Le vocabulaire du mensonge et de la tromperie

 

  

à Miguel Catalán[1]

 

 

L’accès à la version électronique du dictionnaire de Kazimirski ainsi que la fonction « recherche » permise par la simple utilisation conjuguée des touches « Ctrl + F » d’un clavier d’ordinateur rendent désormais possible un inventaire probablement assez complet du vocabulaire arabe relatif à un quelconque objet concret ou à une quelconque notion abstraite, pour peu qu’on ne se limite pas aux signifiants de base mais qu’on étende la recherche à leurs dérivés et synonymes. C’est ainsi qu’en tapant successivement, dans le cartouche de recherche, les mots simulation, mensonge, tromperie et leurs dérivés et synonymes, nous avons constitué un corpus de cent-soixante-dix racines – consultable en annexe dans l’ordre alphabétique – dans lesquelles au moins un vocable voit apparaître dans sa définition un des mots recherchés. L’objet de cette étude est d’analyser ce corpus en effectuant des regroupements, afin de tenter de comprendre quels rapports logiques peuvent bien relier les termes afférents aux termes centraux dans les parallélismes relevés[2].

 

 

I. Mentir, tromper et cacher

 

Parmi les racines relevées, signalons tout d’abord un petit groupe de dix racines qui n’est pas pour nous surprendre car le mensonge et la tromperie s’y trouvent en compagnie de l’obscurité et de l’action de se cacher ; l’explication du parallélisme est ici évidente, presque tautologique, probablement universelle : on couvre ou recouvre, on cache, on se cache pour tromper sa proie ou son adversaire et l’obscurité est une circonstance propice ; et l’on ment aussi pour cacher une vérité : le menteur simule et le trompeur dissimule ou se dissimule ; d’où :

 

ختل ḫatala se cacher, se mettre en embuscade pour se jeter ensuite sur sa proie // III. tromper l’un l’autre, agir avec perfidie, trahir

دجل daǧala être couvert, caché // mentir

دجن dǧn – IV. être couvert, sombre et pluvieux (temps) // III. duper, tromper

دجو dǧw – دجا daǧā couvrir ; couvrir la femelle – III. éloigner, écarter, empêcher d’approcher // III. dissimuler sa haine contre qqn

دري dry se cacher pour attaquer sa proie // III. tromper, circonvenir

دلس dalas ténèbres épaisses // دلس dals trahison, perfidie – II. tromper dans la vente – III. tromper

شهل šahila être bleu très foncé // šahl mensonge

غبش ġabiš sombre (nuit) // غابش ġābiš trompeur, qui abuse de la confiance, de l’amitié

غدر ġadira être sombre (nuit) // trahir, tromper

غشش ġašaš trouble, sombre, terne // غشّ ġašša tromper qqn

 

Quant aux cent soixante autres racines de notre inventaire, nous allons voir comment elles se répartissent sur ce que nous appellerons désormais l’arborescence coupure-couture-couture[3].

 

À quelques détails près, c’est l’efficace mode de classement de nos ouvrages de référence que nous avons utilisé, en conservant à chaque intitulé sa numérotation d’origine. Il y a des numéros manquants car nous n’avons pas jugé utile de faire apparaître les rubriques vides.

 

 

II. Mensonge, tromperie et coupure

 

Ouvrage de référence : Georges Bohas, Abderrahim Saguer, Le son et le sens, fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique, Damas, Presses de l’IFPO, 2012, (p. 220 à 237).

 

Dans ces pages, les auteurs traitent d’une des trois matrices phoniques dont l’invariant notionnel est porter un coup (= couper, tailler, fendre, percer, frapper, piquer, briser, casser, séparer, ...) et où ils donnent des dérivations sémantiques de cette notion une organisation arborescente qu’ils considèrent valable pour les deux autres matrices.

