propos de cette formulation :

– Ces « bruits produits par la gorge, la bouche » relèvent bien d’une fonction de ces organes, une fonction qui a autant d’importance que celle que nous venons de voir. On comprend mal que le DRS en ait fait une rubrique à part, alors qu’il a associé la fonction ingestive à la gorge. Le double sémantisme avaler - crier d’une racine non ambigüe comme جرجرǧrǧr, par exemple, est poutant révélateur.

– Ces « bruits produits par la gorge, la bouche », cela s’appelle des cris et ces cris donnent lieu à deux extensions : les bruits qui leur ressemblent, comme celui du tonnerre, et le langage articulé auquel les cris ont abouti une fois passée l’étape des onomatopées.

 

Le chapitre 4 de l’ouvrage de Bohas et Saguer(1) est lui aussi – sous l’intitulé La matrice {[dorsal],[pharyngal/laryngal]} “Produire un bruit guttural” (animal ou humain) – consacré aux sons produits par la gorge. Nous partageons donc avec le corpus de ce chapitre celles de nos racines ambigües dont la troisième radicale est une pharyngale ou une laryngale, comme جرضǧrḍ, جرهǧrh, صلقṣlq, etc. Et nous partageons forcément aussi une partie de l’arborescence sémantique révélée par les auteurs.

 

Quant au chapitre 2 du même ouvrage, il s’intitule La matrice {[+approximant, +latéral],[+continu]} “La langue”. Nous avons déjà vérifié que la langue, organe concerné au premier chef par l’expression orale mais aussi par la fonction ingestive, peut être considéré comme faisant au moins partiellement partie de la gorge. Le seul phonème ayant à la fois les traits [+approximant] et [+latéral] étant le l, nous partageons donc avec le corpus de ce chapitre celles de nos racines ambigües dont la troisième radicale est un q, comme ذلقḏlq, لعقl‛q, لزقlzq, etc. Et nous partageons forcément aussi une grande partie de l’arborescence sémantique révélée par les auteurs.

 

Nous nous garderons bien de tirer la moindre conclusion théorique de ces deux rencontres mais nous ne pouvions les passer sous silence. Peut-être sera-t-on un jour en mesure de faire la synthèse de nos travaux respectifs. En attendant, nous nous contenterons d’analyser leurs racines communes comme résultant d’un croisement d’étymons.

 

 

3.1. Les cris et les bruits

 

Le cri est l’expression vocale propre aux animaux :

 

جأر ǧa’ara mugir, braire

جرجرǧrǧr جراجر ǧurāǧir qui crie, mugit (chameau)

جرضǧrḍجراض ǧurāḍ plein d’affection, de tendresse (se dit surtout d’une chamelle qui témoigne sa tendresse pour son petit par une voix sourde qui part du gosier)

حشرج ḥašrağa braire (âne)

رجبrğbراجبة rāğiba au pl., veines du canal de la voix chez les animaux

رجس raǧasa mugir (chameau)

رجعrǧ‛a– II. répéter le son, la voix au fond du gosier (animaux)

زمجر zamǧara gronder (se dit du lion) – زمجرة zimǧara voix du lion qui gronde

سجر saǧara pousser un cri perçant et prolongé (se dit d'une chamelle, quand elle témoigne par sa voix sa tendresse pour son petit)

ضجر ḍağira mugir, beugler (se dit d'une chamelle pendant qu'on la trait)

 

قلج qalaǧa mugir en répétant plusieurs fois la gamme (chameau)

قلخ qalaḫa mugir (chameau)

 

Les êtres humains sont souvent placés devant la nécessité d’user eux aussi de cette forme d’expression primitive et basique pour communiquer avec un animal, que ce soit pour l’appeler ou pour l’éloigner, lui faire peur, le menacer, ou pour exprimer leur propre peur, leur colère, etc. On retrouvera donc ici certains verbes utilisés plus haut pour les cris d’animaux :

 

جأر ǧa’ara crier vers qqn

جربǧrbجربّانة ǧiribbāna femme criarde et dévergondée

جرجر ǧarǧara crier, vociférer avec colère

جرم ǧirm cri

جرهǧrhجراهية ǧarāhiya cris, clameurs, vociférations

جشرة ğušra aspérité de la voix, enrouement et toux

جهر ǧahara proférer un cri, faire entendre une voix – جهر ǧahura avoir une voix sonore, retentissante – III. crier à qqn

جور ǧiwar qui a une voix forte, retentissante

حرجḥrğ – II. crier la vente à l’encan

حشرج ḥašrağa râler (mourant)

زجر zaǧara faire partir, chasser par des cris ou en jetant des cailloux

زمجرzmǧr – II. faire entendre une voix – زمجر zimǧar cris – زمجرة zimǧara cris confus

عجرّدaǧarrad criard, braillard

هرجhrǧ – II. crier haro! à une bête féroce ou fauve pour lui faire peur

 

سلق salaqa crier, pousser un cri – سالقة sāliqa femme qui pousse des cris et qui se frappe la figure – سلقة silqa femme criarde et dévergondée

صلق ṣalaqa pousser un grand cri

صلقع ṣalqa‛a élever la voix

قلزمة qalzama cri

 

NB : Pour faire peur aux oiseaux et les éloigner des cultures, l’épouvantail peut remplacer avantageusement les cris ou les cailloux :

 

جدرǧdrمجدار miǧdār épouvantail qu’on dresse dans les blés pour en éloigner des animaux

 

Dès la plus haute Antiquité et probablement sur l’ensemble des terres habitées, le bruit du tonnerre fut perçu comme un grondement émanant d’un être surnaturel, poussé par une sorte de gros lion imaginaire ou de gros chameau en colère. La langue a conservé la trace de cette croyance :

 

جرجرǧrǧr جرجار ǧarǧār bruit du tonnerre

جور ǧiwar pluie accompagnée du bruit du tonnerre

رجزrǧz – V. produire un fracas, tonner (se dit du tonnerre)

رجس raǧasa tonner (tonnerre)

رجف raǧafa retentir dans le sein du nuage par des coups redoublés (tonnerre)

زمجر zamǧara gronder (se dit du tonnerre) – II. faire entendre un bruit – زمجر zimǧar vacarme, grand bruit – زمجرة zimǧara bruit tumultueux

 

Par perte du sème “venu de la gorge”, un certain nombre de racines ont été appliquées aux bruits les plus divers :

 

جرس ǧarasa produire un léger bruit, un murmure – جرس ǧaras cloche, clochette, sonnette

جرم ǧirm bruit, son

خجرḫǧrخاجر ḫāǧir bruit de l’eau au pied d’une montagne

رهجة rahǧa tumulte, émeute

زرج zarǧ bruit produit par un grand troupeau de chevaux

زنجر zanǧara claquer, produire un claquement avec le pouce et le doigt du milieu (Chez les Arabes, c’est un signe de menace.)

عنجرanǧara faire du bruit avec les lèvres en les allongeant et en les faisant claquer

وجر waǧr bruit – أوجرawǧar tumulte (d’une armée, etc.) (DRS)

 

سلقم salqama faire claquer des dents

صلق ṣalaqa produire un grand bruit – VIII. grincer, claquer des dents

صلقعṣlq‛ – صلنقع ṣalanqa‛ grand bruit

صلقم ṣalqama claquer, grincer des dents

قلزمة qalzama bruit

قلقل qalqala produire un bruit

لقلق laqlaqa produire un claquement (cigogne) ; agiter qqch de manière qu’on entende le bruit

لقم laqimaتلقّم talaqqum glouglou, bruit de l’eau

نقلة naqala bruit du torrent qui descend une pente

 

NB : On aura remarqué la présence en arabe comme en français des mêmes phonèmes g et r associés non seulement dans les désignations de la gorge et l’expression de sa fonction ingestive mais également dans les onomatopées du grondement, du grincement et du rugissement. On aura également remarqué le même phénomène quant aux phonèmes q/k et l dans l’onomatopée du claquement. Rien de surprenant à celà, les êtres humains ayant partout des gorges et des oreilles qui ont les mêmes formes et les mêmes fonctions.

 

 

3.2. Le langage articulé

 

Que ce soit pour parler, lire à haute voix, déclarer, raconter, converser, prononcer un discours, réciter ou chanter, donner un ordre, encourager, le langage articulé est l’expression vocale propre aux humains :

 

جرس ǧarasa parler – IV. chanter, fredonner

جرم ǧarama porter, exciter qqn à faire qqch

جرهǧrh – II. déclarer, manifester, divulguer, rendre public

جمهر ǧamhara rapporter un message en gros

جهر ǧahara parler à haute voix ; révéler, publier, divulguer – III. parler à qqn ou lire tout haut, à haute voix

درجdrǧ – X. parler, prononcer des paroles – دارج dāriǧ parlé (langue)

رجع raǧa‛a – III. s’entretenir avec qqn

رجل raǧala – VIII. parler sans préparation, improviser un vers, réciter de mémoire(2)

 

سلقslqسلّاق sallāq qui a de la faconde, éloquent

صلقṣlqصلّاق ṣallāq éloquent

عملقamlaqa faire un discours préparé

قبلqbl – VIII. prononcer un discours, improviser

قلخ qalaḫ ! قلخ qalaḫ ! mots répétés dont on se sert pendant que le chameau mâle couvre la femelle

قلس qalasa chanter avec art

قول qawl parole, mot – قال qāla dire

لزقlzqلزّيقى luzzayqā charme, attrait dans le discours qui attire et attache les auditeurs

نقل naqala raconter

 

NB : À propos de قولqwl, on remarquera que la plupart des autres très usuelles racines arabes du langage – كلم √klm, لهج √lhğ, لفظ √lfẓ et لغو √lġw – comportent toutes un l et une dorsale. Ce n’est évidemment pas un hasard.

 

Le langage n’est pas toujours utilisé avec mesure ou à bon escient ; il est parfois excessif, parfois blessant ou indécent, dur, nuisible :

 

أرجaraǧa exciter, semer la discorde

برجمة barǧama paroles dures ; dureté dans les paroles

جرح ǧaraḥa blesser par des propos ou des paroles offensantes

جردم ǧardama, جرذم ǧarḏama parler beaucoup et avec volubilité

جرز ǧaraza piquer ; médire de qqn

رجفrǧf – IV. exciter, fomenter des troubles

رجم raǧama maudire, accabler de malédictions

عجرفةaǧrafa paroles dures

نفرج nafraǧa être loquace, parler trop

هجرhǧr – IV. se moquer de qqn ; tenir à qqn un langage indécent

 

حلقḥlqحالقة ḥāliqa qui excite les inimitiés et la discorde entre les parents, les proches

ذلق ḏalaqa être bien affilé (langue)

قصلqṣlمقصل miqṣal bien affilée, bien pendue, mordante (langue)

لقص laqiṣ bavard, loquace

لقعlq‛ – V. déblatérer – لقعة luqa‛a bavard et hâbleur

لقلق laqlaq, لقلاق laqlāq bavard

 

... et parfois si confus qu’il trahit une éventuelle sottise du locuteur :

 

جخر ǧaḫir qui a le cerveau dérangé, imbécile

دجر daǧira s’embarrasser, s’embrouiller (en parlant)

ربج rabağa être bête, imbécile

رتج ratiǧa avoir la langue embarrassée et ne pouvoir parler qu’avec peine

رجّrǧǧرجاج raǧāǧ stupide, ignorant

سرجsrǧسرجوج surǧūǧ sot

شمرج šamraǧa brouiller, embrouiller (ses paroles, son discours)

عجرفةaǧrafa sottise, conduite sotte

عجرم √‛ǧrmمعجرم mu‛aǧram embrouillé, embarrassé, entortillé

هبرج habraǧa bredouiller

هجرhǧr – IV. radoter, dire des absurdités, des sottises, battre la campagne

هجرع haǧra‛ sot, stupide

هرج haraǧa être très verbeux, diffus – هرّاجة harrāǧa réunion bruyante d’hommes où tout le monde parle à la fois – هرج hirǧ sot, imbécile

همرج hamraǧa faire du bavardage, dire beaucoup de paroles sans suite, sans ordre et vides de sens – همرجة hamraǧa, همرجان humruǧān vacarme, bruit que font plusieurs hommes parlant à la fois

 

ألق √’lqمئلق mi’laq imbécile, idiot

بهلق bahlaq femme sotte et bavarde

عقلةaqla sorte de lapsus linguae

لعقl‛qلعوق la‛waq sot, stupide

لقطlqṭملقطان malqaṭān sot, stupide

لقعlq‛ – لقّاعة luqqā‛a sot

 

 

3.3. Motivations et conséquences des cris et des mots ; extensions ; généralisations

 

On a vu plus haut qu’une des principales fonctions du cri était pour les uns l’expression de la peur et pour les autres une manière d’infliger de la crainte. Par la relation de cause à effet et par pertes de sèmes successives, cette double fonction va donner lieu à une cascade d’extensions sémantiques et de généralisations.

 

3.3.1. Motivations du cri destiné à faire peur : éloigner, repousser, chasser, empêcher d’approcher, etc.

 

جحر ǧaḥara chasser et faire entrer dans son trou

حجر ḥaǧara empêcher quelqu’un d’approcher, lui interdire l’accès

خرجḫrǧ – IV. chasser, expulser

رجع raǧa‛a éloigner une chose d'une autre

رجم raǧama éloigner, repousser qqn à coups de pierres

شجر šaǧara éloigner, repousser

 

حقلḥqlحوقلة ḥawqala action de repousser, d’éloigner

زلق zalaqa éloigner, ôter qqn de sa place

دقل daqala empêcher qqn d'approcher

لقز laqaza repousser

 

Pour écarter un possible danger, l’opération inverse est aussi efficace, elle consiste à empêcher l’animal ou l’être humain dangereux d’agir, de bouger, en le retenant, en l’attachant s’il le faut :

 

رجّ raǧǧa contenir qqn et l’empêcher de faire qqch

رجس raǧasa retenir qqn et l’empêcher de se livrer à qqch

شجر šaǧara lier, serrer, attacher

عجرaǧara empêcher qqn de faire qqch

مجرmǧrمجار miǧār corde avec laquelle on attache la dernière articulation du pied du chameau plié au haut de la jambe, en sorte que l’animal ne s'appuie plus que sur trois pieds et reste à sa place

هجرhǧrهجير haǧīr empêché, retenu

 

حلق ḥalaqa serrer en tordant avec force (une corde) – حلقة ḥalqa corde

عقلaqala lier, attacher, retenir dans les liens – معقل ma‛qil tout lien qui retient qqn et l’empêche de sortir

 

3.3.2. Conséquences morale de ce cri et réaction physique : la peur et le frisson

 

ثبجرṯbǧrإثبجرّiṯbaǧarra trembler, trembloter de frayeur

رجب raǧaba avoir peur, s’effrayer de qqch – رجب raǧiba craindre

رجّ raǧǧa trembler, tressaillir, frémir

رجدrǧd – II. trembler – IV. être transi de peur, trembler de peur

رجرج raǧraǧa trembler, tressaillir

رجو raǧw crainte, peur

نفرج nifriǧ timide, peureux

وجر waǧira avoir peur de qqch et chercher à s’en garantir

 

– Formes adoucies de la peur et du frisson : l’inquiétude et l’agitation

 

جرج ǧariǧ inquiet, agité

رجه raǧh commotion, agitation

دجر daǧira être stupéfait, interdit, troublé

 

سلقslq – V. être en proie à l’inquiétude et s’agiter sur son lit

شقلب šaqlaba s’agiter, se remuer

قلبqlb – VII. être troublé, dans l’agitation

قلص qalaṣa être dans le trouble, dans l’émotion

قلق qalaq trouble, inquiétude, agitation

قلوqlw – XII. إقلولىiqlawlā être inquiet, agité

 

– Généralisation du tremblement et de l’agitation :

 

جرج ǧariǧ agité, remué

جهر ǧahara agiter l’outre remplie de lait, pour en faire du beurre(3)

درجdrǧدارج dāriǧ tremblant (son de la voix du chanteur)

رجّ raǧǧa agiter, secouer ; être agité, secoué, trembler (se dit aussi de la terre quand elle tremble) – IV. avoir un tressaillement dans les os dans la région de l'utérus (ce qui a lieu chez les juments peu de temps avant la parturition) – VIII. trembler, s'agiter (se dit de la mer, de la terre, des parties grasse du corps qui tremblent quand l'individu marche, etc.)

