Études de lexicologie arabe


Sorbet et moucharabieh

 

 

 

Une étude de la racine شرب √šrb[1]

 

à partir de la notice du dictionnaire de Kazimirski[2]

 

 

à Georges Bohas

 

 

1. La notice du Kazimirski

 

01 شرب šaraba (u) comprendre, saisir par l’intelligence

02 شرب šariba (a) boire[3] ; dire des mensonges sur quelqu'un ; avoir soif ; avoir des chameaux altérés de soif, ou qui ont déjà bu – II. donner à boire, faire boire à quelqu'un quelque chose ; préparer une outre neuve en y jetant de l'eau et de la terre pour lui ôter son odeur naturelle – III. boire avec quelqu'un, tenir à quelqu'un compagnie dans le boire – IV. faire boire, laisser boire ; imbiber, saturer, imprégner (d'une couleur ou teinture) ; mêler, mélanger ; avoir soif ; avoir des chameaux qui ont bu, ou qui sont altérés de soif ; arriver (se dit du temps, de l'heure de boire) ; dire des mensonges sur le compte de..; imputer quelque chose à quelqu'un ; faire comprendre, faire entendre ; mettre la corde au cou d'un cheval ; attacher les chevaux en leur mettant des cordes au cou – au passif, أشرب 'ušriba être abreuvé ; être imbibé, saturé, imprégné (d'une couleur, d'une teinture) ; de là, recevoir une teinte ; être accusé faussement de quelque chose – V. imprégner, entrer et remplir quelque chose ; imbiber – X. être saturé, imprégné suffisamment (se dit d'une couleur) – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour إشرابّ ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

03 شرب šarb lin fin

04 شرب širb action de boire ou d'abreuver ; boisson, potion. ; de là eau ; lait ; lieu ou temps où l'on boit ; dose, portion d'une boisson

05 شرب šurb boisson

06 شربة šarba un boire, une fois où l'on boit, où l'on est abreuvé ; une portion de boisson, ce qu'on boit en une fois ; dose (d'un médicament) ; palmier

07 شربّة šarabba terre qui produit des plantes, mais où il n'y a point d'arbres ; manière, façon

08 شربة šurba portion de boisson bue en une fois, et qui suffit pour étancher la soif ; teinte, couleur qui se détache sur un fond différent

09 شربة šaraba petit creux rempli d'eau et suffisant pour arroser le pied d'un arbre ; sillons, rigoles entre les planches d'un champ pour l'irrigation du sol ; boisson abondante ; soif ; intensité de la chaleur

10 شربة šuraba buveur

11 شارب šārib pl. šarb, šurūb qui boit ; faiblesse, langueur ; pl. شوارب šawārib moustache (chez l'homme) ou poils longs qui descendent sur la bouche (chez les animaux) ; garde de la poignée d'un sabre ; veine du cou

12 شاربة šāriba riverain, qui habite les bords d'un fleuve

13 شراب šarāb, pl. أشربة 'ašriba boisson ; de là vin ; eau de vie, ou toute boisson enivrante ; café

14 شرابة šarābā sirops

15 شرّاب šarrāb buveur, qui boit beaucoup ; échanson

16 شرّابة šarrāba houppe

17 شرابيّ šarābiyy échanson ; marchand de rafraîchissements ou de sirops

18 شراباتيّ šarābātiyy marchand de rafraîchissements ou de sirops

19 شروب šarūb boisson, potion ; eau d'un goût moyen entre le salé et le doux ; buveur ; qui est en chaleur (chamelle)

20 شارب šarīb compagnon de la coupe, qui boit avec un autre ; qui abreuve ses troupeaux avec un autre

21 شرّيب širrīb grand buveur, adonné à la boisson

22 شريبة šarība fém. qui a bu à soif et s'éloigne de l'abreuvoir pour faire place aux autres (brebis)

23 إشراب 'išrāb léger mélange d'une autre couleur, teinte

24 تشراب tišrāb quantité que l'on boit en une fois

25 مشرب mašrab lieu où l'on boit ou abreuve ; temps où l'on boit ou abreuve ; fig. mœurs, habitudes, coutume ; nature, naturel

26 مشرّب mušarrab qui offre un léger mélange de couleur, qui a une teinte qui témoigne d'une origine différente

27 مشربة mašraba, mašruba galerie ; chambre ; abreuvoir, endroit où l'on puise de l'eau ; terrain qui produit toujours de la végétation ; boire

28 مشربيّة mašrabiyya fenêtre en saillie et grillagée

29 مشربة mišraba cruchon en terre

30 مشروب mašrūb bu, que l'on boit ; potable

31 شربب šurbub plantes pourries à cause de leur abondance et de l'humidité

32 شرأبيبة šura'bība action d'allonger le cou ou de se hisser pour mieux voir ou atteindre quelque chose

 

 

2. Autour du sémantisme boire, abreuver, imbiber, ...

 

02 شرب šariba (a) boire ; avoir soif ; avoir des chameaux altérés de soif, ou qui ont déjà bu – II. donner à boire, faire boire à quelqu'un quelque chose ; préparer une outre neuve en y jetant de l'eau et de la terre pour lui ôter son odeur naturelle – III. boire avec quelqu'un, tenir à quelqu'un compagnie dans le boire – IV. faire boire, laisser boire ; imbiber, saturer, imprégner (d'une couleur ou teinture) ; avoir soif ; avoir des chameaux qui ont bu, ou qui sont altérés de soif ; arriver (se dit du temps, de l'heure de boire) – au passif, أشرب 'ušriba être abreuvé ; être imbibé, saturé, imprégné (d'une couleur, d'une teinture) ; de là, recevoir une teinte – V. imprégner, entrer et remplir quelque chose ; imbiber – X. être saturé, imprégné suffisamment (se dit d'une couleur)

04 شرب širb action de boire ou d'abreuver ; boisson, potion. ; de là eau ; lait ; lieu ou temps où l'on boit ; dose, portion d'une boisson

05 شرب šurb boisson

06 شربة šarba un boire, une fois où l'on boit, où l'on est abreuvé ; une portion de boisson, ce qu'on boit en une fois ; dose (d'un médicament)

08 شربة šurba portion de boisson bue en une fois, et qui suffit pour étancher la soif ; teinte, couleur qui se détache sur un fond différent

09 شربة šaraba petit creux rempli d'eau et suffisant pour arroser le pied d'un arbre ; sillons, rigoles entre les planches d'un champ pour l'irrigation du sol ; boisson abondante ; soif ; intensité de la chaleur

10 شربة šuraba buveur

11 شارب šārib pl. šarb, šurūb qui boit ; veine du cou[4]

13 شراب šarāb, pl. أشربة 'ašriba boisson ; de là vin ; eau de vie, ou toute boisson enivrante ; café

14 شرابة šarābā sirops

15 شرّاب šarrāb buveur, qui boit beaucoup ; échanson

17 شرابيّ šarābiyy échanson ; marchand de rafraîchissements ou de sirops

18 شراباتيّ šarābātiyy marchand de rafraîchissements ou de sirops

19 شروب šarūb boisson, potion ; eau d'un goût moyen entre le salé et le doux ; buveur

20 شارب šarīb compagnon de la coupe, qui boit avec un autre ; qui abreuve ses troupeaux avec un autre

21 شرّيب širrīb grand buveur, adonné à la boisson

22 شريبة šarība fém. qui a bu à soif et s'éloigne de l'abreuvoir pour faire place aux autres (brebis)

23 إشراب 'išrāb léger mélange d'une autre couleur, teinte

24 تشراب tišrāb quantité que l'on boit en une fois

25 مشرب mašrab lieu où l'on boit ou abreuve ; temps où l'on boit ou abreuve[5]

26 مشرّب mušarrab qui offre un léger mélange de couleur, qui a une teinte qui témoigne d'une origine différente

27 مشربة mašraba, mašruba abreuvoir, endroit où l'on puise de l'eau ; boire

29 مشربة mišraba cruchon en terre

30 مشروب mašrūb bu, que l'on boit ; potable

 

Mais si nous avons pu regrouper assez facilement les items de la notice ayant à l’évidence quelque chose à voir avec les notions parasynonymes de boire, abreuver et irriguer, il n’en va pas de même avec les autres.