 

A.1. Frapper avec un objet tranchant

 

بحر baḥara fendre, déchirer // باحر bāḥir menteur

بقر baqara fendre // بقر buqar mensonge

خدب ḫadaba porter un coup de sabre // mentir

خرق ḫaraqa déchirer, lacérer // mentir

خلب ḫalaba fendre, déchirer, faucher // tromper par des paroles caressantes

سحر saḥara fendre le poumon à qqn // tromper

فرى farā tailler, couper, fendre // inventer, forger un conte, un mensonge

فلح falaḥa couper, fendre // tromper dans une vente

فلق falaqa fendre // فلقان fulqān mensonge palpable

قتّ qatta couper, rogner dans le sens de la longueur (A.1.2.) // قتّات qattāt menteur

مان māna labourer la terre (= fendre la terre) // mentir

نمنم namnama rayer, sillonner le sol (vent) // embellir un récit par des mensonges

 

Bien qu’ils n’aient pas de sens parallèle à ceux de mentir ou tromper, les trois verbes qui suivent nous semblent avoir leur place ici en complément à la liste ci-dessus :

 

قتقت qatqata altérer les paroles d’un autre par des mensonges = variante de قتّ qatta

مخرق maḫraqa être menteur = extension de خرق ḫaraqa

نمّ namma remplir son discours de mensonges = variante de نمنم namnama

 

NB : En arabe comme en français le vent est perçu comme un donneur de coups. On le retrouvera sous diverses rubriques.

 

A.1.3. Résultat de l’action : la partie par rapport au tout

 

A.1.3.1. raccourcir, tronquer

عضه ‛aḍaha couper des branches de l’arbre à épines appelé عضاه ‛iḍāh // dire un mensonge

 

A.1.3.2. tuer, achever

عبط ‛abaṭa égorger un animal jeune, déchirer une robe neuve // forger un mensonge atroce

 

A.1.3.3. raser, peler, arracher, dépouiller

جلط ǧalaṭa raser la tête ; oter la peau d’une bête // mentir

حفا ḥafā raser entièrement la moustache // V. tromper qqn en profitant de sa niaiserie

نمش namaša dépouiller le sol de plantes (sauterelles) // mentir

 

A.1.3.4. séparer une partie du tout, emmener une partie

خبس ḫabasa prendre qqch avec la main – V. s’emparer de qqch comme de sa proie, de son butin // خبس ḫabasa tromper, frauder qqn

ختأ ḫata’a enlever, emporter qqch // VIII. tromper qqn

خرم ḫarama couper de manière à séparer une chose d’une autre // خرمان ḫurmān mensonge

زهف zahifa emporter un objet léger (vent) // IV. mentir

لمع lama‛a enlever, chipper qqch // لمع lama‛a et VIII. mentir

ولع wala‛a faire main basse sur une chose // mentir

 

A.1.S.1. disperser, disséminer

سفا safā enlever et disperser (vent) // VIII. tromper, user de ruses

فرش faraša disperser, disséminer // dire un mensonge

مذع maḏa‛a disperser çà et là // mentir

 

A.1.S.2. éloigner, repousser, écarter, détourner, empêcher d’approcher

أفك afaka éloigner qqn de qqch // mentir, forger un mensonge

شطّ šaṭṭa éloigner, rejeter // شطاط šaṭāṭ mensonge atroce, qui dépasse les bornes

عور ‛awara – II. détourner qqn de qqch, lui en empêcher l’usage // II. mentir

 

A.1.S.2. réfléchi : s’éloigner

جربز ǧarbaza s’éloigner // جربزة ǧarbaza tromperie

خلابيس ḫalābīs chameaux qui s’éloignent rapidement de l’abreuvoir // mensonge(s) (= extension de خلب ḫalaba, A.1.)

 

A.2. Frapper avec un objet pointu : percer, pénétrer, ...

 

بطّ baṭṭa percer un ulcère, un clou // بطيط baṭīṭ mensonge

زغف zaġafa percer qqn avec une lance // mêler des mensonges à son récit

طحز ṭiḥz coït // mensonge

غلّ ġalla introduire une chose dans une autre ; cohabiter avec une femme[4] // tromper qqn ; frauder

محج maḥaǧa cohabiter avec une femme // mentir

ملذ malaḏa percer qqn avec une lance // mentir

 

Bien qu’ils n’aient pas de sens parallèle à ceux de mentir ou tromper, les deux vocables qui suivent nous semblent avoir leur place ici en complément à la liste ci-dessus :

 

زغفل zaġfala mentir = extension de زغف zaġafa.

طخز ṭiḫz mensonge = variante de طحز ṭiḥz.