رجحrğḥ – III. agiter la balançoire pendant que qqn y est assis – VIII. s'agiter en avant et en arrière (se dit d'une bête de somme chargée et marchant d'un pas régulier et serré, pareil au tangage d'un navire) ; s'agiter sur le corps (se dit des chairs grasses d'une personne ou d'une bête en mouvement)

رجرج raǧraǧa être agité, vaciller

رجسrǧs – VIII. être ébranlé et trembler (édifice)

رجز raǧaz maladie des chameaux qui fait que leurs jambes tremblent – رجز riǧz, ruǧz fièvre

رجف raǧafa agiter, remuer ; être agité, secoué violemment ; trembler (se dit de la terre quand la secousse est violente) ; frémir d'impatience (se dit, au pl., des guerriers qui s'ébranlent et se préparent au combat) – راجف rāǧif fièvre accompagnée de tremblements

نورج nawraǧa se remuer, se trémousser, se donner beaucoup de mouvements, se démener en marchant ou en parlant – نيرج nayraǧ remuant, qui est dans un mouvement continuel

رعج ra‛aǧa agiter, ne pas laisser tranquille

رهج rahaǧa être en mouvement oscillatoire, s'agiter (se dit de l'effet causé par une lumière très vive)

 

ذلق ḏaliqa remuer, branler – IV. agiter, secouer, troubler

قلد qild commencement d’un accès de fièvre, du paroxysme ; fièvre quarte

قلقل qalqala remuer, agiter, secouer

لقلقlqlq – II. s’agiter, être agité – ملقلق mulaqlaq mobile, toujours en mouvement (regard, œil)

 

3.3.3. Effet obtenu : la fuite

 

ثبجر ṯabǧaraإثبجرّiṯbaǧarra se sauver, s’enfuir ; reculer d’épouvante ou d’étonnement

جرمز ǧarmaza s’enfuir, se sauver de peur

جعطر ǧa‛ṭara s'enfuir, tourner le dos

جمزر ǧamzara s'éloigner, se sauver

دجرdǧr – III. s’enfuir

زجرzǧr – VII. et VIII. fuir

سهجر sahǧara se mettre à courir comme un homme qui a peur

شمجر šamǧara se sauver, s’enfuir et courir comme celui qui a peur

عجرaǧara s'éloigner rapidement, partir tout à coup (comme un cheval qui est effrayé)

 

– Par perte des sèmes “peur” et “rapidité”. Il ne reste de la fuite que s’en aller, partir, s’éloigner, émigrer

 

جربز ǧarbaza s'éloigner, s'en aller

جردǧrd – VII. s'en aller, partir, s'éloigner

جرمǧrm – II. quitter, laisser là sa tribu pour émigrer

درج daraǧa s’en aller, partir

هجر haǧara rompre avec qqn et s’éloigner

 

قلص qalaṣa emporter ses bagages et décamper

قلعql‛ – IV. larguer les voiles, mettre à la voile, partir

قلقل qalqala s’en aller et courir à travers les pays

قلوqlw – XII. إقلولىiqlawlā s’éloigner d’un lieu, partir

 

3.3.4. Tous les cris n’ont pas pour objectif de faire peur, certains visent simplement à exciter un animal pour qu’il marche plus vite :

 

حرجم ḥarǧama faire marcher, chasser devant soi un troupeau de chameaux

ضرجḍrǧ – II. stimuler sa monture à la marche

نجر naǧara mener vigoureusement, faire marcher devant soi

 

– D’où l’effet obtenu : la rapidité du déplacement, qu’il s’agisse de marcher vite, de courir, de sauter, ou encore la promptitude d’action ou d’exécution. C’est un sémantisme commun à de si nombreuses racines que la longue liste ci-dessous n’est probablement pas exhaustive :

 

جرش ǧaraša courir doucement

جرهدǧrhdإجرهدّiǧrahadda se hâter, aller vite

جرهمǧrhmجرهام ǧirhām prompt à agir et qui agit avec vigueur

جرى ǧarā courir

جمرǧmr – IV. marcher avec rapidité ; sauter à pieds joints (cheval qui a des entraves aux pieds)

حرجḥrǧحرجوج ḥurǧūǧ chamelle grande, forte et rapide à la course

حرجل ḥarǧala courir avec rapidité

درج daraǧa faire sauter les uns par-dessus les autres

دهرج dahraǧa marcher avec rapidité

رجل raǧl saut, bond – رجلة raǧla précipitation avec laquelle on marche, pas précipité(4)

رجم raǧama passer rapidement en courant

روجrwǧراج rāǧa courir avec rapidité tout autour

شجرšǧr – VII. devancer, gagner de vitesse

ضرجḍrǧضريج ḍarīǧ rapide et violent (pas de la course)

عجردaǧrad leste, agile ; vif, ardent

عجرف √‛ǧrf – عجروفuǧrūf chamelle très rapide à la course

عجرمaǧrama marcher avec rapidité

عسجر √‛sǧrعيسجورaysaǧūr chameau robuste et rapide à la course

فرجل farǧala marcher rapidement en faisant de grandes enǧambées

نرجnrǧنيرج nayraǧ rapide (marche, course)

هبرج habraǧ pas léger et rapide

هرج haraǧa courir beaucoup, sans cesse

هرجبhrǧbهرجاب hirǧāb rapide à la course (chamelle)

هرجل hurǧul qui marche à grandes enjambées

هردج hardaǧa marcher d’un pas rapide

همرجة hamraǧa agilité, célérité dans les mouvements

همرجل hamarǧal rapide à la course(5)

 

بلق balaqa marcher avec rapidité, presser le pas

حوقلة ḥawqala pas rapide d’un homme qui marche à pas rapprochés et serrés

درقل darqala passer rapidement ; sauter

دلقdlq – V. se précipiter, s’élancer avec impétuosité (vagues) – VII. s’élancer, sortir soudain et se répandre (troupe de cavaliers, torrent)

ذعلقḏ‛lqذعلوق ḏu‛lūq jeune homme prompt à s’emporter

ذلق ḏaliq prompt à la répartie

رقلrql – IV. marcher avec rapidité, se dépêcher

زفقل zafqala marcher avec rapidité

زلقzlqزلوق zalūq rapide à la course (chamelle)

زهلق zihliq rapide à la course ; marche rapide

سلق salaqa courir – سيلق saylaq rapide à la course (chamelle)

صقل ṣuql agile et léger à la course (cheval)

صلقṣlqمصلاق miṣlāq rapide à la course

عسلقaslaq, ‛isliq léger, agile, leste

فلقflqتفيلق tafaylaqa courir avec la plus grande vitesse

فلقط falqaṭa se dépêcher (en marchant ou en parlant)

قذعلqḏ‛lمقذعلّ muqḏa‛ill rapide

قزل qazala sauter, faire un soubresaut

قلز qalaza sauter, faire un saut – V. courir lestement (chamois, gazelles, etc.)

قلص qalaṣa sauter, faire un saut – مقلّص muqalliṣ haut des jambes et agile à la course (cheval)

قلطفة qalṭafa agilité (d’un animal petit et rapide dans ses mouvements)

قلقل qulqul rapide à la course (cheval)

قلهم qalhama se hâter, se dépêcher

قلوqlwقلا qalā faire marcher devant soi, donner une chasse vigoureuse ; partir tout à coup en emportant son cavalier qui n’a pas encore eu le temps de se raffermir sur son siège (chamelle) – XII. إقلولىiqlawlā faire vite, se dépêcher

لحقlḥqملحاق milḥāq chamelle très rapide à la marche

لعقl‛qلعوقة lu‛ūqa agilité, prestesse – لعوق la‛waqa faire vite, se dépêcher en faisant qqch

لقع laqa‛a passer rapidement

لقف laqf agile, prompt

لقمlqm – IV. se mettre de moment en moment à courir (chameau)

لقن laqina comprendre tout promptement

ملق malaqa marcher d’un pas vigoureux – ملق maliq léger et rapide à la course (cheval)

نقل naqala passer rapidement d’un endroit à un autre

هرقل harqala trotter (DRS)

هلق halaqa être rapide à la course

هملق hamlaqa marcher d’un pas rapide

ولق walaqa marcher d’un pas accéléré

 

NB : On voit que la plupart des racines quadriconsonantiques de cette liste sont de claires extensions de racines triconsonantiques. Certaines peuvent même s’analyser comme résultant du croisement de deux racines, par exemple هملقhmlq = هلقhlq + ملقmlq. Les couples ou trios de racines homoconsonantiques sont également à remarquer : جرشǧrš / شجرšǧr, جمرǧmr / رجمrǧm, زلقzlq / قزلqzl / قلزqlz, etc.

 

– Extension de la promptitude : le zèle et l’assiduité (Cf. fr. donner un coup de collier) :

 

جردǧrd – II. se livrer exclusivement et avec zèle à qqch

جرن ǧarana s’appliquer à qqch, y travailler avec assiduité

عرج √‛ – V. se livrer à qqch, s’en donner à cœur joie

 

علق √‛lq – V. se livrer avec assiduité à qqch

قبل qabila poursuivre une chose avec assiduité

قذل qaḏala s’appliquer à qqch

قلدqld – V. s’atteler à (une tâche)

 

 

Il serait assez difficile de croire a priori que tous ces mots et toutes leurs acceptions ont une même origine : un grondement émanant de la gorge d’un mammifère ou un claquement de ses dents. Et pourtant, on l’a vu, il n’y a pas de solution de continuité : certes des formes, des sens, des sèmes se sont évaporés en route mais c’est bien la même eau qui, de cascade en cascade et en s’enrichissant régulièrement d’affluents, a parcouru cet itinéraire depuis sa source.

 

 

 

Notes

 

1. Le son et le sens, pp. 133-161.

2. La parole improvisée étant le propre de l’homme, on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas voir là l’origine du sens de رجل raǧul. C’est ainsi que l’homme primitif aurait distingué son semblable des autres primates : “celui qui ne se limite pas à émettre des cris mais qui s’exprime dans un langage articulé, le parleur.”

3. Cf. إبريجibrīǧ “outre à beurre”, cité dans notre étude La tour et les signes du Zodiaque (برجbrǧ).

4. La présence ici de رجلة raǧla n’est pas anodine. Elle pourrait expliquer que la partie du corps la plus impliquée dans l’action de marcher se dise رجل riǧl. On imagine le nombre de dérivations sémantiques et de siècles qu’il aura fallu pour passer ainsi de la gorge au pied... Les racines quadriconsonantiques حرجلḥrǧl, فرجلfrǧl et هرجلhrǧl sont de claires extensions de رجل rǧl.

5. Racine « valise » clairement composée par l’association de همرجhmrǧ avec رجلrǧl.

Chapitre 4. La fonction giratoire du cou

 

 

Sans atteindre les capacités extraordinaires du cou du hibou(1), la fonction de celui des humains et des animaux qui en sont dotés, est bien, en effet, de permettre à leur tête de se mouvoir un peu de tous côtés, de droite à gauche et de haut en bas, quelle que soit la mobilité du reste du corps. Et mouvoir la tête n’a le plus souvent d’autre raison que de vouloir regarder ce qui se passe autour de soi, quelle que soit par ailleurs les capacités de mobilité des yeux. Souvent, une mobilité accrue de la tête compense une faible mobilité des yeux ; c’est le cas du hibou. On voit par là que le regard, quelle que soit sa durée et sa direction, sera lié à la fonction giratoire du cou.

 

Nous laisserons la question du regard pour la fin. Elle est en effet secondaire par rapport au nombreuses dérivations sémantiques engendrées par cette fonction du cou, laquelle va évidemment déboucher sur les actions de tourner ou de rouler, sur les objets ronds ou simplement courbes, etc. Autrement dit, la rubrique nº 3 de la notice GR- du DRS – « La notion de rondeur > rouler, etc. » –, la dernière qu’il nous restait à voir, est elle aussi, mais ici par l’intermédiaire du cou, à rattacher à la gorge. Finalement, du début à la fin de cette notice, on peut dire qu’il n’est question que de la gorge et du cou.

 

Le chapitre 5 de l’ouvrage de Bohas et Saguer(2) – sous l’intitulé La matrice {[labial],[dorsal]} “Courbure, rotondité” – traite aussi de tout ce qui est courbe. Nous partageons donc avec le corpus de ce chapitre celles de nos racines ambigües dont la troisième radicale est une labiale, comme فرجfrǧ, برجbrǧ, etc. Et nous partageons forcément une partie de l’arborescence sémantique révélée par les auteurs.

 

 

A. Les trois mouvements de la tête permis par le cou

 

tourner le cou, la tête, son visage ; se tourner du côté de qqn, vers qqch

 

عجرaǧara tourner le cou, comme pour se tourner du côté de qqn

 

قبلqbl – IV. se tourner et se diriger vers un point ; tourner son visage vers un objet

قلبqlb – VII. se tourner vers qqch

 

La notion de côté : à côté, sur le côté, du côté de ; à droite, à gauche ; le côté qui fait face ; en face

 

جرهة ǧarha côté, flanc

جورǧwr – V. tomber sur le côté

حجرة ḥaǧra, ḥuǧra côté

حرجل ḥarǧala courir tantôt à droite, tantôt à gauche

رجح rağaḥa pencher d’un côté à cause du poids

رجوrǧw رجًا raǧan, رجاء raǧā’ côté, paroi d’un puits

عرجaraǧa – II. prendre à droite ou à gauche pour faire halte – VII. incliner, être incliné, s'incliner d'un côté

 

سلقslqسليق salīq côté du chemin

صقل ṣuql côté – صقال ṣiqāl flancs

قبلqblقبلة qibla côté qui nous fait face

لقطlqṭ – III. être en face, faire face

لقيlqyتلقاءَ tilqā’a du côté de, en face de

 

Extension : se trouver, se tenir ou habiter à côté > la proximité physique et sociale, le voisinage, la parenté

 

جورǧwr – III. être voisin de quelqu'un – VI. et VIII. être voisin, voisins les uns des autres ; être en rapports de bon voisinage – جار ǧār voisin ; maison voisine ; associé dans le commerce ; lié par les liens de patronage et de clientèle ; mari – جارة ǧāra voisine ; femme, épouse – جوار ǧawār voisinage

حجر ḥiǧr parenté, liens du sang ou d’alliance

رجم raǧm compagnon, camarade – رجم raǧam frères

شرج šaraǧa tenir compagnie à qqn dans qqch – شرج šarǧ association

 

عقل √‛qlعاقلāqil héritier le plus proche – عاقلةāqila parents du côté du père

قبلqbl – IV. arriver, approcher – قابل qābil prochain – قبيل qabīl lignée du père ; famille – قبيلة qabīla tribu

قتل qitl compagnon ; cousin germain

لحق laḥiqa rejoindre qqn

 

pencher le cou, la tête ; (se) pencher, (s’)incliner

 

جرعǧr‛ – IV. se pencher, s’incliner

عجرaǧara pencher le cou

 

قتلqtl – V. marcher avec des airs penchés

 

– lever la tête, allonger le cou

 

جردح ǧardaḥa allonger le cou – مجردح muǧardaḥ qui porte la tête haute

 

 

B. Généralisation aux mouvements circulaires

 

tourner sur soi-même autour de son axe

 

جرج ǧariǧ qui tourne (se dit des objets circulaires, comme le cerceau, une bague)

جرجرǧrǧrجرجارة ǧarǧāra moulin

جمعر ǧam‛ara tourner, mouliner – جمعورة ǧum‛ūra disque rond, de bois

نجرnǧrمنجور manǧūr grande poulie à l’aide de laquelle on tire de l’eau du puits – منجورة manǧūra roue hydraulique à irrigations

 

Les noms de pivots et d’articulations

 

برجم burǧum et برجمة burǧuma articulation du milieu d’un doigt ; articulation

جرّǧrrجارور ǧārūr pivot sur lequel la porte tourne

رجبrğbراجبة rāğiba dernière articulation d'un doigt, la plus proche du bout

نجرnǧrنجران naǧrān pièce de bois horizontale du seuil dans le trou de laquelle s'emboite et tourne le pied de la porte (selon la manière dont les portes sont faites en Orient)

 

tourner autour de qqch, en faire le tour ; pourtour, alentour ; former un cercle

 

جدر ǧadara faire élever une muraille autour de quelque chose

جفرة ǧufra pourtour, circonférence

حجر ḥaǧara – II. être entouré du halo (lune) – محجر maḥǧar pourtour, circonférence (d’une ville) – محجر miḥǧar, miḥǧir orbite, cercle de l’œil ; alentour, pays autour d’un bourg – حاجورة ḥāǧūra jeu qui consiste en ce qu’on cherche à attraper la personne qui est au milieu du cercle formé par ceux qui jouent

رجع‛ – V. tourner autour de l'abreuvoir

روجrwǧ راج rāǧa courir avec rapidité tout autour

 

حلق ḥalaqa – II. être entouré d’un cercle (lune) ; marquer une pièce du troupeau d’une marque ciculaire en forme de boucle – V. s’assoir en cercle, former un cercle – حلقة ḥalqa réunion de personnes assises en cercle

 

entourer, (se) ceindre ; ceinture ; panser, bander

 

جبر ǧabara panser, bander

جربǧrbجربان ǧirbān ceinture

شرجšrğشريجة šarīğa ceinture en joncs employée dans les bains

 

حلق ḥalaqa entourer, ceindre

صلقṣlqصولق ṣawlaq ceinture

قلد qalada entourer qqch de fil de fer – V. se ceindre (d’une arme)

 

tournoyer dans les airs ; faire des plis ; serpenter, zigzaguer ; serpents

 

جرز ǧurz pl. أجرازaǧrāz corps du serpent, les replis de son corps

جرنǧrnجارن ǧārin petit de serpent, jeune serpent

عجرaǧira faire des plis

عرج √‛ – V. serpenter, zigzaguer – تعاريج ta‛ārīǧ méandres (d’un fleuve), plissements (de terrain) – منعرج mun‛araǧ détour, coude, sinuosité (d’un fleuve, etc.)

 

بلقblqأبلقablaq serpent

حلقḥlq – II. planer et tournoyer dans les airs

عقل √‛qlعاقولāqūl détour, sinuosité, coude que fait un fleuve ou une vallée

قزلqzlأقزلaqzal sorte de serpent

قلب qulb serpent blanchâtre

 

NB : Nous retrouverons les serpents au début du Chapitre 6.

 

tordre, tresser ; corde

 

حدرج ḥadrağa tordre une corde pour la rendre plus solide

سرج sariǧa tresser les cheveux

سرهج sarhaǧa tordre avec force

عرجدurğud rameau tortu de palmier

عرجنarğanaعرجونurğūn arbre ou rameau desséché et tortu

 

حلق ḥalaqa serrer en tordant avec force (une corde) – حلقة ḥalqa corde

قفعلqf‛l – IV. ’iqfa‛alla être contordu et contracté (main)

قلد qalada tordre (une corde) – قليد qalīd tressé ; cordon, ruban, galon – إقليدiqlīd corde tressée de feuilles de palmier avec laquelle on noue un panier à dattes ; fil de fer ou de cuivre

قلس qals grosse corde tressée, câble de vaisseau

لقي luqiya avoir la bouche tordue par la paralysie

 

retourner, revenir ; reflux, retour

 

جبرǧbr – V. revenir, retourner à qqn qu'on avait quitté

جزر ǧazr reflux

رجع raǧa‛a revenir, retourner, s'en retourner, rentrer

عجرaǧara revenir, rentrer au milieu des siens, au gîte

قفلqfl – IV. ramener qqn, le faire retourner d’un voyage – قفل qafl caravane à son retour

 

retourner qqch ; se retourner ; changer

 

خرجḫrǧخرّاج ḫarrāǧ habile, qui sait se retourner et se tirer d’affaire

رجع raǧa‛a être inconstant et tourner à chaque instant (se dit du vent qu'on ne peut pas déterminer au juste de quel côté il souffle)

رنجح ranğaḥa tourner un mot dans sa bouche, et le changer

روجrwǧراج rāǧa être inconstant et tourner à chaque instant (vent)

نجر naǧr inconstance, fréquents changements

همرّج hamarraǧ qui sait se retourner dans les affaires

 

قلب qalaba tourner, retourner – قلب qaliba être renversé, retourné (lèvre) – قلّب qullab qui sait se retourner, habile dans la conduite des affaires

قلعة qulu‛a instabilité

قلف qalafa tourner, retourner une chose, la mettre à l’envers

نقل naqal changement de personne qui parle

 

détourner, écarter ; se détourner, s'écarter

 

جمر ǧamara détourner (un mal, une mauvaise influence)

جورǧwrجار ǧāra s'écarter de la ligne droite, du but ; aller à côté du but, le manquer

رجع raǧa‛a détourner une chose d'une autre

شجر šaǧara détourner

فرجfrǧ – II. écarter, dissiper (les obstacles, les nuages, les soucis)

فرحج farḥaǧa écarter les jambes en marchant

 

قلب qalaba détourner, tourner qqch du côté de qqn

 

Sens figuré : s’écarter de ce qui est juste et droit ; être injuste ; péché, délit, crime, vice, défaut...