 

 

3. Ce qui reste : inventaire et interprétations

 

01 شرب šaraba (u) comprendre, saisir par l’intelligence

02 شرب šariba (a) dire des mensonges sur quelqu'un – IV. mêler, mélanger ; dire des mensonges sur le compte de..; imputer quelque chose à quelqu'un ; faire comprendre, faire entendre ; mettre la corde au cou d'un cheval ; attacher les chevaux en leur mettant des cordes au cou – au passif, أشرب 'ušriba être accusé faussement de quelque chose – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour إشرابّ ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

03 شرب šarb lin fin

06 شربة šarba palmier

07 شربّة šarabba terre qui produit des plantes, mais où il n'y a point d'arbres ; manière, façon

11 شارب šārib pl. šarb, šurūb faiblesse, langueur ; pl. شوارب šawārib moustache (chez l'homme) ou poils longs qui descendent sur la bouche (chez les animaux) ; garde de la poignée d'un sabre

12 شاربة šāriba riverain, qui habite les bords d'un fleuve

16 شرّابة šarrāba houppe

19 شروب šarūb qui est en chaleur (chamelle)

25 مشرب mašrab mœurs, habitudes, coutume ; nature, naturel

27 مشربة mašraba, mašruba galerie ; chambre ; terrain qui produit toujours de la végétation

28 مشربيّة mašrabiyya fenêtre en saillie et grillagée

31 شربب šurbub plantes pourries à cause de leur abondance et de l'humidité

32 شرأبيبة šura'bība action d'allonger le cou ou de se hisser pour mieux voir ou atteindre quelque chose Interprétations

 

NB : Nous reprenons ci-après les items dans l’ordre où ils se présentent dans la notice de Kazimirski et avec la numérotation que nous leur avons ajoutée. Nous avons cependant procédé à certains regroupements – classés dans l’ordre des lettres de l’alphabet – qui allaient de soi mais qui interfèrent forcément avec l’ordre numérique.

 

A – 01 شرب šaraba (u) comprendre, saisir par l’intelligence – IV. faire comprendre

 

Une dérivation métaphorique boire → comprendre est assez naturelle. Dans comprendre comme dans apprendre, il y a prendre, et prendre une nourriture ou une boisson, c’est bien l’avaler, la consommer, l’absorber. Le français dit aussi « avoir soif de connaissances, de savoir » et « boire les paroles de qqn ». En arabe, le même parallélisme sémantique entre les deux notions se vérifie dans plusieurs racines :

 

بضع baḍa‛a – IV. étancher, calmer la soif, faire boire qqn à sa soif // I. être intelligent – II. faire clairement comprendre qqch à qqn

روى rawā abreuver qqn, lui donner à boire // réfléchir sur qqch

طلّ √ṭll – طلّة ṭulla gorgée de lait, coup que l’on boit – طلّة ṭalla vin doux et délicieux // IV. apprendre qqch, s’apercevoir de qqch

مجر maǧara avoir soif – مجر maǧira avoir le ventre rempli d’eau // مجر maǧr grande quantité ; intelligence

نشغ našaġa boire de l’eau en la puisant avec le creux de la main // faire comprendre qqch à qqn

نقع naqa‛a étancher sa soif avec de l’eau // apprendre qqch en entier

 

Il est même probable que le curieusement monosémique verbe فهم fahima "comprendre" n’est, par incrémentation du m, qu’une extension de فاه fāha.[6] Or la forme X de فاه fāha a le sens d’"étancher sa soif à force de boire"... Nous reviendrons plus loin sur cet item car nous avons encore à parler de son rapport avec le verbe شعر ša‛ara et certains de ses dérivés.

 

B – 02 شرب šariba a dire des mensonges sur quelqu'un – IV. mêler, mélanger ; dire des mensonges sur le compte de..; imputer quelque chose à quelqu'un – au passif, أشرب 'ušriba être accusé faussement de quelque chose

 

Commençons par le sens de mêler, mélanger de la forme IV. Un parallélisme sémantique boire // mélanger se vérifie dans plusieurs racines :

 

ضرب ḍaraba – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // I. mêler, mélanger

غلّ ġalla – VII. boire // I. mêler, mélanger

مغمغ maġmaġa boire de l’eau avec la langue (chien) // mêler, mélanger

ملح malaḥa donner du lait à boire à qqn // VIII. mêler le vrai au faux

ماه māha donner de l’eau à qqn, l’abreuver d’eau // mêler, mélanger

 

Ce parallélisme est parfaitement compréhensible et naturel : par la dilution, les liquides se prêtent très bien aux mélanges, les facilitent ; ils sont eux-mêmes le plus souvent des mélanges, ou semblent en être. Or, comme le dit bien la locution “démêler le vrai du faux” (cf. ci-dessus la racine ملح malaḥa), les mélanges dénaturent aussi un produit pur. D’où la tromperie et le mensonge, et l’acception شرب šariba "mentir". On ne s’étonnera donc pas de retrouver le parallélisme sémantique boire (ou avoir soif ou abreuver) // mentir (ou tromper) dans un assez grand nombre de racines :

 

بحر baḥara être altéré d'une soif inextinguible // باحر bāḥir menteur

جلط ǧalaṭa – VII. boire tout ce qui était dans le vase // I. mentir

خلابيس ḫalābīs chameaux qui ont bientôt étanché leur soif à l’abreuvoir // mensonge(s)

راب rāba (u) donner du lait caillé à quelqu'un // mentir, dire un mensonge

زند zanida avoir soif // II. mentir

سقى saqā abreuver, donner à boire // calomnier (un absent)

شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher – شريجان šarīǧāni deux filets, l’un de lait, l’autre de sang, qui coulent du pis d’une chamelle // شرج šaraǧa mentir

عرب √‛rb – II. boire, avaler de l’eau pure // charger qqn d’une action blamable ; donner un démenti à qqn

غدر ġadara boire dans un étang // trahir qqn, agir avec perfidie

غدر ġadira boire de l’eau de pluie // trahir, tromper

غلّ ġalla – VII. boire // I. tromper qqn, frauder

فاه fāha – X. étancher sa soif à force de boire // V. médire de qqn

لغب laġaba boire à l’aide de la langue (chien) // tromper la crédulité de qqn – لغب laġb mensonge

ماه māha donner de l’eau à qqn, l’abreuver d’eau // II. embellir un récit, l’altérer par des additions

ملح malaḥa donner du lait à boire à qqn // calomnier un absent

 

C – 02 شرب šariba a – IV. mettre la corde au cou d'un cheval ; attacher les chevaux en leur mettant des cordes au cou

 

Deux interprétations sont possibles.