 

NB : L’acte de percer consistant bien à introduire un objet dans un autre, nous avons – comme nous y invitait explicitement le verbe غلّ ġalla – inclus l’acte sexuel dans cette liste. Cf. en français le sens figuré de se faire baiser.

 

A.2.6. Se planter dans l’objectif, atteindre ou manquer le but

خسق ḫasaqa atteindre le but (flèche) // جسّاق ḫassāq menteur

خطأ ḫaṭa’a – IV. manquer le but // IV. induire en erreur

 

A.3. Frapper avec un fouet, un bâton, un objet quelconque

 

بنّق bannaqa fouetter le dos // forger un mensonge

حاق ḥāqa u balayer, frotter // حوقة ḥawqa tas de mensonges

دهن dahana rosser qqn // III. mentir

زها zahā frapper, battre d’un bâton // mentir

سفه safaha – II. agiter (vent) // V. tromper, duper

صقر ṣaqara frapper qqn d’un bâton // صقّار ṣaqqār menteur

صقع ṣaqa‛a frapper qqn à la tête // dire un mensonge

عفق ‛afaqa fouetter et disperser (vent) // III. enjôler, tromper qqn

لمع lama‛a agiter, remuer les ailes (oiseau) – IV. agiter les ailes (oiseau) ; remuer la queue pour éloigner le mâle (brebis pleine) // لمع lama‛a et VIII. mentir

مسح masaḥa[5] frapper // mentir

ملث malaṯa frapper qqn doucement, légèrement // III. enjôler qqn, le tromper

 

A.4. Blessures diverses consécutives à des coups

 

خبيب ḫabīb crevasse, fente dans la terre // خبّ ḫabba séduire, tromper, suborner

سفك safaka verser, répandre le sang // سفوك safūk menteur

فصخ faṣaḫa démettre un membre du corps // فصخ fuṣiḫa être trompé dans un achat

 

A.5. Préparation de l’action

 

خلق ḫalaqa prendre la mesure avant de couper[6] // forger un mensonge

 

A.6. Réciprocité

 

A.6.1. se battre, attaquer

بطل baṭal brave, héros (sur le champ de bataille) // بطل buṭl mensonge

علث ‛aliṯa combattre avec acharnement et sans relâche // علث ‛alaṯa tromper l’attente de qqn

غلث ġalaṯa se jeter avec acharnement sur qqn et ne pas lâcher prise // tromper l’attente de qqn

هتر hatara attaquer qqn dans sa réputation, déchirer qqn // هتر hitr mensonge

 

A.6.2. faire la guerre

صلا ṣalā faire la guerre à qqn // tromper qqn par des paroles flatteuses

 

A.6.3. victoire ou défaite

بهت bahata assaillir qqn à l’improviste et avoir le dessus // mentir

سدج sadaǧa – VII. se coucher la face contre terre // سدّاج saddāǧ menteur

 

A.7. Frapper avec la main, le pied ou diverses parties du corps

 

لمص lamaṣa pincer qqn // لموص lamūṣ menteur

 

B. Conséquences globales des coups : détruire, périr, faire périr, perdre

 

خوى ḫawā être vide, en ruines // manquer, tromper, faire défaut, tromper l’attente de qqn

خاب ḫāba ne pas réussir, éprouver des pertes // IV. tromper l’attente de qqn

هار hāra démolir, abattre une maison // tromper

ورب wariba périr // III. jouer au plus fin avec qqn et le tromper

 

 

III. Mensonge, tromperie et coulure

 

Ouvrage de référence : Michel Masson, « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1991, p. 1024-1041.

 

Dans cet article, l’auteur recense un certain nombre de racines sémitiques et surtout arabes qui présentent des parallélismes sémantiques entre le terme central couler et des termes afférents logiquement regroupés et classés sous diverses rubriques reliées entre elles en réseau.

 

Termes centraux : couler, faire couler, jaillir, faire jaillir, pleuvoir, arroser, laisser tomber, ...