 

جرّǧrrجريرة ǧarīra péché, délit, crime, méfait

جرش ǧarašaجارش ǧāriš injuste, qui agit injustement

جمهر ǧamhara être injuste envers qqn

جورǧwrجار ǧāra être injuste, commettre une injustice à l'égard de quelqu'un (comme juge)

حرج ḥaraǧa commettre un crime, un péché

جرم ǧarama commettre un délit, un crime contre qqn

رجس raǧasa commettre un crime, un péché

فجر faǧara s’écarter de ce qui est juste et droit

 

قذل qaḏala s’écarter de la ligne droite et agir avec injustice – قذل qaḏil vice, défaut

قلبة qalaba défaut, vice

قلزمة qalzama vice, tache ou action qui attire le blâme

 

 

C. Les objets ronds, rouler, etc.

 

rond, sphérique ; objets courbes, ronds, sphériques ou cylindriques

 

جردǧrdجريدة ǧarīda rouleau sur lequel on écrit

دحرجdḥrǧمدحرج mudaḥraǧ rond, arrondi, globuleux

 

حلقḥlq – II. gonfler le ventre, l’arrondir – حلق ḥilq, حلقة ḥalqa bague, anneau

قبلة qabala rond au bas du fuseau

قلدqldمقلد miqlad bâton recourbé en haut avec lequel on tourne ou tortille qqch

قلهبسة qalhabasa rond (tête)

 

rouler, faire rouler, se rouler

 

دحرج daḥraǧa rouler, faire rouler

درج daraǧa rouler, ployer un papier ou une pièce d'étoffe

 

صلقṣlq – V. se rouler tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos et pousser des cris

قلد qalada rouler une chose sur une autre

 

 

D. Les mouvements verticaux, sutout de haut en bas, ou alternés

 

– mouvements alternés : se balancer, boiter

 

رجّrǧǧأرجوجةurǧūǧa balançoire, bascule

رجحrğḥرجاحة ruǧāḥa, أرجوحةurǧūḥa balançoire

عرجariǧa boiter

هرجع harǧa‛ boiteux

 

قتلqtl – V. marcher en se balançant

قلز qalaza clocher, boiter

 

pencher, être incliné

 

عرج √‛ – VII. incliner, être incliné, s'incliner d'un côté

رجح rağaḥa pencher d’un côté à cause du poids

 

Sens figuré : penchant, inclination pour > amitié, tendresse

 

جورǧwrجار ǧār ami

دربج darbaǧa devenir doux et docile (bête de somme) ; marcher lentement (chamelle qui ralentit par tendresse pour son petit)

درجب darǧaba avoir de la tendresse pour son petit (chameau)

درجن darǧana s’éprendre de tendresse pour son petit (chamelle)

درمج darmaǧa marcher lentement (chamelle qui craint de s’éloigner de son petit)

سجرsǧr – III. entretenir des rapports d’amitié avec qqn – سجير saǧīr ami sincère et dévoué – شجير šaǧīr compagnon

عرجةarǧa, ‛urǧa penchant, inclination que l’on a pour qqch

 

ذملق ḏamlaqa flatter, cajoler

علقalaq, ‛ilq, علوقulūq attachement, inclination – علوقalūq chamelle qui a de la tendresse pour un petit qui n’est pas à elle ; femme mariée qui a un amant

قتل qitl ami

لحق laḥiqa s’attacher à qqn, en être inséparable

لقس laqasa avoir un penchant pour qqch

 

NB : On nous permettra de penser que les Mu‛allaqāt – المعلّقات – sont ainsi nommées non parce que ces poèmes auraient été suspendus au temple de la Mecque, comme le veut la tradition, mais plutôt parce qu’ils étaient les préférés du public, ceux auxquels le public était le plus attaché. Cela dit, l’un n’empêche pas l’autre.

 

Extension : mettre sur une balance pour peser

 

شقل šaqala peser (des pièces de monnaie)

 

tomber (par excès d’inclinaison ou de poids); tomber sur, fondre sur ; faire tomber, jeter à terre

 

جربز ǧarbaza tomber

جرثمǧrṯm – II. tomber la tête en avant

جرجğrğ – II. faire tomber, faire glisser

جرجم ğarğama renverser, démolir, faire crouler – II. tomber, crouler

جردل ǧardala menacer ruine, menacer de tomber

جرعǧr‛ – IV. tomber

جرعبǧr‛b – IV. tomber, être renversé

جورǧwr – V. tomber, crouler ; tomber sur le côté

دحرج daḥraǧa faire tomber, faire dégringoler de haut en bas

رتجrtğ – IV. tomber continuellement en masse (neige)

رجحrğḥ – XIII. [irǧaḥanna] tomber d’un seul coup

رهجrhǧ – IV. laisser tomber une pluie abondante

ضرجḍrǧ – VII. fondre d’en haut sur sa proie

عجرaǧara fondre sur qqn le sabre à la main

هرجل harǧala marcher d’un pas incertain et chancelant

 

دلق dalaqa sortir, couler, s’échapper, tomber (sabre qui ne tient pas bien dans le fourreau)

زلق zalaqa faire trébucher qqn

سلق salaqa renverser qqn de manière à le faire tomber sur le dos

سلقا salaqā – III. ’islanqā tomber à la renverse

صقل ṣaqala jeter qqn à terre

صلق ṣalaqa tomber sur qqn, une tribu, et en faire un grand carnage

عقلaqala renverser qqn par un croc-en-jambe

قبلqbl – IV. fondre sur qqn

قحلزqḥlz – II. tomber à terre sous le coup qu’on a reçu

قطلqṭl – II. jeter par terre sur le côté

لقص laqiṣ qui se jette à corps perdu dans le vice

لقف laqifa s’ébouler, tomber en ruine

لقيlqy – X. tomber à la renverse ; tomber sur qqn qui est à côté

مقل maqala plonger qqch entièrement dans l’eau

 

Extension 1 : tomber de sommeil, dormir, chambre

 

حجرة ḥuǧra chambre

رجل riǧl somnolent, qui dort toujours

فجرfǧrفاجر fāǧir que l’on passe à dormir (yawm... journée...)

ثقلة ṯaqla somnolence, envie de dormir – ثقيل ṯaqīl vaincu par le sommeil, dormant

قلدqld – XIII. ’iqlawwada s’emparer entièrement de qqn (sommeil)

قيلqylقال qāla faire qqch à midi, notamment dormir – قيلولة qaylūla sieste

 

Extension 2 : tomber mort, mourir ; gisant ; tombe, tombeau

 

جمهر ǧamhara élever un tombeau

حجرة ḥuǧra tombeau

رجم raǧam, رجمة ruǧma tombeau

فرجfrǧمفرج mufraǧ gisant dans les champs, à l’écart des habitations (homme tué)

مرج mariǧa tomber et rester gisant et abandonné par terre

 

حلقḥlqحلاق ḥalāq mort, trépas

علق √‛lqعلاقةalāqa mort, trépas

قلت qalita périr

نقلnql – VIII. passer au séjour éternel, mourir

 

Extension 3 : tomber sur, rencontrer, trouver

 

جرمزǧrmz – II. tomber sur qqn, rencontrer qqn

 

علق √‛lq –IV. trouver, rencontrer quelque objet de prix, un trésor

قبلqbl – VI. se rencontrer et se trouver face à face les uns avec les autres – X. aller au-devant de qqn, aller à sa rencontre

لقطlqṭ – VIII. tomber inopinément sur qqch

لقي laqiya rencontrer qqn ou qqch

 

pendre, pendiller (Cf. fr. un vêtement ou une draperie qui “tombe bien”)

 

رجحrğḥ – IV. pendiller – V. pendiller, être suspendu en l’air et agité

رجفrǧf – IV. avoir les oreilles lâches, pendantes et tremblantes (chamelle)

رجل raǧala lier et suspendre une bête par les pieds

سجرsǧrمسجّر musaǧǧar, مسجور masǧūr pendant, qui descend, qui tombe vers la terre (chevelure, draperie)

 

دقلdqlدوقل dawqala pendre, être pendant

علقaliqa se suspendre, être suspendu

 

 

E. Le regard

 

جحر ǧaḥara plonger, s’enfoncer en cherchant à sonder la profondeur d’un abîme (œil)

جرشم ǧaršama fixer les yeux avec attention sur qqch

عسجرasǧara regarder d’un regard fixe, pour bien voir

فرجfrǧ – V. se promener, flâner et regarder tout

وجرwǧrأوجرawǧar très circonspect et méticuleux

 

حدقل ḥadqala tourner, promener les yeux, les pupilles des yeux (comme fait celui qui regarde les yeux en coulisse)

حملق ḥamlaqa ouvrir ses grands yeux et regarder un objet les yeux fixes

زلقzlq – IV. regarder qqn d’un regard farouche, avec colère

قفلqfl – IV. suivre qqn des yeux

لمق lamaqa regarder qqn, jeter un regard sur qqn ; fixer qn de ses yeux

مقل maqala regarder, fixer qqn des yeux

 

 

Nous ne pouvons clore ce chapitre sans faire observer, une fois de plus, de curieuses coïncidences entre le sémitique et l’indo-européen. Le lecteur aura certainement remarqué que la séquence GR se retrouve en effet dans le mot giratoire qui qualifie la fonction du cou étudiée ici. Or giratoire est – comme l’italien giro – issu du grec γῦρος [gûros] « cercle, rond », d’origine incertaine pour ne pas dire inconnue. Et le synonyme le plus usuel de γῦρος [gûros], c’est κύκλος [kúklos], ancêtre de nos cycle et cylindre et dans lequel on retrouve cette fois-ci la séquence QL. La racine indo-européennne de κύκλος [kúklos] est connue ; c’est *kwel- « tourner, cercle ». Outre κύκλος [kúklos], on rattache à cette racine le latin collum « cou », le grec πόλος [pólos] « pivot », l’anglais wheel « roue », etc. On est en droit de se demander s’il ne s’agit vraiment que de simples « coïncidences ».

 

Les défenseurs du nostratique ne se le demandent plus : cette dernière rencontre se trouve en effet dans le Dictionnaire de nostratique de Dolgopolsky sous le nº 1053, qui se contente pour l’arabe de la racine قلبqlb : nous savons maintenant que c’est l’étymon {q,l} qu’il faudrait y mettre plutôt qu’un seul de ses probables dérivés. En revanche, s’il y a bien quelques mots sémitiques sous le nº 658, on n’y trouve encore ni le grec γῦρος [gûros] ni aucun de nos dérivés arabes de l’étymon {ǧ,r} dont ce serait apparemment la place. Un vide à combler ?

 

 

 

Notes

 

1. La tête du hibou a une capacité de rotation de 270º. Ce qui compense la faiblesse de rotation de ses yeux, cylindriques et non sphériques.

2. Le son et le sens, pp. 163-219. Voir aussi de Bohas, L’illusion de l’arbiraire du signe, chapitres 3 et 4. La réflexion de Bohas sur la courbure n’ayant cessé d’évoluer depuis la parution de Le son et le sens, nous renvoyons le lecteur à ce qu’il publiera sur le sujet après la date de publication de la présente étude (janvier 2019).

Chapitre 5. La fonction vitale de la gorge et du cou

 

 

Nous approchons de la fin de cette étude en ayant rattaché à la rubrique nº 1 de la notice GR du DRS toutes les autres rubriques. Mais nous n’en avons pas pour autant terminé avec la gorge et le cou. Tous les égorgeurs, étrangleurs et autres coupeurs de tête savent depuis la nuit des temps qu’intervenir violemment sur la gorge d’un être vivant en la serrant ou en la tranchant ou même en lui tordant le cou, c’est mettre immédiatement fin à sa vie, le tuer, que l’action ait lieu ou non dans un coupe-gorge. Même si ces actions pourraient, en dernière analyse, être rattachées à la saisie de la nourriture végétale ou animale (voir Chapitre 2. La fonction ingestive), nous avons préféré leur faire ici la place à part que cette partie du corps semble justifier.

 

NB : Parmi les matrices phoniques étudiées par Bohas, au moins trois ont l’action de porter un coup comme invariant sémantique. On retrouvera donc certainement ici ou dans le Chapitre 2 des racines appartenant par un autre étymon à l’un ou l’autre des corpus propres à ces matrices. On en conclura, au moins provisoirement, que ces racines peuvent s’analyser comme résultant du croisement de deux étymons ayant respectivement les charges sémantiques de 1. porter un coup et 2. gorge / cou.

 

 

A. étrangler, étouffer, noyer > suffoquer

 

جئر ǧa’ira être suffoqué à force de crier

جرّة ǧarra, ǧurra piège en bois avec un coulant à l’aide duquel on prend les gazelles

جرض ǧaraḍa étrangler, étouffer – جرض ǧariḍa étouffer, être suffoqué par l'abondance de la salive, étant oppressé ou en proie à un grand chagrin

جرط ǧaraṭa être suffoqué par un morceau qu’on mange

 

علقaliqa être pris dans les lacets

قلدqld – IV. envelopper qqn de ses flots et le noyer (mer)

 

NB : Les pièges dont il est ici question se caractérisent par l’utilisation de lacets enserrant le cou de l’animal. Nous trouverons d’autres sortes de pièges dans le prochain chapitre.

 

Sens figuré : opprimer, forcer, contraindre, être dur avec qqn > être oppressé

 

بجر buǧr méchanceté

برجمة barǧama paroles dures ; dureté dans les paroles

جأّرǧ’rجائر ǧā’ir angoisse, serrement de cœur

جبر ǧabara forcer, contraindre – جبّار ǧabbār homme violent, tyran

جحرمة ğaḥrama méchanceté

جرذǧrḏ – IV. forcer, contraindre à qqch

جرض ǧariḍa étouffer, être suffoqué par l'abondance de la salive, étant oppressé ou en proie à un grand chagrin

جزرǧzrجزّار ǧazzār tyran

جعطريّ ǧa‛ṭariyy dur, inhumain

جمهر ǧamhara être dur envers qqn

جورǧwrجار ǧāra opprimer qqn, agir en tyran – جوريّ ǧawriyy oppressif, despotique, tyrannique(1)

حجرḥğr – V. être dur envers qqn

حرج ḥarağa éprouver un serrement, une angoisse (se dit du cœur, de la poitrine) – IV. réduire à la gêne, à la misère ; forcer qqn à chercher refuge chez un autre

ربجrbğرباجيّ rabāğiyy homme dur, inhumain, barbare

ضجر ḍağira être oppressé, être dans l'angoisse, éprouver de l'ennui

عجرف √‛ğrf – II. traiter qqn avec dureté, être dur, inhumain, et imposer à qqn des travaux pénibles, ou le charger d'une affaire désagréable

عسجرةasǧara méchanceté, mauvais caractère ; bassesse, caractère ignoble

وجرwǧr – IV. contraindre à (DRS)

 

بلق balaqa violer, forcer une fille

ثقل √ṯql – IV. opprimer qqn

حلقḥlqحالوقة ḥālūqa sévère, dur (homme)

عسلقaslaq, ‛isliq méchant

علقilq méchant, mauvais homme, suppôt du diable

قلزqlzقلزّ qilizz, quluzz très dur et inhumain

هقلّس haqallas méchant de caractère

 

NB : Sous plusieurs racines, dont جورǧwr et جمهرǧmhr, la plupart des dictionnaires associent l’oppression et la tyrannie à l’injustice (voir Chapitre 4. La fonction articulatoire). C’est à notre avis une erreur de donner ainsi à entendre que ces notions sont plus ou moins synonymes, quand bien même elles seraient exprimées en arabe par un même mot ; s’il est vrai que la tyrannie implique forcément l’injustice, on ne peut pas dire que l’injustice implique forcément la tyrannie.