 

1. Première interprétation : Comme nous l’avons vu dans une de nos précédentes études[7], un parallélisme sémantique boire, couler, faire couler // lier, attacher, serrer est patent dans un assez grand nombre de racines :

 

بضع baḍa‛a faire boire qqn à sa soif // unir par mariage une femme à un homme

حدر ḥadara laisser couler les larmes (yeux) // se réunir, se rassembler

دبل dabl ruisseau // دبل dabala réunir, rassembler

ربط rabaṭa – مترابط mutarābiṭ intarissable (eau) // ربط rabaṭa lier

ربيد rabīd dattes jetées en un tas et arrosées d'eau // ربد rabada lier, attacher avec des liens

ركوة rakwa petite outre à eau ; flaque d’eau ; citerne // ركا rakā lier, serrer fortement

سرب sarab eau qui coule, qui s'écoule ; eau dont on inonde une outre pour l'humecter, pour qu'elle ne coule pas // سرب saraba confectionner, coudre, faire (une outre)

شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher – شريجان šarīǧāni deux filets, l’un de lait, l’autre de sang, qui coulent du pis d’une chamelle // شرج šaraǧa fermer une bourse en serrant les cordons ; ramasser, rassembler

شرط šaraṭ petit ruisseau, rigole // شرط šaraṭa serrer, lier avec un ruban

شعبة šu‛ba torrent, ruisseau, cours d’eau (grand ou petit qui traverse une vallée ou les sables) // شعب ša‛aba recoudre, réparer

عقّ ‛aqqa – VII. crever (d’un nuage qui crève et donne une pluie abondante) // VII. être fortement serré, fortement noué

قطر qaṭara faire couler ou tomber goutte à goutte // coudre, confectionner un vêtement

كربة karba le lit même du torrent au travers d'une vallée // كرب karaba serrer plus fort les liens, les cordes avec lesquelles on a lié qqn

لهط lahaṭa – IV. se laver et inonder d’eau les parties naturelles (femme) // I. coudre, confectionner, faire une robe

etc.

 

L’explication de ce parallélisme est assez simple : elle nous est révélée par le sens de chacun des verbes ci-après où l’on constate entre les deux termes une claire relation de cause à effet : il faut serrer le pis pour faire couler le lait, tout comme il faut tordre le linge trempé pour l’essorer et presser le fruit pour en extraire le jus :

 

ضفن ḍafana serrer avec la main les mamelles d’une femelle quand on se met à la traire

عصر ‛aṣara presser avec les doigts, fouler avec les pieds le raisin, ou un fruit, etc., pour en exprimer le suc ; tordre le linge blanchi pour l'égoutter

قرص qaraṣa exprimer l’eau d’une étoffe qu’on lave

مسط masaṭa faire égoutter un linge trempé d’eau en le serrant avec les doigts

 

2. Deuxième interprétation : Comme on pourra le lire dans un article de Bohas et Rolland[8], il se pourrait tout simplement que, dans أشرب ašraba "mettre la corde au cou d'un cheval", le š ne soit pas un vrai š, mais un k évolué par kashkasha, faisant de cette forme أشرب ašraba un doublet de أكرب akraba "attacher avec une corde". Notons que les deux interprétations, loin d’être contradictoires, sont non seulement compatibles mais complémentaires puisque nous venons justement de constater l’existence du parallélisme sémantique couler // lier au sein de cette même racine كرب √krb :

 

كربة karba le lit même du torrent au travers d'une vallée // كرب karaba serrer plus fort les liens, les cordes avec lesquelles on a lié qqn

 

D – 02 شرب šariba – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour إشرابّ ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

32 شرأبيبة šura'bība action d'allonger le cou ou de se hisser pour mieux voir ou atteindre quelque chose

 

Dans une précédente étude[9], nous avions constitué un corpus de racines construites sur l’étymon {b,r} dont la charge sémantique avait quelque chose à voir avec la notion de guet. Le voici :

 

Une racine non ambigüe : برى √bry – X. examiner, scruter ; chercher à connaître la position de l’ennemi

 

Racines ambigües :

 

Ordre RB-X : ربأ raba’a observer, se tenir en vedette, en sentinelle, pour observer les mouvements de l’ennemi ; monter à une vigie, à une hauteur, pour voir de loin et observer – ربئ rabi’ vedettes, sentinelles – مربأ marba’ vigie ou hauteur où se tient une sentinelle pour épier les mouvements de l’ennemi

ربص rabaṣa attendre, guetter, épier l’occasion pour en profiter

ربض rabaḍa attendre, guetter

ربط rabaṭa – III. s’observer réciproquement (se dit de deux armées stationnant sur les frontières, qui épient les mouvements l’une de l’autre)

 

Ordre X-RB : زرب zarb, zirb, zarab et زريبة zarība hutte où le chasseur se met en embuscade pour guetter sa proie

شرب √šrb – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour إشرابّ ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

 

Ordre R-X-B : رتب rataba – مرتبة martaba points dans les déserts ou sur les montagnes où se trouvent une source ou une vigie

رقب raqaba observer, regarder avec attention ; guetter ; attendre ; garder, veiller sur qqch – مرقب marqab vigie, tour, toute hauteur où l’on se place pour voir de loin et pour observer

 

Ordre BR-X : برأة bur’a hutte de chasseur

برق √brq – II. ouvrir les yeux, les écarquiller et regarder fixement

برهم barhama regarder longtemps et fixement un objet ; y plonger ses regards

 

Ordre B-X-R : بصر baṣara – III. 1. regarder, fixer un objet de loin et d’une hauteur ; chercher à voir, à reconnaître ; observer, regarder (l’un et l'autre) à qui reconnaîtra plus tôt telle chose. – IV. observer, considérer, chercher à y voir clair. – X. regarder et observer avec attention ; scruter une chose cachée

 

Ordre X-BR : ذبر ḏabara regarder avec attention, et voir distinctement et clairement

عبر ‛abira – VIII. considérer avec attention, observer ; examiner avec attention

akkadien barū voir, regarder, rabāṣu se mettre en embuscade

hébreu ’ārab épier, dresser des embuches

thamoudéen wrb se mettre en embuscade

 

Au vu de ce corpus d’une part, et aucune autre racine ne présentant le parallélisme boire // se dresser pour mieux voir, guetter d’autre part, nous sommes en droit d’affirmer l’existence d’une racine شرب √šrb homonyme dont il ne resterait peut-être comme traces que le verbe et le nom d’action de cette forme XI. Nous écrirons donc désormais les deux racines homonymes sous les formes suivantes : شرب √šrb.1 “boire” et شرب √šrb. 2 “guetter”.