 

حلس ḥalasa faire tomber une pluie continuelle // IV. tromper, flouer qqn au marché

عدر ‛adr pluie forte et abondante // عادر ‛ādir grand menteur

فجر faǧara faire jaillir l’eau en fendant un rocher // mentir

مكر makara arroser son champ // tromper qqn

هثهث haṯhaṯa laisser tomber qqch avec rapidité // هثهاث haṯhāṯ menteur

 

Ajoutons le verbe هثّ haṯṯa qui n’a pas d’autre sens que celui de "mentir" et n’est probablement qu’une variante de هثهث haṯhaṯa.

 

1. Noms d’objets liquides

 

1.1. Sécrétion organique

 

b) sang

تريه tarīh linge dont les femmes se servent pour faire absorber les écoulements mensuels // ترّه turrah mensonge

 

g) autres secrétions

زرق zaraqa rendre les excréments (oiseaux) // زورق zūraq mensonge

سقسق saqsaqa chier (oiseau) // مسقسق musaqsiq enjôleur

شوب √šwb – شايبة šāyiba ordure, chiasse // شوبة šawba tromperie, frime

فشفش fašfaša disperser çà et là l’urine // être un grand menteur

منى manā laisser couler le sperme // V. mentir

وشغ wašaġa jeter çà et là l’urine et la disperser en cheminant // V. se souiller d’une action infâme ou d’un mensonge

 

NB : Par le sens « disperser », فشفش fašfaša et وشغ wašaġa relèvent tout aussi bien du réseau de la coupure (A.1.S.1.).

 

1.2. Produits liquides d’usage courant

 

b) vin, jus

سهوق sahwaq juteux // menteur

 

1.3. Objets métaphoriquement envisagés comme liquides

 

b) crinière, crins, duvet

سمهى sumhā filaments délicats qui voltigent // mensonge

قرد qird singe // II. tromper par des propos flatteurs

هلّوف hillawf poilu, barbu // menteur

 

NB : Poils et cheveux étant métaphoriquement envisagés comme des liquides, nous nous sommes permis d’inclure sous cette rubrique – peut-être abusivement – un animal poilu supposé être plus « malin » que les autres, le singe.

 

2. Se déplacer

 

2.1. Marcher vite, courir[7]

زرف zarafa marcher avec rapidité (chamelle) // II. dire un tas de mensonges

ولس walasa marcher à pas rapide, à larges enjambées // tromper qqn, agir perfidement

ولق walaqa marcher d’un pas accéléré (chameaux) // continuer à dire des mensonges

 

2.2. Aller librement, errer

فنّ fanna mener, faire marcher[8] devant soi (les chameaux) // tromper

 

3. Couler, faire écouler un liquide

 

3.1. Avaler, boire

شرب šariba boire // dire des mensonges sur qqn

 

3.2. Résultatif : couler jusqu’au bout // épuiser > maigre, fatigué[9]

بسبس basbas sol désert et inculte // mensonge

خون √ḫwn – V. amoindrir, affaiblir (la force d’une chose) // خان ḫāna tromper

خسر ḫasara diminuer, amoindrir // être trompé dans une affaire de commerce

راب rāba être très fatigué // mentir

عرض ‛araḍa être fatigué ou malade // tromper qqn dans une vente

غوى ġawā maigrir, dépérir // induire en erreur

كذب kaḏaba faiblir // mentir

لغب laġaba être très las, très fatigué // tromper la crédulité de qqn

محّ maḥḥa être usé, râpé // محّاح maḥḥāḥ menteur

مكس makasa diminuer, amoindrir // tromper qqn (sur le marché)

 

4. Diverses métaphores mettent en jeu un sujet (habituellement humain) usant d’un objet comme d’un liquide

 

4.1. Orfèvrerie et teinture

صايغ ṣāyiġ orfèvre // صوّاغ ṣawwāġ menteur

صبّاغ ṣabbāġ teinturier // menteur

 

NB : On trouvera le sellier et le savetier ci-après dans le réseau de la couture. (IV.1. Termes centraux)

 

4.2. Don, abondance[10], opulence

أدى adā s’épaissir ; être en abondance // tromper qqn

عبقريّ ‛abqariyy magnifique, éclatant // pur mensonge

وشاء wašā’ richesse, opulence // وشى wašā défigurer qqch par des mensonges

 

Nous ajoutons à cette liste le verbe أشى ašā qui, n’ayant que le sens d’inventer, forger un mensonge, n’est probablement qu’une variante de وشى wašā.