 

 

B. blesser au cou, à la gorge ; égorger, couper la tête

 

جدر ǧadara avoir au cou une blessure faite par un animal, et le cou enflé

جزر ǧazara égorger (une bête)

حنجر ḥanğara égorger

 

حلق ḥalaqa blesser à la gorge

حلقم ḥalqama couper la gorge à qqn

سلقع salqa‛a frapper sur le cou

علق √‛lqمعلوق ma‛lūq celui chez qui une sangsue est suspendue à la gorge

قتل qatl peine capitale, surtout par la décapitation

قصل qaṣala couper le cou – مقصلة miqṣala guillotine

قطل qaṭala couper (le cou)

 

Généralisation : piquer, percer, blesser, tuer

 

جدرة ǧadara cicatrice (Reig)

جرح ǧaraḥa blesser qqn, lui faire une plaie

جرّǧrr – IV. porter un coup de lance

جرز ǧaraza piquer – جرزة ǧaraza perte, ruine ; extermination

جزر ǧazar homme tué (sur le champ de bataille)

رجل raǧala blesser qqn au pied(2)

رجم raǧama tuer, assassiner

شجر šağara percer avec une lance

فرج faraǧa pourfendre – فرج farǧ coupe-gorge, lieu dangereux

هرج haraǧa tuer

 

سلق salaqa, سلقا salqā frapper, percer qqn avec une lance

قتل qatala tuer – قتيل qatīl tué (homme) – قتيلة qatīla victime (homme ou femme)

قلب qalaba frapper qqn au cœur

قلسqlsقلّاسة qallāsa vigoureux coup de lance

قلف qalafa circoncire (un garçon)

قولqwl قال qāla tuer qqn

لقع laqa‛a piquer (serpent)

ولق walaqa porter à qqn un léger coup de sabre ou de lance

 

Sens affaibli : frapper

 

رجل raǧala toucher, frapper qqn au pied

نجر naǧara donner à qqn une chiquenaude

 

دقل daqala frapper qqn sur quelque partie de la tête

شلق šalaqa frapper avec un fouet

صقل ṣaqala frapper avec un bâton

صلق ṣalaqa frapper qqn avec un bâton

علقةulqa volée de coups de bâton

قذل qaḏala frapper sur la tête

قلخqlḫ – II. frapper qqn fortement avec un fouet

قلز qalaza frapper

قلمع qalma‛a porter un coup sur la tête et jeter en bas

قليqlyقلى qalā frapper qqn à la tête

لقز laqaza donner un coup de poing sur la poitrine

لقّ laqqa frapper l'œil avec la main

لمق lamaqa frapper l’œil de qqn avec la paume de la main

لوقlwqلاق lāqa porter avec la main un coup dans l’œil

ملق malaqa frapper qqn avec un bâton

 

 

C. Extensions de percer : poindre > briller > zénith > haut

 

Si le sabre et le couteau tranchent, les autres armes blanches, qu’elles soient dague, épée, flèche ou lance, percent. Par la même métaphore en arabe qu’en français, le soleil perce puis brille à l’aurore à l’horizon ou en plein jour à travers un nuage, le jour point et les choses peu à peu sortent de l’ombre, apparaissent :

 

برج bariğa devenir apparent, manifeste, visible(3)

جشر ğašara percer, poindre et briller (aurore)

جهرǧhr – VI. paraître au grand jour

خرج ḫaraǧa sortir

عجرaǧara sortir, apparaître, se montrer

فجرfǧr – V et VII. percer, poindre et apparaître (aurore)

 

بلقعblq‛ – II. briller, paraître (aurore)

جلق ğalaqa faire voir, faire briller qqch en ôtant le voile

ذلق ḏaliqa luire

سلقعslq‛ – III. briller dans les nuages

فلق falaq aurore

 

Généralisation : midi , éclair

 

Quand il s’agit de briller, c’est à midi que le soleil donne le maximum de lui-même, autrement dit quand il est au zénith. Dans le ciel, le soleil n’a pas le privilège de la brillance, les étoiles aussi brillent, mais la nuit, et aussi les éclairs à toute heure du jour ou de la nuit. Enfin, par la même métaphore qu’en français, brille, est brillant, tout ce qui a de l’éclat :

 

جحر ǧaḥara s’élever au zénith, à l’apogée (soleil)

جشرğšrجاشريّة ğāširiyya midi, heure de midi

رجلrǧl – V. s’élever, être avancé (jour)

رعج ra‛aǧa briller continuellement (éclairs)

سرج sariǧa briller, lancer des éclairs

ضرجḍrǧ – V. se montrer dans tout l’éclat de ses atours ; se répandre (éclat des éclairs)

عرج √‛عريجاءurayǧā’ midi, heure de midi

هجرhǧrهاجرة hāǧira heure de midi, où la chaleur est le plus intense

 

ألق √’lq – V. briller

برقل barqala faire des éclairs de chaleur

بلقblq – VIII. briller, luire

حلقḥlq – II. être au plus haut du ciel (étoile)

خلق ḫulq dans nawmat al-ḫulq méridienne, sieste qu’on fait sur le midi

عقلaqala être vertical (ombre à midi)

قيلqyl قال qāla faire qqch à midi, notamment boire ou dormir – قيلولة qaylūla sieste

 

Extension : la montée du soleil dans le ciel de l’aurore à midi a engendré tout un champ sémantique de la percée en hauteur, c’est la métaphore de tout ce qui s’élève, monte, pousse (en parlant des dents et des plantes), grandit, enfle, bout, mousse, écume, tout ce qui finit par être haut, pointu :

 

برج bariğa être haut, élevé

جدر ǧadara s’élever au-dessus du sol (plantes qui commencent à couvrir le sol)

درج dariǧa monter par degrés

سجرsǧr – II. au passif se gonfler (mer agitée)

عجرaǧara pousser

عرجaraǧa monter, s’élever à l’aide d’une échelle

 

بقل baqala pousser, paraître (dent de chameau) ; produire des herbes (terre) ; croître et commencer à avoir des feuilles

ذلق ḏaliqa être pointu, terminer en pointe

رقلrqlراقل rāqil haut, grand, d’une grande taille

سلق salaqa bouillir, faire bouillir – V. se hisser au haut du mur – سلّاق sullāq Ascension

قلجqlǧ – II. grandir (plante)

قلسqlsقلنسوة qalansuwa bonnet pointu, mitre

قلص qalaṣa s’élever, être haut (eau dans un puits)

قلف qalafa mousser, écumer

قلّqll – IV. hausser, hisser, faire monter

قلوqlw – XII. إقلولىiqlawlā voltiger très haut dans les airs ; percher au sommet d’un arbre

 

NB : L’indépendance dont nous parle maintenant quasi exclusivement la forme X de قلّqll est l’élévation au pouvoir du souverain, non du peuple. Il faut en effet savoir qu’en arabe classique, avant d’avoir ce sens, cette forme a d’abord eu – sur le thème de la hauteur – les sens suivants, donnés dans cet ordre par Kazimirski :

1. hisser sur ses épaules ou sur sa tête et porter (par ex. une cruche)

2. être haut, sublime, bien haut au-dessus de nos têtes (en parlant de la voûte des cieux)

3. grandir (plantes)

4. s’élever très haut dans les airs (oiseau)

5. s’enorgueillir, s’élever au-dessus de ses semblables

6. se rétablir et se lever (malade)

 

Extensions : les saillies du corps : bosse, hernie, tumeur, pustule, enflure, sommet de la tête

 

بجر bağira avoir la hernie ombilicale

جرذ ǧaraḏa se fermer et former comme une excroissance (plaie, ulcère)

عجرaǧar, عجرةuǧra saillie, protubérance

عجرم √‛ǧrmمعجرم mu‛aǧram bosse du chameau

 

سلقslqسلاق salāq tumeur, enflure

قصلqṣlقصيلّة qiṣyalla qui a une tumeur au nombril, ou une hernie ombilicale قلطqlṭقليط qalīṭ qui a une hernie ou une tumeur au scrotum

قليqlyقلىً qulan sommets des têtes des hommes

قيلqyl قيلة qayla hernie

 

... les saillies de la terre : sommet, colline, montagne

 

جرداح ǧirdāḥ collines

جرعة ǧaru‛a monticule de sable

حجر ḥaǧr colline sablonneuse – حاجر ḥāǧir plateau élevé et renfoncé au milieu

 

حلقḥlqحالق ḥāliq montagne élevée

عقلaqala monter bien haut sur la montagne (chamois) – معقل ma‛qil montagne très haute

قبل qabal colline élevée qui nous fait face, versant ou sommet d’une montagne qui est devant nous

قعلq‛lقاعلة qā‛ila sommet d’une montagne ; montagne longue et roide – قوعل qaw‛ala être juché au haut d’une colline

قلعql‛ – قلاعة qulā‛a rocher isolé dans la plaine

قلّة qulla sommet, cime (d’une montagne) ; colline

قليqly قلىً qulan sommets, cimes des montagnes

لقح laqaḥ montagne

لقيlqyملقًى malqan endroit au haut d’un rocher où l’on voit un chamois perché

وقل waqala monter sur une montagne, la gravir

  

... et enfin celles de la société des hommes : élite, seigneur, roi, chef

 

جرثمǧrṯmجرثوم ǧurṯūm seigneur, chef

 

عقل √‛ql – عقيلة ‛aqīla chef d’une tribu, d’une famille

قبلqblقبيل qabīl chef d’une tribu

قلدqild – مقلّد muqallad chef (d’une tribu)

قلمسqlmsقلمّس qalammas chef puissant

قولqwl – VIII. exercer sur qqn une autorité, être son supérieur ou son souverain – قيل qayl roi (chez les Himyarites)

مقلة muqla choix, élite

هلقم hilqam chef qui a grand soin des siens et veille à leurs affaires

 

 

 

 Notes

 

1. Ce mot (avec ce sens) ne figure que dans le dictionnaire de Daniel Reig.

2. On a vu plus haut (Chapitre 3. La fonction vocale de la gorge) comment un mot de cette racine en est probablement venu à désigner le pied, au point que ce sens prime maintenant sur tous les autres.

3. Cf. notre étude La tour et les signes du Zodiaque.

Chapitre 6. Les métaphores de la gorge et du cou

 

 

A. D’après le long cou de certains animaux

 

Les animaux et les plantes ont souvent été désignés par ce qui pouvait être considéré comme leur principale caractéristique. On ne sera donc pas surpris de trouver dans notre corpus des noms désignant le serpent et l’anguille et d’autres animaux dotés d’un long cou. Au point qu’un même terme – قلوص qalūṣ – a pu être attribué à trois animaux aussi différents que la chamelle, l’autruche et l'outarde :

 

بلرجblrǧبلارج balāriǧ cigogne

جرّيّ ǧirriyy anguille

جرفǧrfجورف ǧawraf autruche mâle

جرنǧrnجارن ǧārin petit de serpent, jeune serpent

حبرج ḥubruǧ outarde

 

بلقblqأبلق ’ablaq serpent

سلقع salqa‛ autruche mâle

عسلقaslaq, ‛isliq autruche

قزلqzlأقزلaqzal sorte de serpent

قلب qulb serpent blanchâtre

قلسqlsأنقليسanqalīs anguille(1)

قلصqlṣقلوص qalūṣ jeune chamelle ; autruche femelle ; petit d'outarde

قلعة qala‛a grande chamelle

لقلق laqlaq, لقلاق laqlāq cigogne

هقل haql, هقلة haqla jeune autruche – هيقل hayqal autruche mâle

 

Pour ne pas alourdir cette étude, nous nous sommes gardé d’y citer trop de vocables construits sur des étymons différents des deux qui nous ont servi de lignes de conduite, mais sachant que les phonèmes l et n ont en commun avec r le trait phonétique [+sonant], nous ne saurions passer ici sous silence ni جمل ǧamal (étymon {ǧ,l}) ni ناقة nāqa (étymon {q,n}).(2)

 

On constate également dans notre corpus la présence de termes désignant des objets naturels ou fabriqués dont la forme cylindrique a pu évoquer un cou plutôt allongé comme celui des animaux que nous venons de citer. C’est le cas de tige, étui, fourreau, carquois, flacon, et même chaussette et jambe de pantalon, acception qui nous permet de vérifier que la racine رجلrǧl ne se limite pas à désigner le pied :

 

جربǧrbجورب ǧawrab bas ou chaussettes – جربان ǧirbān et جربّان ǧurubbān fourreau de sabre

جشرğšrجشير ğašīr carquois de cuir

جفرğfrجفير ğafīr carquois

جورğwr – IV. mettre, serrer les outils, des objets dans un sac ou un étui

حشرج ḥašraǧ flacon mince

رجل riǧl jambe de pantalon, de caleçon

رمجrmğرماج ramāğ parties comprises entre les nœuds de la tige d’un roseau

شجرة šaǧara tige, tronc ; plante à tige ; arbuste ; arbre

عجر √‛ǧrعنجورةunǧūra étui à flacon

 

حقلḥqlحوقلة ḥawqala bouteille à goulot long et étroit

قلج qalğ roseau

قلم qalam roseau taillé pour écrire, kalem – مقلمة miqlama et قلمدان qalamdān étui à plumes, à kalems – مقالم maqālim nœuds, nodosités du roseau employé comme bois de lance

لحقlḥqلحاق liḥāq étui à arc

لقطlqṭملقاط milqāṭ roseau à écrire

 

NB : La tradition voit dans قلم qalam un emprunt, par l’intermédiaire de l’araméen, au grec κάλαμος [kálamos] "roseau, roseau pour écrire". Cette étude nous amène à en douter, mais si c’est exact, on constate que le mot et ses dérivés n’ont eu aucune peine à s’acclimater.

 

 

B. D’après l'étroitesse de la gorge

 

Comme il en va du français avec nos gorges et cols, les mots حنجر ḥanğar ou حنجرة ḥanğara – nous l’avons vu plus haut – désignent également une gorge de montagne(3). On ne sera donc pas surpris de trouver dans notre corpus toute une série de termes désignant d’autres passages naturels plutôt étroits comme les défilés, lits de torrents, vallées, crevasses, fissures, ou dus au travail de l’homme comme le sillon tracé par le laboureur, la ruelle creusée par le chasseur, le vestibule, le cabinet et la cellule :

 

جربǧrbجريب ǧarīb vallée

جرّǧrrجرّارة ǧarrāra terrain encaissé

حجرة ḥaǧra vestibule – حجرة ḥuǧra cabinet, cellule

حرج ḥaraǧ défilé, passage étroit

رتجrtǧمرتج martaǧ col, défilé, passage

رجلة riǧla lit d’un torrent

شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher

فجرة fuǧra lit d’un torrent

فرج farǧ fente, fissure, crevasse

وجرة waǧra ruelle que l’on creuse exprès et qui aboutit à une fosse pour prendre les bêtes féroces

 

سلق silq lit d’un cours d’eau

فلق falq crevasse – فلق falaq terrain encaissé entre deux montagnes

قفلqflقفيل qafīl défilé, chemin étroit à travers les montagnes

قلّيّة qilliyya cellule de moine, cabinet

لقّ laqq fente, crevasse ; sillon – لققة laqaqa sillon

 

Généralisation 1 : fendre, creuser dans le sens de la longueur

 

جورǧwr – II. creuser, faire un creux – جوّار ǧawwār laboureur

ضرج ḍarağa fendre

 

شلق šalaqa fendre dans le sens de la longueur

 

Généralisation 2 : étroitesse, exigüité, contraction, diminution, petitesse

 

جربز ǧarbaza se contracter

جرثمǧrṯm – II. se contracter

جرمز ǧarmaza se contracter – جرموز ǧurmūz petite maison

حرج ḥaraǧa être serré – حرج ḥaraǧ espace étroit

جزر ǧazara tomber, baisser, décroître (eau, surtout de la marée)

ضجر ḍağr étroit (lieu)

 

قلص qalaṣa être réduit, diminué, se contracter

قلعفql‛f – IV. ’iqla‛affa être ridé, ratatiné, contracté

قلّqll – IV. diminuer, amoindrir – قلّة qilla exigüité

لقص laqiṣa être étroit

 

Sens figuré : étroitesse morale, avarice

 

جحرمة ğaḥrama étroitesse

شرج šaraǧa fermer une bourse en serrant les cordons

 

قلزم qalzama – II. mourir par suite de son avarice

قلّqll – IV. donner peu

 

Extension : un passage étroit est enclin à se boucher naturellement ou facilite sa fermeture :

 

جرّة ǧarra, ǧurra piège en bois à l’aide duquel on prend les gazelles

جرف ǧurf pierre, digue en pierre

رتج rataǧa fermer, barrer, barricader (une porte)

رجبة ruǧba piège à l’aide duquel on prend les bêtes, surtout les loups, en y attachant un morceau de viande qui fait tomber la trappe

رجّ raǧǧa faire, bâtir (une porte)

شجرšǧrشجار šiǧār morceau de bois servant de verrou

عجرaǧara boucher, fermer (l’orifice, etc.)

 

بلق balaqa fermer la porte – بلق balq porte, portière ; rideau

علق √‛lq – II. fermer (la porte)

قبلqblقبيلة qabīla grosse pierre qui couvre l’orifice d’une citerne

قفلqfl – II. fermer à cadenas, cadenasser – قفل qufl cadenas

قلدqldإقليدiqlīd clé

قلف qalafa calfater (un navire)

لقم laqama boucher, intercepter un passage, un canal

 

Autres formes de fermeture : le mur, la haie et la digue.