 

E – 27 مشربة mašraba, mašruba galerie ; chambre

28 مشربيّة mašrabiyya fenêtre en saillie et grillagée

 

Nous venons de dire “peut-être” à propos de l’item précédent. En effet, si nous avons placé ces deux items-ci juste après, c’est parce que nous les considérons eux aussi comme des dérivés de la racine شرب √šrb. 2 “guetter”. Le nom مشربيّة mašrabiyya est très probablement un diminutif de مشربة mašraba, mašruba dont rien ne dit qu’il s’agirait d’un lieu réservé à l’action de boire : y aurait-il, dans une maison, des pièces où il serait interdit de boire et d’autres où cela serait possible ou recommandé ? Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le lieu en question est situé en hauteur et qu’il donne sur la rue. De là-haut, comment mieux voir sans être vu qu’en étant placé derrière une fenêtre en saillie et grillagée ? Le site ETYMARAB[10] a raison de rappeler le rapprochement souvent signalé avec la racine شرف √šrf aussi bien pour la forme que pour le sens. Voyons ce que Kazimirski nous dit du verbe de cette racine :

 

شرف šarafa être haut, élevé, placé haut ; dominer, régner sur les points d’alentour – II. lever, dresser le cou en marchant (chameau) – VIII. regarder d’en haut – X. observer attentivement une chose – مشرف mušraf point élevé, hauteur, élévation de terrain

 

Cette proximité entre les deux racines n’est certainement pas accidentelle : شرب √šrb.2 pourrait d’ailleurs n’être qu’une simple variante de شرف √šrf dont on sait qu’elle est issue de la racine sémitique √šrp. Auquel cas مشربة mašraba, mašruba ne seraient que des variantes de مشرفة mašrafa, mašrufa, et مشربيّة mašrabiyya une variante de مشرفيّة mašrafiyya. Notons que c’est par le mot شعريّة ša‛riyya qu’on désigne en arabe égyptien le bois grillagé utilisé dans les moucharabiehs.

 

F – 03 شرب šarb lin fin

11 شارب šārib pl. شوارب šawārib moustache (chez l'homme) ou poils longs qui descendent sur la bouche (chez les animaux)

11 شارب šārib pl. šarb, šurūb faiblesse, langueur

16 شرّابة šarrāba houppe

 

Ouvrage de référence : Michel Masson, 1991, « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041, Wiesbaden, Otto Harrassowitz.

 

Le verbe شرب šariba boire serait à rajouter à la petite liste proposée dans son article par Masson au paragraphe 3.1. FAIRE COULER // AVALER, FAIRE BOIRE, et les noms de boissons dérivés ( شرب širb, شرب šurb etc.) à la liste proposée au paragraphe 1.2. PRODUITS LIQUIDES D’USAGE COURANT. En vertu de quoi, les quatre items de notre encadré trouvent leur place dans le réseau constitué par l’auteur :

 

1.3. b) OBJETS MÉTAPHORIQUEMENT ENVISAGÉS COMME LIQUIDES : CRINIÈRE, CRINS...

11 شارب šārib pl. شوارب šawārib moustache (chez l'homme) ou poils longs qui descendent sur la bouche (chez les animaux)

 

3.2. RÉSULTATIF : COULER JUSQU’AU BOUT / ÉPUISER

11 شارب šārib pl. šarb, šurūb faiblesse, langueur

 

4.1. COULER (VERSER) / COUDRE, TISSER, TRESSER

06 شرب šarb lin fin

16 شرّابة šarrāba houppe

(Voir aussi شرّاب šurrāb "chaussette", en Annexe).

 

NB : parmi les paires constituées par Masson dans ce paragraphe, on trouve :

سرب sariba couler // سرب saraba coudre.

 

La double proximité phonétique et sémantique avec شرب šariba n’est certainement pas un hasard.

 

G – 06 شربة šarba palmier

12 شاربة šāriba riverain, qui habite les bords d'un fleuve

 

Nous n’avons à proposer ici qu’un autre exemple du parallélisme boire // bord de l’eau mais à lui seul il en vaut plusieurs : le verbe كرع kara‛a "humer, boire en humant, en aspirant l’eau" a pour adjectif verbal كارع kāri‛ "qui penche la tête horizontalement pour humer l’eau, pour boire sans le secours des mains, dans un vase ou dans une rivière". Kazimirski considère à juste titre cette forme comme à l’origine du substantif féminin كارعة kāri‛a "palmier planté au bord de l’eau". Ce parallélisme permet de comprendre à la fois le sens du nom شربة šarba "palmier" et celui du nom شاربة šāriba "riverain, qui habite les bords d'un fleuve" : l’homme et l’arbre ont une même bonne raison de vivre au bord d’un cours d’eau : celle de pouvoir s’y abreuver en permanence. Il semble donc légitime de rattacher ces deux items à la racine شرب √šrb.1 « boire ».

 

H – 07 شربّة šarabba terre qui produit des plantes, mais où il n'y a point d'arbres

27 مشربة mašraba, mašruba terrain qui produit toujours de la végétation

31 شربب šurbub plantes pourries à cause de leur abondance et de l'humidité

 

Nous n’avons trouvé que quatre racines dans lesquelles le parallélisme boire, abreuver, couler, abondance d’eau // abondance d’herbe est avéré :

 

رشا rašā – IV. faire téter un petit // avoir des pousses longues (plantes rampantes)

رشح rašaḥa suinter, suer, couler – II. donner du lait goutte à goutte à l’enfant // X. grandir, s’élever au-dessus du sol (plantes) ; laisser prendre à l’herbe sa croissance

فراش farāš gouttes de sueur ; petite quantité d’eau qui ne couvre que la surface du sol // فرش farš champ tout couvert de plantes, d’herbes

مرش marš terre que la pluie vient de tremper et dont les parties terreuses sont emportées par le torrent – تمريش tamrīš petite quantité de pluie // مرشاء maršā’ sol qui abonde en végétation, couvert d’herbe

 

C’est peu mais, au vu de la structure consonantique de ces divers vocables, nous avons, cette fois à la manière de Georges Bohas[11], constitué un corpus de racines construites sur l’étymon {r,š} dont la charge sémantique a quelque chose à voir avec l’action de boire et l’abondance de liquide ou de végétation, voire l’abondance tout court[12]. Le voici, avec reprise à leurs places des données ci-dessus :

 

Racines non ambigües :

رشا rašā – IV. faire téter un petit // avoir des pousses longues (plantes rampantes)

رشّ rašša arroser, asperger – X. fourrer la tête entre les jambes de sa mère pour la téter – رشّ rašš pluie légère qui ne fait qu’arroser

ريش rayš, ريّش rayyiš très riche en feuilles, qui a beaucoup de feuilles, touffu (plante, arbre)

 

Racines ambigües :

 

Ordre ŠR-X : شرب šariba boire // شربّة šarabba terre qui produit des plantes, mais où il n'y a point d'arbres – مشربة mašraba, mašruba terrain qui produit toujours de la végétation

شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher

شرس šarasa tremper et macérer d’eau (des peaux)

شرط šaraṭ petit ruisseau, rigole

شرع šara‛a entrer dans l’eau – II. amener ses bestiaux à l’endroit le plus commode, où ils puissent boire à la rivière même