 

4.3. Parler[11]

بهلق bahlaq femme sotte, bavarde // بهلقة bahlaqa mensonge

دهفش dahfaša tenir des propos galants // tromper, circonvenir

قبقب qabqaba faire entendre un bruit, un son // قبقاب qabqāb menteur

 

 

IV. Mensonge, tromperie et couture

 

Ouvrage de référence : Michel Masson, « Étude d’un parallélisme sémantique : tresser // être fort », Semitica XL, Paris, Maisonneuve, 1991, p. 89-105.

 

Dans cet article, l’auteur recense un certain nombre de racines sémitiques et surtout arabes qui présentent des parallélismes sémantiques entre le terme central corde (= lier, nouer, serrer, attacher, tisser, tresser, coudre, rapprocher,...) et des termes afférents logiquement regroupés et classés sous diverses rubriques reliées entre elles en réseau.

 

1. Termes centraux (corde, coudre, lier, serrer, attacher, tordre, ...)

 

أرى arā attacher (une bête) // أرو arw tromperie, supercherie

بشك bašaka coudre // mentir

جبر ǧabara panser, bander, remettre un os cassé // جبار ǧabār mensonge

خبن ḫabana raccourcir une robe en faisant un pli // خابن ḫābin menteur

خرص ḫaraṣa – VIII. serrer dans la bourse // VIII. mentir, forger un mensonge

خصف ḫaṣafa coudre une semelle – خصّاف ḫaṣṣāf savetier // menteur

خطرب ḫaṭraba bander l’arc, tordre une corde // mentir

درج daraǧa rouler, ployer un papier ou une pièce d’étoffe // X. tromper qqn

زار zāra attacher une bête // mentir

زعم za‛ama – III. serrer qqn dans la foule // V. dire un mensonge

سرّاج sarrāǧ sellier // menteur

سمهج samhaǧa tordre une corde avec force // tisser son discours de mensonges

شرب √šrb – IV. mettre la corde au cou d’un cheval // شرب šariba dire des mensonges sur qqn

شرج šaraǧa fermer une bourse en serrant les cordons // mentir

طفن ṭafana lier, serrer et retenir // طفانين ṭafānīn mensonge

طمرس ṭamrasa former des plis // طمرس ṭimris menteur

عجر ‛aǧara – V. faire des plis (ventre) // عجريّ ‛uǧriyy menteur

غبن ġabana faire un pli et le coudre // tromper, circonvenir

غرّ ġarr pli (dans une peau, une étoffe) // غرّ ġarra tromper, décevoir

قتر qatara attacher, boutonner // V. chercher à tromper qqn

لفق lafaqa – II. coudre deux pièces ensemble // II. faire un tissu de calomnies, de mensonges

نسج nasaǧa tisser une étoffe // mentir (cf. fr. un tissu de mensonges)

 

Nous ajoutons à cette liste le nom طبرس ṭibris qui, n’ayant que le sens de "menteur", est visiblement une variante de طمرس ṭimris, et le verbe مذمذ maḏmaḏa – dont le seul sens est "mentir" – au vu de sa proximité formelle et phonétique avec le nom مدمد madmad qui a la double signification de corde (= couture) et de fleuve (= coulure).

 

NB : M. Masson ayant situé le verbe كبن kabana "ourler, coudre" parmi les termes centraux de son réseau, c’est ici que nous avons placé les racines où mensonge et tromperie se trouvent en compagnie de la notion de pli.[12]

 

2. Élargissement du champ

 

2.a. Assiduité

فنك fanaka être assidu // mentir

 

NB : Être assidu à une tâche – comme on l’a vu à propos de la racine ربط rabaṭa "lier"[13] qui connaît la même dérivation – c’est en quelque sorte y être attaché, ne s’en distraire pour rien, jusqu’à son achèvement.