 

جدرǧdrجدار ǧidār mur, muraille, paroi

حجرḥǧrحاجر ḥāǧir mur, pan de muraille, haie, digue – حاجور ḥāǧūr digue

 

لقف laqaf parois (d’un mur, d’un bassin en maçonnerie)

 

 

C. D’après la profondeur de la gorge

 

Depuis le simple trou creusé à la surface du sol jusqu’aux plus profonds gouffres de la terre ou abîmes de la mer, en passant par la fosse, le puits et la dépression de terrain, notre corpus est riche en termes désignant des cavités creusées par la nature ou la main de l’homme. Par leurs étymons et leurs racines, ces termes se rattachent clairement à tous ceux que nous avons déjà rencontrés. Il est donc difficile de ne pas y voir des métaphores de la gorge. Qu’on en juge :

 

جحر ǧaḥr creux très profond, abîme – جحر ǧuḥr trou en terre

جربǧrbجراب ǧirāb cavité du puits, depuis l’orifice jusqu’à l’eau

جردبǧrdbجرداب ǧirdāb gouffre, abîme de la mer, des eaux

جرّǧrrجرّارة ǧarrāra terrain déprimé – جرور ǧarūr profond (puits)

جرمزǧrmzجرموز ǧurmūz puits

جفر ǧafr puits plus large vers le fond qu'en haut

جورǧwrجورة ǧūra creux, cavité, trou en terre, fosse

حجرḥǧrحاجر ḥāǧir plateau élevé et renfoncé au milieu

حشرج ḥašrağ creux dans la montage où l’eau dépose et s’épure

رجم raǧam puits ; fossé ; fosse

شرجة šarǧa creux en terre sur lequel on étend une peau pour y donner à boire à un chameau

 

عقل √‛qlمعقلة ma‛qula creux en terre, fosse où l’eau de pluie est conservée

فلق falaq Enfer, un des fossés de l’Enfer

قلبqlbقليب qalīb puits creusé mais qui n’est pas encore muré en dedans ; puits ancien

قلز qalaza faire des trous dans la terre avec le bout d’un bâton

لقيlqyملاقى malāqā orifice, trou, canal des latrines

مقل maql fond d’un puits

 

Un trou est un lieu dans lequel finissent par tomber les solides et liquides qui s’en approchent de trop près. On ne tombe plus seulement de sa propre hauteur et par suite de la perte de l’équilibre, comme nous l’avons vu au Chapitre 4, mais plus bas que soi-même, dans des fosses parfois creusées à cette intention, ou par accident. On tombe enfin, au sens figuré, dans l’anarchie, la décrépitude ou pire, dans la misère ou le malheur comme on tombe dans l’Enfer :

 

بجر buǧr malheur

بجرمbǧrmبجارم baǧārim malheurs, calamité

جربǧrbتجارب taǧārib épreuves, malheurs éprouvés

جرد √ǧrd – جارود ǧārūd malheureux, mauvais (an)

جرفǧrfجارف ǧārif malheur, calamité – جاروف ǧārūf malheureux – مجارف muǧārif malheureux, à qui rien ne réussit

عجر √‛ǧrعجاريّaǧāriyy malheurs – عجريّuǧriyy malheur

فرجfrǧ – II. tomber dans la décrépitude

مجرmǧrمجرتانِ maǧratāni les deux malheurs qui peuvent arriver et qui arrivent habituellement aux troupeaux, savoir, les maladies et les invasions nocturnes qui les dispersent

هرج haraǧa tomber dans l’anarchie, le désordre

 

حلق ḥalq malheur

قهلqhl – VII. et IX. tomber de vieillesse et d’infirmité

ملقmlq – IV. tomber dans la dernière misère

 

Dans le corps humain lui-même, il y a d’autres trous que la gorge, disons d’autres orifices notoires, et aussi quelques cavités :

 

جعر √ǧ‛r – جعراء ǧa‛rā’, جاعرة ǧā‛ira anus, canal de l'anus – جعرّى ǧi‛irrā, مجعر maǧ‛ar anus – جعرانة ǧi‛rāna œil

جفرة ǧufra cavité du ventre ; ventre

جورğwr جار ǧār parties naturelles de la femme ; cul

حجر ḥaǧr orbite de l’œil – حجر ḥiǧr giron, sein ou creux formés par les pans du vêtement relevé sur le devant – حنجر ḥanğara s’enfoncer dans son orbite (œil)

حشرجة ḥašraǧa creux, fossette

شرج šaraǧ parties naturelles de la femme – شرجيّ šarǧiyy anal

عجرمaǧram côté intérieur des fesses chez un mulet

فرج farǧ parties honteuses (tant de l’homme que de la femme, tant de devant que de derrière)

 

حلقḥlq – II. être renfoncé dans son orbite (œil)

قلت qalt creux, cavité (sous les yeux, aux tempes ou au bas du pouce)

مقلة muqla œil

 

Extension : la présence de termes désignant le sexe de la femme dans le groupe précédent explique peut-être que les items de la liste suivante puissent désigner indifféremment l’un ou l’autre sexe et même, le plus souvent, uniquement celui du mâle ou de l’homme :

 

جردان ǧurdān verge, pénis

حجر ḥaǧr, ḥiǧr parties de la génération (de l’homme ou de la femme)

عجردaǧrad verge, pénis

عجرم √‛ǧrmعجارمuǧārim verge

 

دقلdqlدوقل dawqal verge, pénis

شقلšqlشاقول šāqūl verge, pénis

قبل qubl, qubul parties naturelles (de l’homme ou de la femme)

قلد qild verge, pénis d’une bête de somme

 

NB : Il est aussi possible que, par sa forme allongée et cylindrique, la verge ait quelque rapport avec les objets vus plus haut (A) dont nous avons dit qu’ils pouvaient évoquer un long cou, ou bien, en raison de sa fonction “pénétrante”, avec les verbes signifiant pénétrer – comme دقل daqala – que nous rencontrerons plus loin (D, extension 1).

 

 

D. D’après l’obscurité de la gorge

 

C’est un aspect de la gorge que le français ignore mais dont la langue arabe témoigne dans diverses réalisations lexicales des étymons ici étudiés : la gorge est un lieu obscur où les choses avalées disparaissent. Cela donnera lieu à la métaphore de base : la caverne, la grotte où les animaux et les hommes peuvent se cacher est clairement comparée à une gorge, mais aussi le golfe entre terre et mer où les embarcations peuvent s’abriter des poursuivants et des tempêtes, et même l’épais fourré, le bois touffu où le gibier espère pouvoir échapper au chasseur. De là tout un lexique de noms désignant le rôle joué par ces lieux protégés et protecteurs où non seulement on peut se cacher soi-même mais aussi cacher ses petits et sa réserve alimentaire : refuge, abri, antre, repaire, gîte, tanière, nid...

 

جحر ǧaḥr antre – جحران ǧuḥrān repaire

جدر ǧadara se cacher entre les murailles

جرجمğrğm – II. se blottir dans son trou

جرّ ǧarr repaire, tanière

جورğwrجوار ǧuwār caverne dans la montagne

حجر ḥaǧara se cacher dans son trou (lézard) – حجر ḥuǧr trou de souris ou de serpent

حرج ḥirǧ qui entre dans son gîte (gazelle) ; épaisseur de la forêt, du bois – حرج ḥaraǧ forêt épaisse – حراج ḥirāǧ épaisseur d’une forêt, des ténèbres

رجل riǧl golfe

رجمة ruǧma repaire de l’hyène

وجر wuǧr caverne, grotte – وجار wiǧār repaire, tanière, terrier

 

خلقḫlqخليقاء ḫulayqā’ intérieur d’une caverne

لخقlḫqلخقوق luḫqūq trou dans la terre qui sert de repaire à un animal

 

Généralisation 1 : cacher et se cacher ; couvrir

 

ترج taraǧa être voilé, caché aux regards – ترج tariǧa être obscur et difficile, et comme voilé et caché (se dit d'une science)

جحر ǧaḥara se mettre à l’écart et se cacher

جفرǧfr – II. se cacher

حجرḥǧr – IV. couvrir, cacher

درمجdrmǧ – III. إدرمّجidrammaǧa et إدرنمجidranmaǧa entrer quelque part pour se cacher

سبرج sabraǧa cacher, céler ; rendre caché et obscur

عجر √‛ǧr – V. se couvrir, s’envelopper de qqch

عرج √‛عارجāriǧ caché, qui est dans un endroit où on le voit pas

 

دقل daqala se cacher, être caché

 

Généralisation 2 : se réfugier, enclos, citadelle ; garder, conserver, magasin, cellier

 

برج bariǧa avoir des provisions abondantes (DRS) – برج burǧ fort, citadelle(4)

جدرǧdrجديرة ǧadīra enclos fait de pierres pour les bestiaux

جشرğšrجاشر ğāšir garde, gardien

جورğwr جار ǧāra chercher refuge, asile – جوار ǧawār protection, patronage(5)

حجرḥǧr – VIII. se réfugier chez qqn – حجر ḥaǧr protection, tutelle – حجرة ḥuǧra enclos pour les chameaux – محجر maḥǧir, miḥǧar verger, parc

 

عقلaqala chercher refuge chez qqn – عقلaql, معقل ma‛qil asile, refuge ; forteresse, fort, citadelle

قفل qafala ramasser et serrer dans un magasin

قلدqldقلّيد qillīd magasin, cellier – مقلدة miqlada, مقلاد miqlād armoire, garde-manger

قلعة qal‛a place forte, citadelle

لقن liqn soutien, appui, protection dont on jouit

لوقlwqلاق lāqa i se réfugier auprès de qqn

 

Extension 1 : entrer pour se cacher > entrer, pénétrer ; faire entrer

 

درج daraǧa introduire, faire entrer, insérer

ردج radaǧa s’avancer, marcher pas à pas

وجر waǧara faire prendre un médicament à un malade en le lui introduisant dans la bouche

 

دعلق da‛laqa s’engager, s’avancer loin dans qqch (par ex. dans la rivière)

دقل daqala entrer dans

لقيlqy – IV. jeter dedans, injecter ou pousser dedans

 

Extension 2 : cacher qqch > cacher la vérité, mentir, tromper

 

Comme nous l’avons vu dans notre étude Le vocabulaire du mensonge et de la tromperie en arabe classique, une façon de cacher quelqu’un ou quelque chose, c’est de le couvrir, et couvrir la vérité, c’est mentir, tromper :

 

جبر √ǧbr – جبار ǧabār mensonge

جربز ǧurbuz imposteur – جربزة ǧarbaza tromperie

درجdrǧ – X. tromper qqn

رجب raǧaba calomnier

رجع raǧa‛a simuler la grossesse (se dit d’une chamelle ou d’une ânesse lorsque, pour se faire croire pleine et éloigner le mâle, elle remue la queue, serre les fesses et lâche de l’urine çà et là)

رمجrmğرامج rāmiğ oiseau que le chasseur met comme appât dans le piège destiné à prendre les oiseaux de proie

سرج saraǧa ou sariǧa mentir – سرّاج sarrāǧ menteur

شرج šaraǧa mentir, dire un tas de mensonges

عجر √‛ǧrعجريّuǧriyy menteur

فجر faǧara mentir

نرجnrǧنورج nawraǧa calomnier

 

ألقaliqa tromper, décevoir (se dit des éclairs qui ne sont pas suivis de pluie)

برقل barqala mentir

بهلقة bahlaqa mensonge

جفلقة ǧaflaqa hypocrisie

خلقḫlq – VIII. inventer qqch, forger un mensonge

سلق salaqa blesser qqn par des propos offensants ou calomnieux

عملق √‛mlqعملاقamlāq qui trompe par son extérieur élégant, séduisant

فلقان fulqān mensonge palpable, impudent

قذل qaḏala médire de qqn

قلعql‛ – قلّاع qallā‛ menteur

ملق malaq flatterie, adulation

ولق walaqa continuer à dire des mensonges 

 

 

 

Notes

 

1. Si ce mot est, comme on le pense, un emprunt au grec ἔγχελυς [égkhelus] de même sens, on voit qu’il n’a pas eu de mal à s’acclimater. On ignore l’origine du mot grec.

2. Un francophone ne manquera pas de penser au terme girafe, de l’italien giraffa, lui-même de l’arabe زرافة zarāfa, lequel est un probable emprunt à une langue africaine. Il n’empêche qu’il est curieux qu’en italien le phonème ǧ se soit substitué au z. Il est aussi possible que cette substitution se soit faite dès le passage de l’arabe classique à la variante dialectale en contact avec l’Italie, surtout s’il existait déjà, comme on le voit, un mot en جرف ǧrf- désignant un autre animal au long cou. Il est enfin également possible que cette variante dialectale ait été plus fidèle que l’arabe classique au mot africain originel.

3. Hors corpus, le mot معنّقات mu‛anniqāt, dérivé de عنقunq "cou" (étymon {q,n}), désigne des "montagnes qui s’étendent loin et forment des gorges".

4. Sur ce mot et sa racine, voir notre étude La tour et les signes du Zodiaque.

5. Noter aussi “CAN. nh. megura grange, magasin” (DRS, GWR fasc. 2, p. 109, rubr. 6).

Chapitre 7. Les racines réapparaissantes

 

 

 

Rarissimes sont dans notre imposant corpus, les racines n’apparaissant que dans un seul chapitre de cette étude, et ce sont pour la plupart des quadriconsonantiques qui semblent bien n’être que de probables extensions de triconsonantiques. Il est même possible que certaines racines isolées n’aient aucun lien morphosémantique réel avec les autres et que leur présence dans le corpus soit le pur fruit du hasard. C’est, par exemple, le cas de أرجaraǧa "exciter, semer la discorde", seul représentant de la racine أرج √’rǧ, dont l’étymon pourrait bien être {’,r} allumer un feu plutôt que {ǧ,r}.

 

Il n’est pas non plus très intéressant de mentionner ici les racines n’apparaissant que dans deux ou trois, voire quatre chapitres. En revanche, comme un lecteur attentif aura certainement relevé la présence répétée de certaines racines, il n’est peut-être pas inutile de réunir ici, avec toutes les acceptions relevées et la référence du chapitre, une trentaine de racines championnes de la réapparition, celles qui constitutent pour ainsi dire la colonne vertébrale sémantique de cette étude. Nous les présenterons donc en fonction de leur présence dans les six premiers chapitres ou dans cinq d’entre eux.

 

 

A. Racines présentes dans les six premiers chapitres

 

Tout en haut du palmarès, nous retrouvons sans surprise – chacune avec son extension – les deux racines sur lesquelles nous nous sommes arrêtés dès le premier chapitre : حجرḥǧr (+ حنجرḥnğr) et حلقḥlq (+ حلقمḥlqm). Quant aux sept autres racines de ce groupe de tête, nous les avions aussi évoquées très tôt dans la mesure où l’un au moins de leurs dérivés avait une relation sémantique claire avec la gorge ou le cou : ce sont حرجḥrğ, عجر √‛ǧr, علق √‛lq, قبلqbl, قلبqlb et قلدqld. Enfin nous n’avons pas hésité à inclure dans ce groupe la racine سلقslq dont la racine عسلق √‛slq est une assez claire extension.

 

À propos de علق √‛lq et de قلبqlb, on aura sans doute remarqué comment les acceptions qui sont maintenant les plus usuelles de ces racines, l’action d’accrocher pour la première et la notion de cœur pour la seconde, sont en fait des sens dérivés dont le sens premier s’est peu à peu effacé à leur profit. C’est d’ailleurs un phénomène que connaissent la plupart des racines. C’est ce qui rend l’étude de leur étymologie à la fois difficile et passionnante.

 

حجرḥǧr (+حنجرḥnğr)

 

1 حنجر ḥanğar, حنجرة ḥanğara gorge, gosier ; gorge de montagne – حنجر ḥanğara égorger ; s’enfoncer dans son orbite (œil) – حنجرة ḥanğara, حنجور ḥunğūr larynx – حنجريّ ḥanğariyy guttural (lettre) – حنجور ḥanğūr gorge, gosier 

2 حجر ḥaǧar pierre – حجر ḥaǧr colline sablonneuse – حجرة ḥuǧra plage – حنجور ḥanğūr petit panier ; flacon pour les aromates avec lesquels on lave le corps des morts

3 حجر ḥaǧara empêcher quelqu’un d’approcher, lui interdire l’accès

4 حجر ḥaǧara – II. être entouré du halo (lune) – محجر maḥǧar pourtour, circonférence (d’une ville) – محجر miḥǧar, miḥǧir orbite, cercle de l’œil ; alentour, pays autour d’un bourg – حاجورة ḥāǧūra jeu qui consiste en ce qu’on cherche à attraper la personne qui est au milieu du cercle formé par ceux qui jouent – حجر ḥiǧr parenté, liens du sang ou d’alliance – حجرة ḥaǧra, ḥuǧra côté – حجرة ḥuǧra chambre ; tombeau

5 حجر ḥağara – V. être dur envers qqn – حجر ḥaǧr colline sablonneuse – حاجر ḥāǧir plateau élevé et renfoncé au milieu – حنجر ḥanğara égorger

6 حجر ḥaǧara se cacher dans son trou (lézard) – IV. couvrir, cacher – VIII. se réfugier chez qqn – حنجر ḥanğara s’enfoncer dans son orbite (œil) – حاجر ḥāǧir mur, pan de muraille, haie, digue – حاجور ḥāǧūr digue – حجر ḥaǧr protection, tutelle – حجرة ḥuǧra enclos pour les chameaux – محجر maḥǧir, miḥǧar verger, parc – حجر ḥuǧr trou de souris ou de serpent – حجر ḥaǧr orbite de l’œil – حجر ḥiǧr giron, sein ou creux formés par les pans du vêtement relevé sur le devant – حجر ḥaǧr, ḥiǧr parties de la génération (de l’homme ou de la femme) – حاجر ḥāǧir plateau élevé et renfoncé au milieu – حجرة ḥaǧra vestibule – حجرة ḥuǧra cabinet, cellule

 

حلقḥlq (+ حلقمḥlqm)

 

1 حلق ḥalq gosier, gorge – حلقيّ ḥalqiyy guttural (lettre) – حلقم ḥalqama couper la gorge à qqn – حلقوم ḥulqūm gorge

2 حلق ḥalaqa remplir la citerne d’eau ; raser – II. se gonfler de lait, être rebondi (pis d’une femelle) – حلقة ḥalqa abondance d’eau dans une citerne à peu près remplie jusqu’aux bords – حلق ḥilq nombreux troupeau de bétail – حلقة ḥalqa troupe nombreuse d’hommes ; vase vidé – حوقلة ḥawqala bouteille à goulot long et étroit – ḥulūq al-’arḍ endroits où l’eau coule ou a coulé – حلاق ḥulāq cet état de la femelle quand elle ne conçoit pas après le coït, sans cesser d’être en chaleur

3 حلق ḥalaqa serrer en tordant avec force (une corde) – حلقة ḥalqa corde – حالقة ḥāliqa qui excite les inimitiés et la discorde entre les parents, les proches

4 حلق ḥalaqa entourer, ceindre ; serrer en tordant avec force (une corde) – II. planer et tournoyer dans les airs ; gonfler le ventre, l’arrondir ; être entouré d’un cercle (lune) ; marquer une pièce du troupeau d’une marque ciculaire en forme de boucle – V. s’assoir en cercle, former un cercle – حلق ḥilq, حلقة ḥalqa bague, anneau – حلقة ḥalqa réunion de personnes assises en cercle – حلقة ḥalqa corde – حلاق ḥalāq mort, trépas

5 حلق ḥalaqa blesser à la gorge – II. être au plus haut du ciel (étoile) – حالق ḥāliq montagne élevée – حالوقة ḥālūqa sévère, dur (homme) – حلقم ḥalqama couper la gorge à qqn

6 حلق √ḥlq – II. être renfoncé dans son orbite (œil) – حلق ḥalq malheur

 

حرجḥrğ

 

1 حرج ḥirǧ collier de coquillages

2 حرجة ḥaraǧa troupeau de chameaux – حرجة ḥurğa petit seau

3 حرج √ḥrğ – II. crier la vente à l’encan – حرجوج ḥurǧūǧ chamelle grande, forte et rapide à la course

4 حرج ḥaraǧa commettre un crime, un péché

5 حرج ḥarağa éprouver un serrement, une angoisse (se dit du cœur, de la poitrine) – IV. réduire à la gêne, à la misère ; forcer qqn à chercher refuge chez un autre

6 حرج ḥaraǧa être serré – حرج ḥaraǧ espace étroit ; défilé, passage étroit – حرج ḥirǧ qui entre dans son gîte (gazelle) ; épaisseur de la forêt, du bois – حرج ḥaraǧ forêt épaisse – حراج ḥirāǧ épaisseur d’une forêt, des ténèbres

 

عجر √‛ǧr

 

1 عجر ‛aǧara tourner le cou 

2 عجر ‛aǧira être gros, corpulent et ventru – عجّار ‛aǧǧār qui avale des boulettes – معجر mi‛ğar sorte de sac de fibres de palmier