شرق šaraqa être suffoqué par une grande abondance de salive qui afflue à la gorge

شرم šarm herbes grandes, d’une belle végétation

 

Ordre X-ŠR : مشر mašara – IV. produire des plantes, des herbes, se couvrir de végétation

نشر našara reverdir (au printemps ou après une pluie)

 

Ordre RŠ-X : رشح rašaḥa suinter, suer, couler – II. donner du lait goutte à goutte à l’enfant // X. grandir, s’élever au-dessus du sol (plantes) ; laisser prendre à l’herbe sa croissance

رشف rašafa vider, boire tout jusqu’à la dernière goutte

 

Ordre X-RŠ : برش √brš – أبرش ’abraš riche, abondant en herbes et plantes de toute espèce (sol, pays ; se dit aussi d'une année abondante) – برشاء baršā’ multitude d'hommes, cohue

حرش ḥarš bois, forêt

فراش farāš gouttes de sueur ; petite quantité d’eau qui ne couvre que la surface du sol // فرش farš champ tout couvert de plantes, d’herbes

مرش marš terre que la pluie vient de tremper et dont les parties terreuses sont emportées par le torrent – تمريش tamrīš petite quantité de pluie // مرشاء maršā’ sol qui abonde en végétation, couvert d’herbe

 

Ordre Š-X-R : شجر šaǧira abonder, être nombreux – IV. se couvrir d’arbres, de plantes – شجر šaǧir qui abonde en plantes ou en arbres

 

Ordre R-X-Š : ربش rabiš qui abonde en herbes de toute espèce

 

À la lumière des données ci-dessus, nous pensons pouvoir affirmer que nos trois items titres se rattachent bien eux aussi à la racine شرب √šrb.1 « boire ».

 

Nous pourrions ajouter à ce corpus la racine شعر √š‛r dans la mesure où

1. comme nous l’avons vu plus haut à propos des moustaches, les poils et cheveux sont des “objets métaphoriquement envisagés comme liquides”,

2. cette racine a comme dérivés des mots comme

شعر šu‛r, شعار ša‛ār (ou ši‛ār) plantes, arbres, végétation, arbres touffus et entrelacés

مشعر maš‛ar bois où l’on trouve de l’ombre l’été et un abri l’hiver

 

Peu importe en effet que le verbe شعر ša‛ara signifie "comprendre" (comme 01 شرب šaraba), et non boire (comme 02 شرب šariba) puisque nous avons relevé d’emblée un parallélisme sémantique entre les deux notions. On voit par la racine شعر √š‛r que, comme le dit Kazimirski, “les plantes et les arbres sont le poil du sol”[13] et que la végétation dans son ensemble et sa diversité pourrait figurer elle aussi, dans le réseau couler, au nombre des “objets métaphoriquement envisagés comme liquides”.

 

I – 07 شربّة šarabba manière, façon

25 مشرب mašrab mœurs, habitudes, coutume ; nature, naturel

 

Nous avons relevé un parallélisme sémantique boire, abondance d’eau // manière (de vivre) dans plusieurs autres racines :

 

أباب ’abāb vague, flot, grande masse d’eau // أبابة ’abāba manière de vivre ou de se conduire

ربع raba‛a se désaltérer, venir à l'eau tous les quatre jours // رباعة rabā‛a et ribā‛a manières de vivre, habitudes

زغّاد zaġġād qui a beaucoup d’eau (rivière, torrent) // زغد zaġd vie, état, manière de vivre

شرع šara‛a entrer dans l’eau – II. amener ses bestiaux à l’endroit le plus commode, où ils puissent boire à la rivière même // شرعة šir‛a, شريعة šarī‛a conduite, manière d’agir droite

ضرب ḍaraba – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // ضرب ḍarb façon, manière, acabit – ضريبة ḍarība nature, naturel, caractère – مضرب maḍrab manière, façon (dont une chose se fait)

قرو qarw abreuvoir, bassin // manière, façon, mode

 

Tentons une explication : peut-être l’arabe considère-t-il l’action de boire comme répétitive obligée, vitale, comme l’habitude par excellence... Le français voie et l’anglais way, qui peuvent désigner, entre autres choses, le chemin par lequel un cours d’eau est conduit, ont eux aussi le sens de manière, façon. Quoi qu’il en soit, à la lumière des données ci-dessus, nous pensons pouvoir affirmer que les deux items titres se rattachent bien eux aussi à la racine شرب √šrb.1 « boire ».

 

J – 11 شارب šārib pl. شوارب šawārib garde de la poignée d'un sabre

 

Pour tenter de comprendre ce que faisait ici ce mot aux airs d’intrus, nous avons cherché dans le Kazimirski d’autres occurrences de “poignée d’un sabre”. Voici le résultat de notre recherche :

 

رصع √rṣ‛ – رصيعة raṣī‛a bouton métallique mis en guise d’ornement à la poignée du sabre ; en général, tout objet rond inséré comme ornement

شعر √š‛r – شعيرة ša‛īra bouton (en fer, en or ou en pierre précieuse) à la poignée d’un sabre, au manche d’un couteau, etc. en guise d’ornement ou pour raffermir le manche

عجز √‛ǧz – عجز ‛aǧz poignée d’un sabre – عجوز ‛aǧūz pommeau de la poignée d’un sabre // عجز ‛aǧz faiblesse, impuissance à accomplir qqch

عجس √‛ǧs – عجس ‛iǧs, ‛uǧs poignée d’un sabre // عجوس ‛aǧūs pluie qui tombe doucement

 

Ces racines ont-elles un autre point commun, entre elles et avec شرب √šrb ? La réponse est “oui” pour trois d’entre elles :

 

1. C’est la troisième fois que sommes amené à citer la racine شعر √š‛r au cours de cette étude ; celle-ci nous confirme dans l’idée d’un rapport avec شرب √šrb, probablement par l’étymon {r,š}, mais nous ne savons pas l’expliquer.

 

2. Nous pouvons probablement rapprocher, d’une part

 

عجز ‛aǧz poignée d’un sabre // عجز ‛aǧz faiblesse, impuissance à accomplir qqch

شارب šārib garde de la poignée d'un sabre // شارب šārib šarb, šurūb faiblesse, langueur

 

et, d’autre part

 

عجس ‛iǧs, ‛uǧs poignée d’un sabre // عجوس ‛aǧūs pluie qui tombe doucement

شارب šārib garde de la poignée d'un sabre // شرب √šrb – IV. imbiber, saturer

 

...mais nous n’avons d’explication ni pour le premier rapprochement ni pour le deuxième.

 

3. On notera que les racines عجز √‛ǧz et √‛ǧs semblent construites sur l’étymon {ǧ,‛} et les racines رصع √rṣ‛ et شعر √š‛r sur l’étymon {r,‛}. Une des charges sémantiques de ce dernier[14] est le détournement, l’empêchement, ce qui correspondrait bien à la fonction du pommeau de sabre.