 

2.b. Intensité de la sensation (odeur)

تيسيّة taysiyya odeur de bouc, désagréable, de malpropreté // تيسيّة tīsiyya mensonge

 

2.c. Méchanceté, violence

ألس alisa être dans le trouble et dans une violente agitation // ألس alasa tromper, circonvenir

ضبس ḍabasa tourmenter, importuner // ضبس ḍabis trompeur, dupeur

قرف qarafa maltraiter, être dur et violent à l’égard de qqn // mentir

كاد kāda – VI. takāyud violence du coup, du jet // كاد kāda tromper, circonvenir à l’aide d’une ruse

 

3. Autres métaphores

 

3.b. Malheur

إزل izl malheur, infortune // إزل izl mensonge

سناب sanāb grand malheur // سنوب sanūb menteur

عجريّ ‛uǧriyy malheur // عجريّ ‛uǧriyy menteur

 

3.d. Infirmité

بهتر √bhtr – بهتر buhtur petit de taille et ramassé // بهتر bahtar mensonge

جدب ǧadb stérilité // جادب ǧādib faux, mensonger ; menteur

خبخب ḫabḫaba avoir le ventre lâche et pendant // tromper

ختر ḫatara – V. être mou, lâche et paresseux // trahir qqn, tromper indignement

دأل da’ala marcher avec peine, comme un homme faible, infirme // III. tromper qqn

دحل daḥila être petit de taille et avoir le ventre pendant // III. tromper

دحن daḥin petit de taille et ventru // rusé, trompeur

دسى dasā ne pas grandir, ne pas croître // tromper, séduire, induire en erreur

ضبا ḍabā – IV. être mince et chétif (enfant) // IV. frustrer qqn, tromper, décevoir

عثر ‛aṯara broncher, trébucher // dire un mensonge

فند fanad faiblesse, impuissance // mensonge

قرق qirq homme petit // قرق qaraqa tromper qqn

هار hāra – هيّار hayyār faible, débile (homme) // يهيرّ yahyarr mensonge

 

3.g. Faire halte, séjourner

فنك fanaka s’arrêter et faire halte // mentir

 

NB : La présence du même verbe فنك fanaka en 2.a. et 3.g. ne fait que renforcer le parallélisme.

 

3.i. Attendre, traîner en longueur

خدع ḫada‛a languir (marché) // tromper, circonvenir

خاس ḫāsa (u) ne pas se vendre (marchandises) // tromper qqn sciemment

خاس ḫāsa (i) ne pas se vendre (marchandises) // خيس ḫays mensonge

رهدن rahdana agir avec lenteur, traîner en longueur // رهدون ruhdūn menteur

قطا qaṭā traîner en longueur // attraper, tromper qqn

 

 

V. De quelques racines remarquables

 

1. شرج šaraǧa fermer une bourse en serrant les cordons ; ramasser, rassembler ; mentir – II. coudre à larges points – VII. se fendre ; être gercé, crevassé – شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher – شرج šaraǧ Voie lactée – شريجان šarīǧāni deux filets, l’un de lait, l’autre de sang, qui coulent du pis d’une chamelle

 

Cette racine est exemplaire : elle comporte les trois sémantismes de notre arborescence et on voit qu’elle a aussi le sens de mentir. Ajoutons que si on la rapproche de رجع raǧa‛a (ci-après), عجر ‛aǧara, فجر faǧara, جربز ǧarbaza, جبر ǧabara, درج daraǧa et سرّاج sarrāǧ, il est difficile de ne pas reconnaître dans toutes ces racines la présence de l’étymon {ǧ,r}. Liées par le sens, ces racines le sont donc aussi par la forme.

 

2. رجع raǧa‛a éloigner, détourner une chose d’une autre // simuler la grossesse (se dit d’une chamelle ou d’une ânesse lorsque, pour se faire croire pleine et éloigner le mâle, elle remue la queue, serre les fesses et lâche de l’urine çà et là)

 

On voit par les mots en italiques que cette racine relève elle aussi à la fois de notre arborescence et de la simulation. Mieux : c’est par l’addition explicite de la coupure, de la couture et de la coulure que la femelle simule la grossesse ! Quant à sa structure consonantique, voir ce que nous disons de شرج šaraǧa ci-dessus.