3 عجر ‛aǧara empêcher qqn de faire qqch ; s’éloigner rapidement, partir tout à coup (comme un cheval qui est effrayé)

4 عجر ‛aǧara fondre sur qqn le sabre à la main ; pencher le cou ; revenir, rentrer au milieu des siens, au gîte ; tourner le cou, comme pour se tourner du côté de qqn – عجر ‛aǧira faire des plis

5 عجر ‛aǧara pousser ; sortir, apparaître, se montrer – عجر ‛aǧar, عجرة ‛uǧra saillie, protubérance

6 عجر ‛aǧara boucher, fermer (l’orifice, etc.) – V. se couvrir, s’envelopper de qqch – عجاريّ ‛aǧāriyy malheurs – عجريّ ‛uǧriyy malheur ; menteur – عنجورة ‛unǧūra étui à flacon

 

علق √‛lq

 

1 معلاق mi‛lāq langue

2 علق ‛alaqa enlever, arracher avec les dents les feuilles de la cime des plantes – علق ‛aliqa concevoir, retenir d’un mâle ; devenir grosse, enceinte – علّاقة ‛allāqa sperme – علق ‛alaq femme enceinte – علق ‛ilq vin vieux – علق ‛alaq, علاقة ‛alāqa nourriture des bestiaux – علقة ‛ulqa, علاق ‛alāq repas léger, déjeuner – علق ‛alq, ‛ilq sac, petit sac – علق ‛ulaq (pl. de علقة ‛ulqa) grand nombre, foule – عولق ‛awlaq chienne en chaleur – عولق ‛awlaq faim – معلق mi‛laq petit vase dans lequel on trait du lait

3 علق √‛lq – V. se livrer avec assiduité à qqch

4 علق ‛aliqa se suspendre, être suspendu – IV. trouver, rencontrer quelque objet de prix, un trésor – علاقة ‛alāqa mort, trépas – علق ‛alaq, ‛ilq, علوق ‛ulūq attachement, inclination – علوق ‛alūq chamelle qui a de la tendresse pour un petit qui n’est pas à elle ; femme mariée qui a un amant

5 علق ‛aliqa être pris dans les lacets – علق ‛ilq méchant, mauvais homme, suppôt du diable – علقة ‛ulqa volée de coups de bâton – معلوق ma‛lūq celui chez qui une sangsue est suspendue à la gorge

6 علق √‛lq – II. fermer (la porte)

 

قبلqbl

 

1 قبل qabal, قبلة qabla sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou en guise de charme pour se faire aimer ; boule oblongue en ivoire que les femmes suspendent à leur cou ou que l’on suspend au cou des chevaux – قبلة qabala coquillages suspendus en guise d’amulette au cou d’un chameau pour conjurer l’effet du mauvais œil

2 قبل qabala prendre avec la main – IV. devenir intelligent après avoir été bouché et stupide – قبل qabal premier coup que l’on boit – قبلة qubla philtre, breuvage à l’aide duquel une femme cherche à se concilier l’amour d’un homme

3 قبل qabila poursuivre une chose avec assiduité – VIII. prononcer un discours, improviser

4 قبل √qbl – IV. arriver, approcher ; fondre sur qqn ; se tourner et se diriger vers un point ; tourner son visage vers un objet – VI. se rencontrer et se trouver face à face les uns avec les autres – X. aller au-devant de qqn, aller à sa rencontre – قابل qābil prochain – قبيل qabīl lignée du père ; famille – قبيلة qabīla tribu – قبلة qibla côté qui nous fait face – قبلة qabala rond au bas du fuseau

5 قبل qabal colline élevée qui nous fait face, versant ou sommet d’une montagne qui est devant nous – قبيل qabīl chef d’une tribu

6 قبل qubl, qubul parties naturelles (de l’homme ou de la femme) – قبيلة qabīla grosse pierre qui couvre l’orifice d’une citerne

 

قلبqlb

 

1 قليب qulayb coquillages ou autres petits objets en agate, que l’on porte sur soi comme charme propre à fasciner et à concilier l’amour d’une personne

2 قلب qalb pur, sans mélange ; la partie la plus pure, la plus essentielle ; cœur ; moelle du palmier – قلاب qilāb, قلوب qalūb, قلّوب qallūb, qillūb, قلّيب qillīb loup

3 قلب qalaba – VII. être troublé, dans l’agitation

4 قلب qalaba détourner, tourner qqch du côté de qqn ; tourner, retourner – قلب qaliba être renversé, retourné (lèvre) – VII. se tourner vers qqch – قلّب qullab qui sait se retourner, habile dans la conduite des affaires – قلبة qalaba défaut, vice

5 قلب qalaba frapper qqn au cœur

6 قليب qalīb puits creusé mais qui n’est pas encore muré en dedans ; puits ancien – قلب qulb serpent blanchâtre

 

قلدqld

 

1 قلادة qilāda collier – إقليد ’iqlīd cou

2 قلد qalada recueillir (l’eau, le lait, le vin) dans un vase ou un réservoir ; arroser les céréales – قلد qild coupe à boire ; troupe d’hommes – قلدة qilda dattes – مقلد miqlad bourse – مقلد miqlad sac à fourrage

3 قلد √qld – V. s’atteler à (une tâche) – قلد qild commencement d’un accès de fièvre, du paroxysme ; fièvre quarte

4 قلد qalada entourer qqch de fil de fer ; rouler une chose sur une autre ; tordre (une corde) – V. se ceindre (d’une arme) – XIII. ’iqlawwada s’emparer entièrement de qqn (sommeil) – قليد qalīd tressé ; cordon, ruban, galon – إقليد ’iqlīd corde tressée de feuilles de palmier avec laquelle on noue un panier à dattes ; fil de fer ou de cuivre – مقلد miqlad bâton recourbé en haut avec lequel on tourne ou tortille qqch

5 قلد √qld – IV. envelopper qqn de ses flots et le noyer (mer) – مقلّد muqallad chef (d’une tribu)

6 قلد qild verge, pénis d’une bête de somme – إقليد ’iqlīd clé – قلّيد qillīd magasin, cellier – مقلدة miqlada, مقلاد miqlād armoire, garde-manger

 

سلقslq (+ عسلق √‛slq)

 

1 عسلق ‛aslaq, ‛isliq qui a le cou long

2 سلق salaqa enduire une outre à lait pour l’assouplir ; oter, enlever la viande de dessus l’os ; cohabiter avec une femme – سلقة silqa louve – سلقان silqān loups – عسلق ‛aslaq, ‛isliq tout animal carnassier ; lion ; loup ; renard

3 سلق salaqa courir ; crier, pousser un cri – V. être en proie à l’inquiétude et s’agiter sur son lit – سلّاق sallāq qui a de la faconde, éloquent – سالقة sāliqa femme qui pousse des cris et qui se frappe la figure – سلقة silqa femme criarde et dévergondée – عسلق ‛aslaq, ‛isliq léger, agile, leste

4 سلق salaqa renverser qqn de manière à le faire tomber sur le dos – سليق salīq côté du chemin

5 سلق salaqa bouillir, faire bouillir ; frapper, percer qqn avec une lance – V. se hisser au haut du mur – سلّاق sullāq Ascension (fête religieuse) – سلاق salāq tumeur, enflure – عسلق ‛aslaq, ‛isliq méchant

6 سلق salaqa blesser qqn par des propos offensants ou calomnieux – سلق silq lit d’un cours d’eau – عسلق ‛aslaq, ‛isliq autruche

 

 

B. Racines présentes dans cinq chapitres dont le premier

 

جربǧrb

 

1 جربان ǧirbān col, collet

2 جراب ǧirāb sac de berger, sac de voyage ; sac en cuir ; scrotum – جرباء ǧarbā’ (terre) frappée de sécheresse et de stérilité – جريب ǧarīb grand cours d’eau qui reçoit des affluents – جربّة ǧarabba troupe d’hommes ; troupeau d’ânes – جرنبة ǧaranba troupeau d’ânes

3  جربّانة ǧiribbāna femme criarde et dévergondée

جربان ǧirbān ceinture

6 تجارب taǧārib épreuves, malheurs éprouvés – جراب ǧirāb cavité du puits, depuis l’orifice jusqu’à l’eau – جريب ǧarīb vallée – جورب ǧawrab bas ou chaussettes – جربان ǧirbān et جربّان ǧurubbān fourreau de sabre

 

جرّǧrr

 

1 جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux en guise d’ornement – جرير ǧarīr licou, bride

2 جرّ ǧarra extraire, faire sortir ; laisser paître le chameau en continuant la route ; porter le fœtus au-delà du temps ordinaire – IV. ruminer – جرّ ǧarr corbeille, panier – جرّة ǧarra jarre – جرّة ǧirra troupe d’hommes, peuplade, tribu qui émigre ou change d’habitation – جرّار ǧarrār armée nombreuse, qui traîne à sa suite des hommes de service et des bagages – جرّيّة ǧirriyya gésier (chez certains oiseaux) ; estomac (d’oiseau) – جرّة ǧirra, ǧarra aliment en rumination – جارور ǧārūr cours d’eau, ruisseau – جرّارة ǧarrāra terrain déprimé, encaissé, couvert de cailloux

4 جارور ǧārūr pivot sur lequel la porte tourne – جريرة ǧarīra péché, délit, crime, méfait

5 جرّ √ǧrr – IV. porter un coup de lance – جرّة ǧarra, ǧurra piège en bois avec un coulant à l’aide duquel on prend les gazelles

6 جرّارة ǧarrāra terrain déprimé – جرور ǧarūr profond (puits) – جرّارة ǧarrāra terrain encaissé – جرّ ǧarr repaire, tanière – جرّة ǧarra, ǧurra piège en bois à l’aide duquel on prend les gazelles – جرّيّ ǧirriyy anguille

 

سجرsǧr

 

1 ساجور sāǧūr collier (en cuir ou en fer)

2 سجر saǧara remplir (le lit du fleuve) d’eau ; verser (de l’eau) dans le gosier, l’y faire descendre – ساجر sāǧir lit d’un fleuve, ou lieu que l’eau remplit en y affluant – سجرة suǧra eau qui remplit le lit d’un cours d’eau – أسجر ’asǧar lion

3 سجر saǧara pousser un cri perçant et prolongé (se dit d’une chamelle, quand elle témoigne par sa voix sa tendresse pour son petit)

4 سجر √sǧr – III. entretenir des rapports d’amitié avec qqn – سجير saǧīr ami sincère et dévoué ; compagnon – مسجّر musaǧǧar, مسجور masǧūr pendant, qui descend, qui tombe vers la terre (chevelure, draperie)

5 سجر √sǧr – II. au passif se gonfler (mer agitée)

 

فلقflq

 

1 فليق falīq veine qui paraît comme gonflée au cou ; partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier

2 فلق falaqa arracher (la laine) sur la peau de la bête – تفيلق tafaylaqa être très gros et très gras – فلق falaq reste de lait au fond d’un vase – فيلق faylaq corps d’armée au-dessus de cinq mille hommes

3 تفيلق tafaylaqa courir avec la plus grande vitesse

5 فلق falaq aurore

6 فلق falq crevasse – فلق falaq terrain encaissé entre deux montagnes ; Enfer, un des fossés de l’Enfer – فلقان fulqān mensonge palpable, impudent

 

قذلqḏl

 

1 قذال qaḏāl col (d’une veste)

3 قذل qaḏala s’appliquer à qqch

4 قذل qaḏala s’écarter de la ligne droite et agir avec injustice – قذل qaḏil vice, défaut

5 قذل qaḏala frapper sur la tête

6 قذل qaḏala médire de qqn

 

 

C. Racines présentes dans les chapitres 2 à 6

 

On trouvera dans ce groupe des racines intéressantes de plusieurs points de vue : la plupart sont encore très usuelles, au moins par certains de leurs dérivés, et très polysémiques, comme رجلrǧl ou عقل √‛ql. Rien ne laissait supposer a priori qu’il pouvait bien y avoir entre elles un lien morpho-sémantique puisqu’aucun de leurs dérivés ne désigne la gorge ou le cou ni quoi que ce soit ayant un rapport direct avec cette partie du corps. Il est cependant légitime de penser que ces racines, au vu de leur présence dans les cinq autres chapitres, ont jadis eu un mot qui aurait eu sa place dans le Chapitre 1 mais que ce mot a disparu. Nous reviendrons en annexe sur la racine جورğwr qui, rappelons-le, a été en quelque sorte le déclencheur de cette étude.

 

جدرǧdr

 

2 جدر ǧadura être digne de qqch, apte ou propre à qqch – جدر ǧadr racine ; racine, origine ; mathém. racine carrée ou cube – جدراء ǧadrā’ dont la peau est rongée, mangée et sans poil (brebis)

3 مجدار miǧdār épouvantail qu’on dresse dans les blés pour en éloigner des animaux

4 جدر ǧadara faire élever une muraille autour de quelque chose

5 جدر ǧadara avoir au cou une blessure faite par un animal, et le cou enflé ; s’élever au-dessus du sol (plantes qui commencent à couvrir le sol) – جدرة ǧadara cicatrice

6 جدر ǧadara se cacher entre les murailles – جدار ǧidār mur, muraille, paroi – جديرة ǧadīra enclos fait de pierres pour les bestiaux

 

جورğwr

 

2 جور √ğwr – IV. mettre, serrer les outils, des objets dans un sac ou un étui – V. couler – جاير ǧāyir grand seau – جوار ǧawār eau qui se trouve en abondance – جور ǧiwar pluie accompagnée du bruit du tonnerre

3 جور ǧiwar pluie accompagnée du bruit du tonnerre ; qui a une voix forte, retentissante

4 جار ǧāra s’écarter de la ligne droite, du but ; aller à côté du but, le manquer ; être injuste, commettre une injustice à l’égard de quelqu’un (comme juge) – III. être voisin de quelqu’un – V. tomber, crouler ; tomber sur le côté – VI. et VIII. être voisin, voisins les uns des autres ; être en rapports de bon voisinage – جار ǧār voisin ; ami ; maison voisine ; associé dans le commerce ; lié par les liens de patronage et de clientèle ; mari – جارة ǧāra voisine ; femme, épouse – جوار ǧawār voisinage

5 جار ǧāra opprimer qqn, agir en tyran – جوريّ ǧawriyy oppressif, despotique, tyrannique

6 جار ǧāra chercher refuge, asile – II. creuser, faire un creux – IV. mettre, serrer les outils, des objets dans un sac ou un étui – جوار ǧawār protection, patronage – جوار ǧuwār caverne dans la montagne – جورة ǧūra creux, cavité, trou en terre, fosse – جوّار ǧawwār laboureur – جار ǧār parties naturelles de la femme ; cul

 

درجdrǧ

 

2 درجة durǧa boîte à bijoux

3 درج daraǧa faire sauter les uns par-dessus les autres ; s’en aller, partir – X. parler, prononcer des paroles – دارج dāriǧ parlé (langue) ; tremblant (son de la voix du chanteur)

4 درج daraǧa rouler, ployer un papier ou une pièce d’étoffe

5 درج dariǧa monter par degrés

6 درج daraǧa introduire, faire entrer, insérer – X. tromper qqn

 

دقلdql

 

2 دقل daqal chargé de fruits (palmier) ; dattes de qualité inférieure – دوقل dawqala cohabiter avec une femme ; happer et avaler qqch

3 دقل daqala empêcher qqn d’approcher

4 دوقل dawqala pendre, être pendant

5 دقل daqala frapper qqn sur quelque partie de la tête

6 دقل daqala se cacher, être caché ; entrer dans – دوقل dawqal verge, pénis

 

رجلrǧl

 

2 رجل raǧala couvrir une femelle ; téter sa mère à son aise – رجل riǧl excrément, ordure ; nuée de sauterelles – رجلة riǧla cours d’eau qui descend d’un rocher dans la plaine – أرجل ’arǧal dur et raboteux, semé de pierres (sol) – مرجل mirǧal grand chaudron – مرجّل muraǧǧal petite outre

3 رجل √rǧl – VIII. parler sans préparation, improviser un vers, réciter de mémoire – رجل raǧl saut, bond – رجلة raǧla précipitation avec laquelle on marche, pas précipité

4 رجل raǧala lier et suspendre une bête par les pieds – رجل riǧl somnolent, qui dort toujours

5 رجل raǧala blesser qqn au pied ; toucher, frapper qqn au pied – V. s’élever, être avancé (jour)

6 رجل riǧl golfe ; jambe de pantalon, de caleçon – رجلة riǧla lit d’un torrent

 

رجمrǧm

 

2 رجم raǧama couper, arracher, séparer du tout – رجام riǧām grande pierre

3 رجم raǧama éloigner, repousser qqn à coups de pierres ; maudire, accabler de malédictions ; passer rapidement en courant

4 رجم raǧam, رجمة ruǧma tombeau – رجم raǧm compagnon, camarade – رجم raǧam frères

5 رجم raǧama tuer, assassiner

6 رجم raǧam puits ; fossé ; fosse – رجمة ruǧma repaire de l’hyène

 

شجرšǧr

 

2 شجر šaǧira abonder, être nombreux – III. dévorer toutes les herbes ; ronger les arbres – IV. se couvrir d’arbres, de plantes – شجرة šaǧara tige, tronc ; plante à tige ; arbuste ; arbre

3 شجر šaǧara éloigner, repousser ; lier, serrer, attacher – VII. devancer, gagner de vitesse

4 شجر šaǧara détourner

5 شجر šağara percer avec une lance

6 شجار šiǧār morceau de bois servant de verrou – شجرة šaǧara tige, tronc ; plante à tige ; arbuste ; arbre

 

ضرجḍrǧ

 

2 ضرج ḍarağa salir, imprégner de qqch de sale – مضرج miḍraǧ lambeau d’étoffe ou de vêtement usé

3 ضرج √ḍrǧ – II. stimuler sa monture à la marche – ضريج ḍarīǧ rapide et violent (pas de la course)

4 ضرج √ḍrǧ – VII. fondre d’en haut sur sa proie

5 ضرج √ḍrǧ – V. se montrer dans tout l’éclat de ses atours ; se répandre (éclat des éclairs)

6 ضرج ḍarağa fendre

 

عرج √‛

 

2 عرج ‛arǧ, ‛irǧ troupeau de chameau de quatre-vingts à cent cinquante, de cinq cents à mille – عرجاء ‛arǧā’ hyène – عراج ‛urāǧ hyènes

3 عرج √‛ – V. se livrer à qqch, s’en donner à cœur joie

4 عرج ‛ariǧa boiter – II. prendre à droite ou à gauche pour faire halte – V. serpenter, zigzaguer – VII. incliner, être incliné, s’incliner d’un côté – تعاريج ta‛ārīǧ méandres (d’un fleuve), plissements (de terrain) – منعرج mun‛araǧ détour, coude, sinuosité (d’un fleuve, etc.) – عرجة ‛arǧa, ‛urǧa penchant, inclination que l’on a pour qqch

5 عرج ‛araǧa monter, s’élever à l’aide d’une échelle – عريجاء ‛urayǧā’ midi, heure de midi

6 عارج ‛āriǧ caché, qui est dans un endroit où on le voit pas

 

عقل √‛ql

 

2 عقل ‛aqala manger de l’herbe ; comprendre, saisir (par l’intelligence) – عاقول ‛āqūl monticule de sable ; pleine mer, les vagues de la mer

3 عقل ‛aqala lier, attacher, retenir dans les liens – معقل ma‛qil tout lien qui retient qqn et l’empêche de sortir – عقلة ‛aqla sorte de lapsus linguae

4 عقل ‛aqala renverser qqn par un croc-en-jambe – عاقل ‛āqil héritier le plus proche – عاقلة ‛āqila parents du côté du père – عاقول ‛āqūl détour, sinuosité, coude que fait un fleuve ou une vallée

5 عقل ‛aqala être vertical (ombre à midi) ; monter bien haut sur la montagne (chamois) – معقل ma‛qil montagne très haute – عقيلة ‛aqīla chef d’une tribu, d’une famille

6 عقل ‛aqala chercher refuge chez qqn – عقل ‛aql, معقل ma‛qil asile, refuge ; forteresse, fort, citadelle – معقلة ma‛qula creux en terre, fosse où l’eau de pluie est conservée

 

قلزqlz

 

2 قلز qalaza boire dans un trou, humer l’eau qui est dans un trou

3 قلز qalaza sauter, faire un saut – V. courir lestement (chamois, gazelles, etc.)