 

4. Enfin, nous ne voyons pas de rapport entre les racines شرب √šrb et رصع √rṣ‛.

 

En résumé, c’est bien le rapprochement avec la racine شعر √š‛r qui, bien qu’inexpliqué, reste le plus probable. On peut tout au plus faire l’hypothèse que toutes ces racines ont eu jadis un dérivé ayant le sens de détourner mais que ce sens a disparu. Un argument en faveur de cette hypothèse est apporté par l’un des parallélismes sémantiques du réseau couler : le nº 2.5. s’intitule en effet FAIRE COULER // CHASSER. Donnons, à titre d’exemples, quelques-unes des paires constituées par Masson :

 

دعب da‛aba couler // repousser, éloigner

زعب za‛aba couler // repousser, éloigner

نهر nahara couler // éloigner, chasser

 

K – 19 شروب šarūb qui est en chaleur (chamelle)

 

On retrouve le parallélisme sémantique boire, abreuver, arroser // femelle en chaleur dans d’autres racines :

 

درّ darra donner du lait en abondance // X. être en chaleur (chèvre)

صرف ṣarafa boire (du vin) // être en chaleur (chienne)

ضرب √ḍrb – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // X. être en chaleur (chamelle)

عرب √‛rb – II. boire, avaler de l’eau pure // X. être en chaleur (vache)

قرع qara‛a inonder de lait qui s’échappe des pis la tête de son petit (chamelle) – X. être en chaleur (chamelle)

قمع qama‛a vider une outre en buvant d’un trait tout ce qui s’y trouvait // قمعة qami‛a en chaleur (chamelle)

وبل wabala verser une pluie abondante // X. être en chaleur (brebis)

ودق wadaqa pleuvoir // être en chaleur (jument, ânesse et autres femelles à sabot)

 

Ce parallélisme s’explique assez facilement : la chaleur de la femelle, tout comme le rut du mâle et le désir sexuel chez les humains, est une métaphore de la soif. Il ne semble donc pas y avoir de problème à rattacher cet item à la racine شرب √šrb.1 « boire, avoir soif ».

 

 

4. Synthèse

 

On aura donc finalement rattaché à la racine شرب √šrb. 2 « guetter » – apparemment construite sur l’étymon {b,r} mais qui n’est peut-être qu’une variante de شرف √šrf – les quatre items suivants :

 

02 شرب šariba – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour إشرابّ ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

32 شرأبيبة šura'bība action d'allonger le cou ou de se hisser pour mieux voir ou atteindre quelque chose

27 مشربة mašraba, mašruba galerie ; chambre

28 مشربيّة mašrabiyya fenêtre en saillie et grillagée ...

 

... et à la racine شرب √šrb.1 « boire » – apparemment construite sur l’étymon {r,š}[15] – tous les autres, quoique non sans prudence pour 02 شرب šariba – IV. "mettre la corde au cou d'un cheval" ni sans réserves pour 11 شارب šārib pl. شوارب šawārib "garde de la poignée d'un sabre", item qui garde encore, au moins pour nous et jusqu’à plus ample informé, une partie de son mystère.

 

 

5. La morphologie de شرب √šrb.1 « boire »

 

Nous venons de dire un peu curieusement que la racine شرب √šrb.1 « boire » est “apparemment” construite sur l’étymon {r,š}. Mettrions-nous en doute notre propre démonstration faite dans la partie H ci-dessus ? Non, l’étymon {r,š} est à coup sûr présent dans cette racine, mais quel est le rôle du b qui complète la racine en troisième position ? Il y a à cette question deux réponses possibles :

– soit c’est un simple crément à valeur sémantique neutre ayant pour seule fonction d’étoffer l’étymon et de le transformer en une racine “normale” plus facile à couler dans les divers schèmes de la grammaire arabe ;

– soit c’est l’un des constituants d’un deuxième étymon croisé[16] avec l’étymon {r,š}.

 

Nous optons pour un croisement avec l’étymon {b,r} et nous allons voir pourquoi. Faisons d’abord, dans les paragraphes qui précèdent, quelques glanures des racines comportant à la fois un b et un r :

 

B – بحر baḥara être altéré d'une soif inextinguible // باحر bāḥir menteur

راب rāba donner du lait caillé à quelqu'un // mentir, dire un mensonge

ضرب ḍaraba – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // I. mêler, mélanger

عرب √‛rb – II. boire, avaler de l’eau pure // charger qqn d’une action blamable ; donner un démenti à qqn

 

C – ربط rabaṭa – مترابط mutarābiṭ intarissable (eau) // ربط rabaṭa lier

ربيد rabīd dattes jetées en un tas et arrosées d'eau // ربد rabada lier, attacher avec des liens

سرب sarab eau qui coule, qui s'écoule ; eau dont on inonde une outre pour l'humecter, pour qu'elle ne coule pas // سرب saraba confectionner, coudre, faire (une outre)

كربة karba le lit même du torrent au travers d'une vallée // كرب karaba serrer plus fort les liens, les cordes avec lesquelles on a lié qqn

 

H – برش √brš – أبرش ’abraš riche, abondant en herbes et plantes de toute espèce (sol, pays ; se dit aussi d'une année abondante) – برشاء baršā’ multitude d'hommes, cohue

ربش rabiš qui abonde en herbes de toute espèce

 

I – ربع raba‛a se désaltérer, venir à l'eau tous les quatre jours // رباعة rabā‛a et ribā‛a manières de vivre, habitudes

ضرب ḍaraba – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // ضرب ḍarb façon, manière, acabit – ضريبة ḍarība nature, naturel, caractère – مضرب maḍrab manière, façon (dont une chose se fait)

 

K – ضرب √ḍrb – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) // X. être en chaleur (chamelle) عرب √‛rb – II. boire, avaler de l’eau pure // X. être en chaleur (vache)

 

Ce premier résultat est éloquent et suffisamment intéressant pour nous inciter à élargir la recherche à d’autres racines. Dans le corpus obtenu ci-dessous, nous avons remis nos glanures à leurs places respectives :

 

Racines non ambigües :

 

ربب rabab grande quantité d'eau, eau qui se trouve en abondance – ربّة rubba nombre immense, myriade ; opulence, affluence, abondance des commodités de la vie – ربًّى rubban abondance des choses nécessaires – مرتبّ murtabb qui fait du bien aux autres, bienfaisant – ربّما rubbamā souvent

راب rāba donner du lait caillé à quelqu'un ; être surfatigué ; mentir, dire un mensonge

برّ barra et برر barira – III. être bienfaisant envers qqn – برّ barr bienfaisant ; libéral, généreux

 

NB : Pour le lien entre la générosité et l’abondance, voir plus bas بحر baḥara sous “Ordre B-X-R”.

 

Racines ambigües :

 

Ordre BR-X : برج bariǧa manger et boire beaucoup, ou avoir des provisions de bouche en abondance

برخ barḫ abondance

برش √brš – أبرش ’abraš riche, abondant en herbes et plantes de toute espèce (sol, pays ; se dit aussi d'une année abondante) – برشاء baršā’ multitude d'hommes, cohue

برص baraṣa – II. arroser la terre avant le labour (se dit de la pluie)

برض baraḍa boire du bout des lèvres

برك baraka faire tomber l'eau, la pluie sans interruption (se dit du ciel) – برك birk étang – بركة baraka abondance de biens

 

Ordre X-BR : حبر ḥabara faire une belle chose, une belle action ; faire du bien à quelqu'un, lui accorder un bienfait, une grâce

دبر dibr masse d’eau

عبر ‛ubr grand nombre, abondance, foule de...