 

3. كذب kaḏaba mentir, tromper, simuler qqch (se dit par ex. d’une chamelle qui, n’étant pas pleine, remue la queue pour faire croire au mâle qu’elle est pleine et l’éloigner) // II. repousser qqn de qqch

 

C’est la racine du mensonge par excellence, la plus vivante, la plus usuelle, la première donnée par les dictionnaires bilingues, la première qui vient à l’esprit. On voit qu’elle est pratiquement synonyme de رجع raǧa‛a, le verbe que nous venons de voir et au moyen duquel le Lisān en explique le sens :

 

يقال للناقة التي يَضْرِبُها الفَحْلُ فتَشُولُ، ثم تَرْجِـعُ حائلاً: مُكَذِّبٌ وكاذِبٌ، وقد كَذَّبَتْ وكَذَب

 

Du point de vue formel, كذب kaḏaba semble apparentée par l’étymon {b,ḏ} “couper” à des racines relevant non du mensonge mais de la coupure et de la coulure comme هذب haḏaba tailler, couper les bords ou les parties superflues // couler et بذح baḏaḥa fendre // V. laisser tomber l’eau, laisser pleuvoir (se dit des nuages).

 

4. لمع lama‛a agiter, remuer les ailes (oiseau) ; enlever, chipper qqch – IV. agiter les ailes (oiseau) ; remuer la queue pour éloigner le mâle (brebis pleine) ; avoir dans le sein le foetus qui se remue déjà (femme) ; avoir les mamelles gonflées et les trayons noirs (femelles pleines) // لمع lama‛a et VIII. mentir

 

Ce verbe est pratiquement synonyme des deux précédents, à cette différence près – mais importante – que la brebis, elle, ne simule pas la grossesse, elle est vraiment pleine. Or ce verbe a également le sens de mentir. Il est clair que l’élément commun aux trois racines est l’action visible de remuer la queue pour éloigner le mâle. C’est donc bien dans un deuxième temps que le bédouin a compris que, innocente chez la brebis, cette action se doublait chez la chamelle et l’ânesse d’une intention maligne. Du coup, la même action en est venue à prendre également le sens de mentir. Comme le rappelle Miguel Catalán dans son Ética de la verdad et de la mentira[14], le mensonge et la tromperie ne sont pas le propre de l’homme :

 

David Livingstone Smith ha señalado cómo, desde los virus más simples a los grandes monos, los seres vivos siempre intercam­biaron señales engañosas, tanto de forma y color como de sonido. [15]

 

Les bédouins auront remarqué, depuis l’aube de la langue arabe, que lorsqu’une chamelle ou une ânesse remue la queue devant un mâle comme le ferait une brebis pleine, et qu’elle serre en plus les fesses et lâche de l’urine çà et là, c’est pour simuler la grossesse et éloigner l’importun. Et les mots servant à décrire ces actions, ainsi que leurs synonymes et dérivés sémantiques, en sont venus, par métaphores ou rapports logiques, à exprimer eux aussi le mensonge et la tromperie.

 

On nous objectera peut-être que les verbes كذب kaḏaba et رجع raǧa‛a ont pu avoir le sens de "mentir" avant d’avoir celui de "remuer la queue devant un mâle pour simuler la grossesse et l’éloigner". C’est peu probable, comme nous le prouve le cas de لمع lama‛a : on voit bien que pour cette racine une dérivation sémantique inverse serait impossible puisque le comportement de la brebis devant le mâle est innocent.

 

Dans la découverte progressive de l’univers et l’invention des outils sémiotiques servant à le décrire, l’abstrait a très probablement toujours découlé du concret plutôt que l’inverse. Comme Hurwitz[16], nous croyons que les hommes ont d’abord désigné les choses tangibles qu’ils voyaient – ici le lait, ailleurs l’œuf – avant d’inventer un concept fédérateur et abstrait comme celui de la blancheur. On imagine mal l’inverse.

 

 

Que conclure au terme de cette étude ? Que le mensonge et la tromperie ont été assimilés à des agressions comparables aux blessures physiques provoquées par des coups de toutes sortes, et notamment par ceux infligés par des armes blanches ? C’est en tout cas ce vocabulaire fondamental désignant des actions concrètes, physiquement douloureuses pour les blessés, qui a servi par métaphores à exprimer des notions abstraites, moralement douloureuses pour les victimes de la tromperie. Pas vraiment un crime et certainement pas encore un péché, le mensonge a dû être perçu comme un « sale coup ».