4 قلز qalaza clocher, boiter

5 قلز qalaza frapper – قلزّ qilizz, quluzz très dur et inhumain

6 قلز qalaza faire des trous dans la terre avec le bout d’un bâton

 

قلسqls

 

2 قلس qalasa boire beaucoup de vin fait de dattes ; cracher ou vomir ; saigner (plaie) – قلوسات qulūsāt coupes à boire

3 قلس qalasa chanter avec art

4 قلس qals grosse corde tressée, câble de vaisseau

5 قلّاسة qallāsa vigoureux coup de lance – قلنسوة qalansuwa bonnet pointu, mitre

6 أنقليس ’anqalīs anguille

 

قلعql‛

 

2 قلع qala‛a arracher, ôter qqch de sa place – VIII et X. enlever, ravir – قيلع qayla‛ femme au corps épais – قلع qala‛ pierre

3 قلع √ql‛ – IV. larguer les voiles, mettre à la voile, partir

4 قلعة qulu‛a instabilité

5 قلاعة qulā‛a rocher isolé dans la plaine

6 قلّاع qallā‛ menteur – قلعة qal‛a place forte, citadelle – قلعة qala‛a grande chamelle

 

وجرwǧr

 

2 وجر √wǧr – V. avaler un médicament ; boire qqch à contre-cœur

3 وجر waǧira avoir peur de qqch et chercher à s’en garantir – وجر waǧr bruit – أوجر ’awǧar tumulte (d’une armée, etc.) (DRS)

4 أوجر ’awǧar très circonspect et méticuleux

5 وجر √wǧr – IV. contraindre à (DRS)

6 وجر waǧara faire prendre un médicament à un malade en le lui introduisant dans la bouche – وجر wuǧr caverne, grotte – وجار wiǧār repaire, tanière, terrier – وجرة waǧra ruelle que l’on creuse exprès et qui aboutit à une fosse pour prendre les bêtes féroces

Chapitre 8. Les parallélismes sémantiques

 

 

 

Même si notre étude est à elle seule la démonstration d’un archi-parallélisme sémantique entre deux étymons, nous ne pouvions la clore sans satisfaire à une demande légitime de la communauté scientifique : la preuve par les parallélismes sémantiques au niveau des racines(1). On trouvera donc ci-après, classés par ordre alphabétique à partir d’un mot-clé, une cinquantaine de parallélismes sémantiques tels que nous avons pu les relever dans nos six premiers chapitres.

 

Pour garantir la présence explicite ou implicite du sens “gorge” ou “cou” comme terme central, nous nous sommes limité aux items figurant dans le Chapitre 1, le terme afférent étant quant à lui présent dans l’un des autres chapitres. Dans la mesure où des termes afférents comme “manger”, “crier” ou “trou” auraient pu être choisis comme termes centraux, de multiples autres parallélismes auraient pu être établis mais tel n’était pas notre objectif car tel n’était pas notre point de départ. Nous nous contenterons de regretter qu’un item ayant le sens de “gorge” ou de “cou” ait disparu de certaines racines réapparaissantes (voir Chapitre 7, C) dans lesquelles tout laisse supposer qu’un tel item a probablement existé.

 

Le numéro entre parenthèses est celui du chapitre où figure le thème représenté par le mot-clé.

 

 

AGITATION (3)

 

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // VII. être troublé, dans l’agitation

إقليد ’iqlīd cou // قلد qild commencement d’un accès de fièvre, du paroxysme ; fièvre quarte

قلقى qalqā collier // قلق qalaq trouble, inquiétude, agitation

لقلق laqlaq langue // لقلق laqlaqa agiter qqch de manière qu’on entende le bruit – II. s’agiter, être agité – ملقلق mulaqlaq mobile, toujours en mouvement (regard, œil)

 

 

ASSIDUITÉ, application (3)

 

جران ǧirān bas de l’encolure // جرن ǧarana s’appliquer à qqch, y travailler avec assiduité

معلاق mi‛lāq langue // V. se livrer avec assiduité à qqch

قبل qabal sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou // قبل qabila poursuivre une chose avec assiduité

قذال qaḏāl col (d’une veste) // قذل qaḏala s’appliquer à qqch

إقليد ’iqlīd cou // V. s’atteler à (une tâche)

 

 

ATTACHER, empêcher (3)

 

حلق ḥalq gorge // حلق ḥalaqa serrer en tordant avec force (une corde) – حلقة ḥalqa corde

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara empêcher qqn de faire qqch

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // هجير haǧīr empêché, retenu

 

 

BOIRE et boissons (2)

 

جرعة ǧur‛a gorgée // جرع ǧara‛a boire par gorgées, absorber

ساجور sāǧūr collier // سجر saǧara verser (de l’eau) dans le gosier, l’y faire descendre

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛ilq vin vieux

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // قبل qabal premier coup que l’on boit – قبلة qubla philtre, breuvage à l’aide duquel une femme cherche à se concilier l’amour d’un homme

 

 

BRILLER, aurore, zénith (5)

 

حلق ḥalq gorge // II. être au plus haut du ciel (étoile)

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فلق falaq aurore

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // هاجرة hāǧira heure de midi, où la chaleur est le plus intense

 

 

BRUIT (3)

 

جرم ǧirm gosier // جرم ǧirm bruit, son

لقلق laqlaq langue // لقلق laqlaqa produire un claquement (cigogne)

 

 

CARNIVORES (2)

 

ساجور sāǧūr collier // أسجر ’asǧar lion

عسلق ‛aslaq qui a le cou long // عسلق ‛aslaq tout animal carnassier ; lion ; loup ; renard

قليب qulayb coquillages // قلاب qilāb et variantes : loup

 

 

CEINTURE, se ceindre (4)

 

جربان ǧirbān col, collet // جربان ǧirbān ceinture

إقليد ’iqlīd cou // V. se ceindre (d’une arme)

 

 

CHEF (5)

 

قبل qabal sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou // قبيل qabīl chef d’une tribu

إقليد ’iqlīd cou // مقلّد muqallad chef (d’une tribu)

 

 

COUPER, raser (2)

 

جذر ǧaḏr, ǧiḏr base du cou // جذر ǧaḏara couper, retrancher en coupant

جرم ǧirm gosier // جرم ǧarama couper, retrancher

حلق ḥalq gorge // حلق ḥalaqa raser

 

 

COURBE, rond, pli, rouler, entourer, tordre (4)

 

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧira faire des plis

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // قبلة qabala rond au bas du fuseau

إقليد ’iqlīd cou // مقلد miqlad bâton recourbé en haut avec lequel on tourne ou tortille qqch – قلد qalada rouler une chose sur une autre ; entourer qqch de fil de fer ; tordre (une corde)

 

 

COURS D’EAU (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جارور ǧārūr cours d’eau, ruisseau

جربان ǧirbān col, collet // جريب ǧarīb grand cours d’eau qui reçoit des affluents

 

 

CRIER (3)

 

جربان ǧirbān col, collet // جربّانة ǧiribbāna femme criarde et dévergondée

جرم ǧirm gosier // جرم ǧirm cri

حرج ḥirǧ collier de coquillages // II. crier la vente à l’encan

ساجور sāǧūr collier // سجر saǧara pousser un cri perçant et prolongé (se dit d'une chamelle, quand elle témoigne par sa voix sa tendresse pour son petit)

 

 

ÉGORGER, blesser (5)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux en guise d’ornement // IV. porter un coup de lance

حلق ḥalq gorge // حلق ḥalaqa blesser à la gorge

حلقوم ḥulqūm gorge // حلقم ḥalqama couper la gorge à qqn

حنجر ḥanğar gorge // حنجر ḥanğara égorger

معلاق mi‛lāq langue // علقة ‛ulqa volée de coups de bâton – معلوق ma‛lūq celui chez qui une sangsue est suspendue à la gorge

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // قلب qalaba frapper qqn au cœur

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale // لقع laqa‛a piquer (serpent)

 

 

ÉTRANGLER, étouffer, noyer, angoisse (5)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّة ǧarra, ǧurra piège en bois avec un coulant à l’aide duquel on prend les gazelles

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرج ḥarağa éprouver un serrement, une angoisse (se dit du cœur, de la poitrine)

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛aliqa être pris dans les lacets

إقليد ’iqlīd cou // IV. envelopper qqn de ses flots et le noyer (mer)

 

 

ÉTROIT, serré, se contracter (6)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّارة ǧarrāra terrain encaissé

جربان ǧirbān col, collet // جربز ǧarbaza se contracter

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرج ḥaraǧa être serré – حرج ḥaraǧ espace étroit ; défilé, passage étroit

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فلق falaq terrain encaissé entre deux montagnes

قفلة qafla derrière de la tête // قفيل qafīl défilé, chemin étroit à travers les montagnes

 

 

EXCITER (3)

 

جرم ǧirm gosier // جرم ǧarama porter, exciter qqn à faire qqch

حلق ḥalq gorge // حالقة ḥāliqa qui excite les inimitiés et la discorde entre les parents, les proches

 

 

FAUTE, crime (4)

 

جرم ǧirm gosier // جرم ǧarama commettre un délit, un crime contre qqn

جران ǧirān bas de l’encolure // حرج ḥaraǧa commettre un crime, un péché

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // قلبة qalaba défaut, vice

 

 

FERMER, boucher, couvrir (6)

 

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara boucher, fermer (l’orifice, etc.) – V. se couvrir, s’envelopper de qqch

معلاق mi‛lāq langue // II. fermer (la porte)

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // قبيلة qabīla grosse pierre qui couvre l’orifice d’une citerne

قفلة qafla derrière de la tête // قفل qafala ramasser et serrer dans un magasin – II. fermer à cadenas, cadenasser – قفل qufl cadenas

إقليد ’iqlīd cou // إقليد ’iqlīd clé – قلّيد qillīd magasin, cellier – مقلدة miqlada, مقلاد miqlād armoire, garde-manger

 

 

FONDRE sur qqn (4)

 

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara fondre sur qqn le sabre à la main

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // IV. fondre sur qqn

إقليد ’iqlīd cou // XIII. ’iqlawwada s’emparer entièrement de qqn (sommeil)

 

 

FOSSÉ, Enfer, malheur (6)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّارة ǧarrāra terrain déprimé

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجاريّ ‛aǧāriyy malheurs – عجريّ ‛uǧriyy malheur

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فلق falaq Enfer, un des fossés de l’Enfer – فلق falq crevasse

 

 

GRAND, gros et gras (2)

 

جرم ǧirm gosier // IV. être grand, gros, d’un grand volume

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧira être gros, corpulent et ventru

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // تفيلق tafaylaqa être très gros et très gras

 

 

INCLINATION (4)

 

ساجور sāǧūr collier // III. entretenir des rapports d’amitié avec qqn – سجير saǧīr ami sincère et dévoué ; compagnon

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛alaq, علوق ‛ulūq attachement, inclination

 

 

LONG COU, long col (6)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّيّ ǧirriyy anguille

عجر ‛aǧara tourner le cou // عنجورة ‛unǧūra étui à flacon

عسلق ‛aslaq qui a le cou long // عسلق ‛aslaq autruche

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // قلب qulb serpent blanchâtre

لقلق laqlaq langue // لقلق laqlaq ou لقلاق laqlāq cigogne

 

 

MANGER et nourriture (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّ ǧarra laisser paître le chameau en continuant la route – IV. ruminer

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجّار ‛aǧǧār qui avale des boulettes

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛alaq, علاقة ‛alāqa nourriture des bestiaux – علقة ‛ulqa, علاق ‛alāq repas léger, déjeuner

إقليد ’iqlīd cou // قلدة qilda dattes

مرجان marǧān collier de corail // مرج maraǧa lâcher au paturage, laisser paître sa monture, etc. – مرج marǧ pré, prairie

 

 

MÉCHANCETÉ (5)

 

حرج ḥirǧ collier de coquillages // IV. réduire à la gêne, à la misère ; forcer qqn à chercher refuge chez un autre

حلق ḥalq gorge // حالوقة ḥālūqa sévère, dur (homme)

معلاق mi‛lāq langue //علق ‛ilq méchant, mauvais homme, suppôt du diable

عسلق ‛aslaq qui a le cou long // عسلق ‛aslaq méchant

 

 

MENSONGE (6)

 

جربان ǧirbān col, collet // جربز ǧurbuz imposteur – جربزة ǧarbaza tromperie

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجريّ ‛uǧriyy menteur

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فلقان fulqān mensonge palpable, impudent

قذال qaḏāl col (d’une veste) // قذل qaḏala médire de qqn

 

 

MONTAGNE, colline (5)

 

جردح ǧardaḥa allonger le cou // جرداح ǧirdāḥ collines

حلق ḥalq gorge // حالق ḥāliq montagne élevée

قبل qabal sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou // قبل qabal colline élevée qui nous fait face, versant ou sommet d’une montagne qui est devant nous

 

 

MORT (4)

 

معلاق mi‛lāq langue // علاقة ‛alāqa mort, trépas

مرجان marǧān collier de corail // مرج mariǧa tomber et rester gisant et abandonné par terre

 

 

PARLER, bavard (3)

 

قبل qabal sorte de coquillage que les femmes se mettent au cou // VIII. prononcer un discours, improviser

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale // V. déblatérer – لقعة luqa‛a bavard et hâbleur

لقلق laqlaq langue // لقلق laqlaq ou لقلاق laqlāq bavard

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // IV. se moquer de qqn ; tenir à qqn un langage indécent

 

 

PENCHER (4)

 

جرعة ǧur‛a gorgée // IV. se pencher, s’incliner

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara pencher le cou

 

 

POLI, net, pur (2)

 

جرم ǧirm gosier // IV. être pur, franc (couleur, teinte) ; être pur, net (voix)

جران ǧirān bas de l’encolure // جرن ǧarana être fourbi, poli (cuirasse)

قليب qulayb coquillages // قلب qalb pur, sans mélange

مرجان marǧān collier de corail // مارج māriǧ pur, sans fumée (feu)

 

 

PRENDRE, enlever, arracher (2)

 

جذر ǧaḏr, ǧiḏr base du cou // جذر ǧaḏara extirper, arracher

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّ ǧarra extraire, faire sortir

جرم ǧirm gosier // جرم ǧarama dépouiller et alléger le palmier en enlevant les grappes de dattes ; prendre, enlever ; enlever la laine des moutons

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale, du fond du gosier // لقع laqa‛a enlever rapidement avec le bout des lèvres ou du bec

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛alaqa enlever, arracher avec les dents les feuilles de la cime des plantes

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فلق falaqa arracher (la laine) sur la peau de la bête

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // قبل qabala prendre avec la main

 

 

PUITS (6)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرور ǧarūr profond (puits)

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // قليب qalīb puits creusé mais qui n’est pas encore muré en dedans ; puits ancien

 

 

QUITTER qqn (4)

 

جرم ǧirm gosier // II. quitter, laisser là sa tribu pour émigrer

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // هجر haǧara rompre avec qqn et s’éloigner

 

 

RAPIDITÉ (3)

 

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرجوج ḥurǧūǧ chamelle rapide à la course

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara s'éloigner rapidement, partir tout à coup (comme un cheval qui est effrayé)

عسلق ‛aslaq qui a le cou long // عسلق ‛aslaq léger, agile, leste

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // تفيلق tafaylaqa courir avec la plus grande vitesse

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale // لقع laqa‛a passer rapidement

 

 

RÉCIPIENTS pour liquides (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّة ǧarra jarre

جران ǧirān bas de l’encolure // جرن ǧurn grande auge, bassin en pierre ou en bois ; urne, vasque

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرجة ḥurğa petit seau

حلق ḥalq gorge // حلقة ḥalqa vase vidé – حوقلة ḥawqala bouteille à goulot long et étroit

حنجر ḥanğar gorge, gosier // حنجور ḥanğūr flacon pour les aromates avec lesquels on lave le corps des morts

معلاق mi‛lāq langue // معلق mi‛laq petit vase dans lequel on trait du lait

إقليد ’iqlīd cou // قلد qalada recueillir (l’eau, le lait, le vin) dans un vase – قلد qild coupe à boire