 

Ordre RB-X : ربد √rbd – ربيد rabīd dattes jetées en un tas et arrosées d’eau

ربس √rbs – ربيس rabīs abondant (se dit des biens, des richesses)

ربش rabiš qui abonde en herbes de toute espèce

ربط √rbṭ – ربيط rabīṭ dattes sèches que l'on serre dans un sac de cuir et qu'on arrose d'eau – مترابط mutarābiṭ intarissable (eau)

ربع raba‛a se désaltérer, venir à l'eau tous les quatre jours, le quatrième jour, après avoir passé trois ou quatre jours et trois nuits sans boire (chameaux) ; abonder en pâturages (champs) ; paître librement et jouir à satiété des pâturages du printemps et de l'eau (chameaux) ; avoir de l'eau à son gré, tant qu'on veut – IV. se trouver en abondance dans le puits (eau) ; laisser boire un chameau à sa soif ; (dérivé probablement de أربع ’arba‛ quatre[17]) – رباعة rabā‛a et ribā‛a manières de vivre, habitudes

ربغ √rbġ – IV. laisser boire un chameau à sa soif – أربغ ’arbaġ abondant, copieux (se dit de toute chose)

ربيلة rabīla abondance des choses nécessaires à la vie

 

Ordre X-RB : ترب tariba se trouver en quantité, en abondance (se dit de la terre, de la poussière de terre)

جريب ğarīb grand cours d'eau qui reçoit des affluents

سرب saraba – II. tremper, inonder (l'outre) d'eau pour que les trous faits dans la couture se ferment

صرّب ṣarraba boire du lait aigre

ضرب ḍaraba mêler, mélanger – II. boire du ḍarīb (mélange de laits) – IV. absorber, dessécher l’eau dont le sol était imprégné (vent chaud) – X. être en chaleur (chamelle) – ضرب ḍarb façon, manière, acabit – ضريبة ḍarība nature, naturel, caractère – مضرب maḍrab manière, façon (dont une chose se fait)

عرب √‛rb – II. boire, avaler de l’eau pure ; charger qqn d’une action blamable ; donner un démenti à qqn – X. être en chaleur (vache) – عربة ‛araba fleuve qui a un lit profond ; cours d'eau très rapide – عربب ‛urbub grande quantité d'eau pure

غرب ġarb jour de l’irrigation – غرب ġarb torrent abondant de larmes, larmes abondantes, ou salivation abondante. - Plur. غروب ġurūb. En gén. ruisseau, torrent, filet abondant (d'un liquide que l'on verse) – غرب ġarab coupe à boire

قرب √qrb – قورب qawrab grande masse d'eau qu'on ne peut plus contenir

كربة karba le lit même du torrent au travers d'une vallée // كرب karaba serrer plus fort les liens, les cordes avec lesquelles on a lié qqn

 

Ordre B-X-R : بئر bi’r puits

بحر baḥara être altéré d'une soif inextinguible ; être faible, maigri, au point d'avoir le teint livide – باحر bāḥir menteur – بحر baḥr grande masse d'eau. De là ce mot s'applique aux grands fleuves, comme le Nil, l'Indus, l'Euphrate ; mer ; au fig. homme généreux, inépuisable dans ses dons comme la mer

بذر baḏir surabondant, où il y a trop de qqch

بغر baġara faire tomber continuellement la pluie (se dit du ciel) ; arroser la terre, le sol ; boire sans pouvoir étancher sa soif – بغر baġar soif inextinguible qui fait mourir les chameaux

 

Ordre R-X-B : رضب raḍaba donner une averse (se dit du ciel, des nuages)

رطب raṭaba ou raṭiba être frais, tendre, humide, juteux (se dit des dattes mûres fraîchement cueillies) – II. humecter, rendre humide, mouiller

 

Quadriconsonantiques :

بربص barbaṣa arroser abondamment la terre

جرعب ğar‛aba boire

حربص ḥarbaṣa arroser le sol, en y introduisant l'eau

خضرب ḫaḍraba – مخضرب muḫaḍrab qui parle avec abondance et facilité

زغرب zaġrab abondance d'eau ; torrents d'eau ou d'urine lâchée à la fois ; abondant, copieux, qui contient une grande quantité d'eau, une masse d'eau (puits, mer)

سعبر sa‛bar puits qui fournit sans cesse de l'eau ; abondant (eau, etc.).

 

Au vu d’une telle moisson, il ne ne semble plus faire aucun doute que l’étymon {b,r} entre également dans la composition de la racine شرب √šrb.1 « boire ». On remarquera que les mêmes dérivations sémantiques que nous avons relevés pour شرب √šrb.1 « boire » parcourent d’autres racines, comme بحر baḥara où l’on retrouve la faiblesse et le mensonge, ou comme ضرب ḍaraba où l’on retrouve le mélange, la manière, le caractère et la femelle en chaleur. Nous pouvons raisonnablement conclure, semble-t-il, que, selon toute vraisemblance, cette racine شرب √šrb.1 « boire » résulte du croisement des étymons synonymes {r,š} et {b,r}. On nous objectera peut-être quelques disparités : comment peut-on juxtaposer un puits et la mer ? Comment peut-on comparer boire beaucoup et boire du bout des lèvres ? Certes, il y a des degrés dans l’abondance mais toutes ces racines ont néanmoins un dénominateur sémantique commun indéniable, à savoir la boisson bienfaisante, rafraîchissante et nourricière, parfois le lait mais surtout l’eau venue de la pluie, de la rivière ou de la mer ou puisée dans la terre, parfois en si grande quantité qu’elle est littéralement, en arabe comme en latin, la métaphore par excellence de l’abondance.

 

 

Références bibliographiques

 

Beaussier, Marcelin, Dictionnaire pratique arabe-français, Librairie Adolphe Jourdan, Alger, 1887. [En ligne].

Belot, Jean-Baptiste, Dictionnaire arabe-français « El-faraïd », Imprimerie catholique, Beyrouth, 1955.

Bohas, Georges et Bachmar, Karim, "Les étymons en arabe. Analyse formelle et sémantique". Recherches, n° 23, Beyrouth, Dar El-Machreq, 2013.

Bohas, Georges, Matrices, Étymons, Racines, Leuven-Paris, Peeters, 1997.

Bohas, Georges et Saguer, Abderrahim, The Explanation of Homonymy in the Lexicon of Arabic, ENS Éditions, 2014.

Bohas, Georges et Rolland, Jean-Claude, avec la collaboration de Saguer, A., « Une nouvelle dimension du domaine de la kashkasha », à paraître dans Al-Abhath, Université américaine de Beyrouth.

Dolgopolsky, A., Nostratic Dictionary, 2008. [Book]. http://www.dspace.cam.ac.uk/handle/1810/196512

Dozy, Reinhart Pieter Anne, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, E. J. Brill, 1881.

ETYMARAB, racine ŠRB dans Etymological Dictionary of Arabic, University of Oslo, Faculty of Humanities, 2016. [En ligne].

Johnson, Francis, A Dictionary, Persian, Arabic and English, Londres, W.H. Allen, 1852.