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // هجير haǧīr grand abreuvoir ; grande coupe à boire

 

 

REGARDER (4)

 

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // IV. tourner son visage vers un objet

قفلة qafla derrière de la tête // IV. suivre qqn des yeux

 

 

REMPLIR, abondance (2)

 

حلق ḥalq gorge // حلق ḥalaqa remplir la citerne d’eau – II. se gonfler de lait, être rebondi (pis d’une femelle) – حلقة ḥalqa abondance d’eau dans une citerne à peu près remplie jusqu’aux bords

ساجور sāǧūr collier // سجر saǧara remplir (le lit du fleuve) d'eau – سجرة suǧra eau qui remplit le lit d'un cours d'eau – ساجر sāǧir lit d'un fleuve, ou lieu que l'eau remplit en y affluant

 

 

REPAIRE, tanière, gîte, forêt épaisse (6)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // repaire, tanière

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرج ḥirǧ qui entre dans son gîte (gazelle) – حرج ḥaraǧ forêt épaisse – حراج ḥirāǧ épaisseur d’une forêt, des ténèbres

 

 

RETOUR (4)

 

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧara revenir, rentrer au milieu des siens, au gîte

قفلة qafla derrière de la tête // IV. ramener qqn, le faire retourner d’un voyage – قفل qafl caravane à son retour

 

 

RUT du mâle et chaleur de la femelle (2)

 

حلق ḥalq gorge // حلاق ḥulāq cet état de la femelle quand elle ne conçoit pas après le coït, sans cesser d’être en chaleur

معلاق mi‛lāq langue // عولق ‛awlaq chienne en chaleur

قفلة qafla derrière de la tête // قفل qafala être en rut

 

 

SAC, panier (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // corbeille, panier

جربان ǧirbān col, collet // جراب ǧirāb sac

جرم ǧirm gosier // sac

حنجر ḥanğar gorge, gosier // حنجور ḥanğūr petit panier

عجر ‛aǧara tourner le cou // معجر mi‛ğar sorte de sac de fibres de palmier

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛alq, ‛ilq sac, petit sac

إقليد ’iqlīd cou // مقلد miqlad bourse ; sac à fourrage

 

 

SAILLIE, protubérance (5)

 

جرعة ǧur‛a gorgée // جرعة ǧaru‛a monticule de sable

ساجور sāǧūr collier // II. au passif se gonfler (mer agitée)

عجر ‛aǧara tourner le cou // عجر ‛aǧar, عجرة ‛uǧra saillie, protubérance – عجر ‛aǧara pousser ; sortir, apparaître, se montrer

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فليق falīq veine qui paraît comme gonflée au cou

 

 

SEXE (6)

 

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // قبل qubl, qubul parties naturelles (de l’homme ou de la femme)

إقليد ’iqlīd cou // قلد qild verge, pénis d’une bête de somme

 

 

SOL dur, sec, stérile ; sable et cailloux (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّارة ǧarrāra terrain déprimé, encaissé, couvert de cailloux

جربان ǧirbān col, collet // جرباء ǧarbā’ (terre) frappée de sécheresse et de stérilité

جرعة ǧur‛a gorgée // جرعة ǧaru‛a, ǧara‛a terrain sablonneux, monticule de sable

جران ǧirān bas de l’encolure // جرن ǧaran sol dur et inégal

 

 

SOTTISE (3)

 

لقّاعة luqqā‛a prononciation très gutturale // لقّاعة luqqā‛a sot

هجار hiǧār chaîne portée au cou en guise d'ornement // IV. radoter, dire des absurdités, des sottises, battre la campagne

 

 

TOMBER, être suspendu (4)

 

جرعة ǧur‛a gorgée // IV. tomber

ساجور sāǧūr collier // مسجّر musaǧǧar, مسجور masǧūr pendant, qui descend, qui tombe vers la terre (chevelure, draperie)

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛aliqa se suspendre, être suspendu

 

 

(se) TOURNER vers (4)

 

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // IV. se tourner et se diriger vers un point

قليب qulayb coquillages que l’on porte sur soi // VII. se tourner vers qqch

 

 

TROUPE et troupeau (2)

 

جرّ ǧarr coquillages qu’on attache au cou des animaux // جرّة ǧirra troupe d’hommes, peuplade, tribu qui émigre ou change d’habitation – جرّار ǧarrār armée nombreuse, qui traîne à sa suite des hommes de service et des bagages

جربان ǧirbān col, collet // جربّة ǧarabba troupe d’hommes ; troupeau

حرج ḥirǧ collier de coquillages // حرجة ḥaraǧa troupeau de chameaux

حلق ḥalq gorge // حلق ḥilq nombreux troupeau de bétail – حلقة ḥalqa troupe nombreuse d’hommes

معلاق mi‛lāq langue // علق ‛ulaq (pl. de علقة ‛ulqa) grand nombre, foule

فليق falīq partie déprimée du cou du chameau correspondant au canal du gosier // فيلق faylaq corps d’armée au-dessus de cinq mille hommes

قفلة qafla derrière de la tête // IV. rassembler, réunir plusieurs personnes pour traiter une affaire – قفل qufl, قافلة qāfila troupe de voyageurs, caravane

إقليد ’iqlīd cou // قلد qild troupe d’hommes

 

 

TROUVER, rencontrer (4)

 

معلاق mi‛lāq langue // IV. trouver, rencontrer quelque objet de prix, un trésor

قبل qabal coquillage que les femmes se mettent au cou // VI. se rencontrer et se trouver face à face les uns avec les autres – X. aller au-devant de qqn, aller à sa rencontre

 

 

 

Notes

 

1. Voir dans la bibliographie les articles de Michel Masson sur serrer et couler.


Conclusion

 

 

 

Par la vertu des métaphores et des dérivations sémantiques en chaîne, nous aurons, tout au long de cette étude, vérifié qu’il était plausible que les nombreux et divers vocables que nous y avons rencontrés trouvent leur origine dans les désignations primales de cette partie du corps que nous appelons en français gorge ou cou. Partie vitale de notre corps ou de celui de la plupart des animaux, elle est le passage étroit mais obligé de la nourriture entre la bouche et l’estomac et celui du sang entre le cœur et le cerveau ; elle est le pivot qui permet un regard rapide autour de soi en gardant le reste du corps immobile ; elle est enfin le lieu où naissent d’abord le cri puis les formes d’expression de plus en plus élaborées qui permettront la vie en société et les échanges intellectuels.

 

C’est dire toute l’importance de la gorge et du cou pour nombre d’espèces animales et notamment pour l’homme. On comprend que le vocabulaire qui semble en être issu ait foisonné au fil des siècles. Encore n’avons-nous qu’effleuré le sujet car nous disposons de plusieurs indices qui convergent vers la probable existence de ce que Bohas appellerait une “matrice phonétique de la gorge et du cou”, dont les traits seraient, sauf erreur, {[dorsale],[+sonant]}. On n’aurait guère de difficulté à refaire pour d’autres étymons présentant ces traits ce que nous avons fait ici pour {ǧ,r} et {q,l}, ne serait-ce, pour commencer, qu’en croisant ces derniers. Observons ces échantillons de racines non ambigües :

 

Étymon {ǧ,l}

 

جول ǧūl parois intérieures d’une fosse, d’un puits, de la mer

جلا ǧalā – II. jeter, mettre de la nourriture, du fourrage devant une bête, lui en donner

جلجل ǧalǧala mêler, brouiller, confondre ; avoir un hennissement clair et sonore ; tonner, gronder (tonnerre) – II. plonger, entrer dedans, entrer dans la terre

جلّ ǧalla – II. couvrir, recouvrir – جلال ǧulāl qui brait d’une voix retentissante (âne)

لاج lāǧa tourner et retourner qqch dans la bouche

لجّ laǧǧa – IV. mugir (chameau) –VIII. être mêlé, confus (sons, voix) – لجّ luǧǧ grande masse d’eau ; pleine mer, abîmes de la mer ; lieu roide et escarpé d’une montagne

لجلج laǧlaǧa retourner dans sa bouche le morceau que l’on mange ; répéter les mêmes mots en parlant ; balbutier une réponse

وجيل waǧīl et موجل mawǧil creux dans lequel l’eau stagnante croupit

ولج walaǧa entrer, pénétrer dans l’intérieur de qqch – ولجة walaǧa caverne, grotte – تولج tawlaǧ repaire d’une bête fauve ou féroce

 

Étymon {q,r}

 

رقرق raqraqa agiter, remuer

رقّ raqqa être mince, fin, délicat – IV. asservir qqn, faire de qqn un esclave – X. être absorbé presque entièrement (eau) – رقّ raqq eau peu profonde et guéable – رقّ riqq branches d’arbres jeunes et minces dont les bestiaux se nourrissent – رقق raqaq désert

رقو raqw monticule de sable

رقى raqā monter, s’élever par degrés (sur une échelle)

روق rwq – IV. répandre, verser, laisser couler – V. déjeuner – روق rawq hutte du chasseur ; nid, gîte

راق rāqa être agité et briller à fleur de terre ; être répandu (eau) ; vomir

قرّ qarra souffler secrètement qqch dans l’oreille de qqn, lui dire qqch tout bas – قرر qurar gorgée – قرّة qurra reste de soupe au fond d’un vase – قرّيّة qirriyya gésier d’oiseau – مقرّة maqarra endroit resserré, étroit, où l’on abreuve les bestiaux

قرق qaraqa tromper qqn – قرق qarq gloussement de la poule

قرقر qarqara roucouler (pigeon), grogner, faire entendre comme un bruit de gargarisation (chameau), glousser (coq), grouiller (ventre) ; fredonner un air pour stimuler ses chameaux à la marche

قرا qarā percer qqn avec la lance – قرو qarw abreuvoir, bassin ; tuyau par lequel s’écoule le suc du raisin exprimé dans le pressoir – قروة qarwa haut de la tête – المقاري al-maqārī les sommets des collines

قرى qarā régaler qqn comme son hôte en lui présentant telle ou telle chose à manger ; faire affluer l’eau dans un réservoir ; diriger ses yeux sur un objet et faire suivre à son œil cet objet ; lire – قريّ qariyy canal, ruisseau par lequel l’eau descend des collines ; endroit au bas d’une hauteur où s’amasse l’eau qui descend des hauteurs

قارة qāra colline isolée, énorme rocher isolé

وقر waqara charger, accabler qqn, le faire plier sous le fardeau ; fendre, crevasser, fêler – II. blesser – X. devenir très gras, chargé de chairs (chameau) – وقر waqr cavité dans un rocher ; cavité de l’œil – وقير waqīr grand creux dans un rocher où l’eau s’amasse et demeure stagnante ; très pauvre, accablé par la misère

 

Sans commentaire.

 

Nous pourrions continuer avec d’autres combinaisons {[dorsale],[+sonant]}, et on verrait apparaître chaque fois et ensemble les mêmes champs sémantiques que cette étude a révélés. Nous ne le ferons pas mais nous espérons que de jeunes étudiants se prendront au jeu et verront là un bon sujet de maîtrise ou de diplôme.

 

Pour notre part il nous suffit d’avoir résolu le mystère de la polysémie de certaines racines encore très usuelles comme, par exemple, حلقḥlq ou جورǧwr, et d’avoir compris que le supposé sens premier de nombre d’entre elles – et qui est, en somme, leur commun dénominateur à toutes – est rarement celui que nous leur avions attribué à partir des seules acceptions actuellement les plus fréquentes de leurs dérivés. C’est en reconstituant les familles élargies des mots qu’on parvient à remonter assez haut dans leur arbre généalogique pour pouvoir relier entre eux les sens des plus polysémiques.


En marge

 

 

 

1. Retour sur la séquence GWR (DRS, fasc. 2 p. 109)

 

Sauf erreur, notre étude La gorge et le cou semble rendre compte non seulement de l’ensemble de la notice de Kazimirski sur la racine arabe جورǧwr mais aussi des six premiers sens indiqués dans le DRS pour cette racine sémitique. Vérifions :

 

1. hôte, étranger, voisin, maison, demeure temporaire, chambre

– Un hôte (> étranger) est quelqu’un qu’on doit nourrir (Chapitre 2) et dont on doit assurer la protection, dont on doit être le refuge (Chapitre 6).

– Une chambre est une petite pièce (Chapitre 6, extension de exigüité) ; maison et demeure temporaire sont de probables extensions de chambre.

 

2. commettre l’adultère, s’écarter du chemin, être injuste envers qqn, pécher, bord, angle, crête, être hautain, audacieux.

commettre l’adultère, s’écarter du chemin, être injuste envers qqn, pécher, bord

Relèvent de la fonction giratoire (Chapitre 4).

angle, crête, être hautain, audacieux

Relèvent fonction vitale (Chapitre 5, extension de percer).

 

3. provoquer, attaquer, poignard, épée

Relèvent de la fonction vitale (Chapitre 5).

 

4. avoir peur

Relève de la fonction vocale : on crie par peur ou pour effrayer (Chapitre 3).

 

5. jeune garçon, jeune fille, petit d’animal

Relève de la petitesse, donc de l’exigüité de la gorge (Chapitre 6).

 

6. grange, magasin, caverne

Relèvent de la notion de cachette, lieu obscur (Chapitre 6).

 

 

2. Des rapports avec l’indo-européen ?

 

Nous laisserons les spécialistes de l’indo-européen s’interroger sur un éventuel rapport des mots latins vorare avaler, engloutir et gurges gosier avec le grec γῦρος [gûros] cercle, rond ; fosse creusée circulairement pour planter un arbre.

 

Et nous laisserons les spécialistes du nostratique s’interroger

– d’une part sur un éventuel rapport avec la séquence sémitique GR- des mots latins en gr-, gar-, ger-, gor-, gur-, gyr-, dont la plupart sont dits, par le Dictionnaire étymologique de la langue latine, d’origine « populaire » ou « expressive » ou « sans étymologie »,

– et d’autre part sur un éventuel rapport avec la séquence sémitique QL- de la racine indo-européenne *kwel- « tourner, cercle ».

 

 

3. À propos de جوريّ ǧawriyy "gaouri, giaour"

 

Dans le nº 8 du Bulletin de la SELEFA, Abdelmajid El Houssi avait écrit un article intitulé Sur gaouri et ses ascendants. Il se rangeait du côté de ceux qui voient dans ce mot un dérivé de كفرkfr via le persan et le turc. Nous ne croyons pas beaucoup à cette étymologie : elle nous semble bien compliquée et beaucoup moins économique qu’une simple dérivation à partir de جورǧwr. Il est par ailleurs un peu surprenant que Reig ne donne de ce mot que les sens de “oppressif, despotique, tyrannique”. C’est plutôt vers le sens de "voisin-étranger" que nous le tirerions, conformément à la première rubrique du DRS (voir ci-dessus). Le gaouri / giaour, c’est l’Autre, une sorte d’Extra-terrestre. Le sens du mot est bien illustré par cette citation :

 

« Aziyadé me regardait fixement. Devant un Turc, elle se fût cachée ; mais un giaour n’est pas un homme. » (Pierre Loti, Aziyadé, 1879)


Bibliographie

 

 

– ALLOT, Robin (1973), The Physical Foundation of Language:The Exploration of a Hypothesis, Hertfordshire: Able Publishing.

– BELOT, Jean-Baptiste, Dictionnaire arabe-français « El-faraïd », Imprimerie catholique, Beyrouth, 1955.

– BOHAS, Georges (2016), L’illusion de l’arbiraire du signe, Presses universitaires de Rennes.

– BOHAS, Georges et SAGUER, Abderrahim (2012), Le son et le sens, Fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique, Damas, Presses de l’IFPO.

– COHEN, David (1970), Dictionnaire des racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, Paris / La Haye, Mouton (fasc. 1 et 2) ; Louvain / Paris, Peeters fasc. 3 à 10, avec la collaboration de F. Bron et A. Lonnet), 1993-2012.

– DOLGOPOLSKY, A. (2008). Nostratic Dictionary (//www.dspace.cam.ac.uk/handle/1810/196512)

– EL HOUSSI, Abdelmajid (2006), “Sur gaouri et ses ascendants”, dans Bulletin de la SELEFA nº 8.

– ERNOUT, Alfred et MEILLET, Antoine (1932), Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck, réédition 2000.

– KAZIMIRSKI, A. de Biberstein (1860), Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve et Cie.

– MASSON Michel (2013), « Perles, coraux et bilitères », in Semitica et Classica, Vol. VI, Brepols Publishers, pp. 269-278.

– MASSON, Michel (1991a), Étude d’un parallélisme sémantique : « tresser » / « être fort », in Semitica XL, p. 89-105, Paris, Maisonneuve.

– MASSON, Michel (1991b), Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de « couler », in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041, Wiesbaden, Otto Harrassowitz.

– REIG, Daniel (1983), Dictionnaire arabe-français français-arabe « As-Sabil », Paris, Librairie Larousse.

– ROLLAND Jean-Claude (2016), « La tour et les signes du Zodiaque », dans Langues et Littératures du Monde Arabe, LLMA nº 10. (En ligne).

– ROLLAND, Jean-Claude (2017), « Cohabiter avec une femme : le vocabulaire de l’acte sexuel en arabe classique d’après les données du dictionnaire de Kazimirski », dans Langues et littératures du monde arabe, LLMA nº 11. (En ligne).

– ROLLAND, Jean-Claude (2017), « Éclats de roche : une étude d’étymologie sur les noms de la pierre en latin, grec et arabe », dans Journal of Arabic and Islamic Studies, Dossier spécial : Approaches to the Etymology of Arabic (En ligne).

– ROLLAND, Jean-Claude (2017), « Pluies et parfums », dans Dix études de lexicologie arabe, 2e édition, J.C. Rolland, Meaux.

– ROLLAND, Jean-Claude (2018), « Le vocabulaire du mensonge et de la tromperie en arabe classique », dans Le blog de Jean-Claude Rolland. (En ligne)

– ROLLAND, Jean-Claude (2018), « Les racines quadriconsonantiques à séquence initiale عن ‛n- », dans Le blog de Jean-Claude Rolland. (En ligne).

– ROLLAND, Jean-Claude (2018), « Sorbet et moucharabieh : Une étude de la racine شرب √šrb à partir de la notice du dictionnaire de Kazimirski », dans Le blog de Jean-Claude Rolland. (En ligne).