Kazimirski, A. de Biberstein-, Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve, 1860.

Khatef, Laïla, "Le croisement des étymons : organisation formelle et sémantique", Langues et Littératures du Monde Arabe, nº 4, 119-138, 2004.

Masson, Michel, « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, p. 1024-1041, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1991.

Nourai, Ali, An Etymological Dictionary of Persian, English, and other Indo-European Languages, 1995.[18]

Rajki, Andras, Arabic Etymological Dictionary, 2002. [En ligne].

Reig, Daniel, Dictionnaire arabe-français français-arabe « As-Sabil », Paris, Librairie Larousse, 1983.

Rolland, Jean-Claude, Étymologie arabe : dictionnaire des mots de l’arabe moderne d’origine non sémitique, Paris, L’Asiathèque, 2015.

Rolland, Jean-Claude, dans Dix études de lexicologie arabe, 2e éd., Rolland, Meaux, 2017 :

– « Coupure, couture et coulure », p. 7

– « Le lien et la menace », p. 117

– « Des étymons monoconsonantiques ? », p. 147

Wehr, Hans, A Dictionary of Modern Written Arabic, edited by J. Milton Cowan, Ithaca NY, Cornell University Press, 1966.

 

 

ANNEXE : De quelques absents de la notice de Kazimirski

 

NB : Pour les auteurs cités (Dozy, Belot, Wehr, Reig, Rajki, Nourai), voir la bibliographie.

 

شرّاب šurrāb chaussette : Le dictionnaire de Wehr semble être un des rares ouvrages, sinon le seul, à donner ce شرّاب šurrāb qui n’est qu’une variante du classique et sémitique جورب ǧawrab ou ǧūrab. D’après Rajki, جورب ǧawrab est apparenté à جراب ǧirāb “sac”, lequel a pour cognat l’akkadien gurābu, même sens. C’est une étymologie vraisemblable, et ce serait donc le persan qui viendrait de l’arabe, et non l’inverse. Il ne faut cependant pas non plus exclure la possibilité que l’akkadien ait transité par l’iranien avant d’être adopté par l’arabe, ce qui justifierait le fait que Nourai (p. 170), sans rien dire de l’akkadien, place chronologiquement l’arabe جورب ǧawrab entre un iranien gūrb (ou kūrb) d’où il serait issu et un persan jūrāb qui en serait issu. Notons que جريب ǧarīb a le sens de « grand cours d'eau qui reçoit des affluents », ce qui nous fournit un cas de plus du parallélisme sémantisme couler // coudre, tisser, tresser. (Voir plus haut F – 03 شرب šarb).

 

شربة šurba, شوربة šūrba soupe : Nous renvoyons à notre propre notice, extraite de la prochaine édition de notre Dictionnaire des mots de l’arabe moderne d’origine non sémitique[19] :

 

شوربة šūrba ou شربة šurba (Reig), “soupe”. Du persan šor-bā, “bouillon de viande, soupe”, via le turc çorba, même sens. Kazimirski l’a oublié mais Belot le mentionne à part de l’entrée شرب ŠRB, le vocalise šawraba, et le classe parmi les emprunts d’origine turque. Pour Nişanyan, le turc çorba est un emprunt au persan šor-bā, composé de šor, “salé” et du suffixe - qui dit comment une chose est cuisinée. Mais pour Johnson, - désigne une sorte de gruau ou d'autres genres de nourritures à manger à la cuillère. Le suffixe persan - est issu du pehlevi -bāg. (Le pehlevi spēdbāg désigne une soupe de lait caillé.) D’où la survivance d’une forme arabe شورباج šūrbāǧ, plus ancienne. Ce suffixe semble issu de la racine IE *bʰag-, “donner ou recevoir une part de viande”, d'où est issu le verbe grec φάγομαι [phágomai] “manger” (> fr. -phage). C’est donc à tort que ce mot a été confondu par Reig (et par d’autres mais ni par Belot ni par Wehr) avec son homonyme شربة šurba, “gorgée de boisson”, dérivé du verbe arabe شرب šariba, “boire”.

 

شربة širba biche : Dozy donne sur ce mot deux indications éclairantes : le mot s’utilisait en arabe d’Espagne et sa définition en espagnol est cierva hembra, « cerf femelle ». Il est alors probable que شربة širba est une arabisation du castillan cierva, facilitée par une prononciation du /v/ qui, dans une bouche espagnole, le rend souvent impossible à dstinguer d’un /b/.

 

 

Notes

 

[1] Comme on pouvait s’y attendre, Dolgopolsky rapproche cette racine du latin sorbere et de l’anglais to slurp (IE *srebh-) autour d’une des plus riches racines nostratiques (nº 2224).

[2] Cette étude a été présentée, sous une forme très différente, à la séance de la SELEFA (Société d’Études Lexicographiques et Étymologiques Françaises & Arabes) du 7 décembre 2017. Remerciements aux présents, en particulier à Michel Nicolas, Roland Laffitte et Mohammed Yakoub, pour leurs judicieuses remarques qui nous ont conduit à un remaniement en profondeur de l’ensemble.

[3] Belot ajoutera le sens de « fumer (du tabac) » dans la locution šariba al-duḫān qu’il qualifie de “propre à la langue vulgaire”, c’est-à-dire la langue parlée.

[4] Sens probable : "l’irrigante".

[5] Pour Beaussier, مشرب mašrab a divers autres sens qui sont sans ambigüité liés aux actions de boire ou de fumer : "bouche, bout d’un fusil, d’un pistolet ; bout de pipe, de cigare en ivoire, ambre, etc. ; bol cylindrique, profond, à anse".

[6] Lui-même dénominal de فو  "bouche" par incrémentation du h. Voir le début de notre étude « Des étymons monoconsonantiques ? » dans Rolland, Dix études de lexicologie arabe (2e édition, p. 147).

[7] « Coupure, couture et coulure », dans Rolland, Dix études de lexicologie arabe (2e édition, p. 7).

[8] « Une nouvelle dimension du domaine de la kashkasha », à paraître dans Al-Abhath, Université Américaine de Beyrouth.

[9] « Le lien et la menace », dans Rolland, Dix études de lexicologie arabe (2e édition, p. 117).

[10] Voir bibliographie.

[11] Voir Bohas, Georges, 1997.

[12] Rappelons que le latin abundans est dérivé de unda « eau ».

[13] Les poils ... ou les plumes : on a vu plus haut « ريش rayš, ريّش rayyiš très riche en feuilles, qui a beaucoup de feuilles, touffu (plante, arbre). »

[14] Voir Bohas et Bachmar (2013), p. 94.

[15] Pour Bohas et Saguer (2014), l’homonymie en arabe peut effectivement reposer sur diverses analyses étymoniales.

[16] Sur le croisement des étymons, voir Khatef (2004).

[17] Cette parenthèse est de Kazimirski. Nous voyons que son hypothèse est invalidée par le fait que souvent est directement relié à la notion d’abondance. Ce qui n’empêche pas que faire qqch quatre fois soit plus ou moins synonyme, du moins en arabe, de faire qqch souvent.

[18] L’ouvrage n’étant pas daté, « 1995 » est la date de la référence la plus récente.

[19] Rolland (2015).