 

Les mots ont une longue histoire, dans toutes les langues. Cette étude nous a permis de voir par quels cheminements complexes des sens concrets de départ se sont peu à peu transformés en des sens d’arrivée abstraits parfaitement imprévisibles. Mais la méthode des parallélismes sémantiques est imparable : si nous avions proposé ce type de cheminement pour quelques mots, nous n’aurions guère été crédible, mais le volume de lexique concerné enlève toute part au hasard. Les résultats de cette recherche devraient inciter les lexicologues à la plus grande prudence au moment de décréter un cas d’homonymie : ce qui est avéré en synchronie pourrait bien ne plus l’être en diachronie. Si les notices des dictionnaires arabes ont le plus souvent l’aspect hétéroclite d’un inventaire à la Prévert c’est peut-être parce qu’il reste encore beaucoup à découvrir sur les liens très anciens mais réels et encore décelables entre des significations apparemment sans rapport les unes avec les autres.

 

 

Bibliographie

 

En langue arabe

 

Ibn Manẓūr (XIIIe s.), Lisān al-ʿArab, en ligne sur http://www.baheth.info/

 

En langues occidentales

 

Georges Bohas, Abderrahim Saguer, Le son et le sens : fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique, Damas, Presses de l’IFPO, 2012

Miguel Catalán, Ética de la verdad y de la mentira, Madrid, Editorial Verbum, 2015.

Solomon Theodore Halévy Hurwitz, Root-determinatives in Semitic speech, a contribution to Semitic philology, New York, Columbia University Press, 1913, réédité en 1966.

A. de Biberstein-Kazimirski, Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve et Cie, 1860.

Michel Masson, « Étude d’un parallélisme sémantique : tresser // être fort », in Semitica XL, Paris, Maisonneuve, 1991, p. 89-105.

Michel Masson, « Quelques parallélismes sémantiques en relation avec la notion de couler », in Semitic Studies in honor of Wolf Leslau, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1991, p. 1024-1041.

Jean-Claude Rolland, Les grandes familles de mots, Meaux, J.C. Rolland, 2010

Jean-Claude Rolland, Dix études de lexicologie arabe, 2e édition, Meaux, J.C. Rolland, 2017.

 

 

ANNEXE Les racines arabes du mensonge et de la tromperie

(liste non exhaustive)

 

أدى adā s’épaissir ; être en abondance // tromper qqn

أرى arā attacher (une bête) // أرو arw tromperie, supercherie

إزل izl malheur, infortune // إزل izl mensonge

أشى ašā inventer, forger un mensonge

أفك afaka éloigner qqn de qqch // mentir, forger un mensonge

ألس alisa être dans le trouble et dans une violente agitation // ألس alasa tromper

بحر baḥara fendre, déchirer // باحر bāḥir menteur

بسبس basbas sol désert et inculte // mensonge

بشك bašaka coudre // mentir

بطّ baṭṭa percer un ulcère, un clou // بطيط baṭīṭ mensonge

بطل baṭal brave, héros (sur le champ de bataille) // بطل buṭl mensonge

بقر baqara fendre // بقر buqar mensonge

بنّق bannaqa fouetter le dos // forger un mensonge

بهت bahata assaillir qqn à l’improviste et avoir le dessus // mentir

بهتر √bhtr – بهتر buhtur petit de taille et ramassé // بهتر bahtar mensonge

بهلق bahlaq femme sotte, bavarde // بهلقة bahlaqa mensonge

تريه tarīh linge dont les femmes se servent pour faire absorber les écoulements mensuels // ترّه turrah mensonge

تيسيّة taysiyya odeur de bouc, désagréable, de malpropreté // تيسيّة tīsiyya mensonge

جبر ǧabara panser, bander, remettre un os cassé // جبار ǧabār mensonge

جدب ǧadb stérilité // جادب ǧādib faux, mensonger ; menteur

جربز ǧarbaza s’éloigner // جربزة ǧarbaza tromperie

جلط ǧalaṭa raser la tête ; oter la peau d’une bête // mentir

حاق ḥāqa u balayer, frotter // حوقة ḥawqa tas de mensonges

حفا ḥafā raser entièrement la moustache // V. tromper qqn en profitant de sa niaiserie

حلس ḥalasa faire tomber une pluie continuelle // IV. tromper, flouer qqn au marché

خاب ḫāba i ne pas réussir, éprouver des pertes // IV. tromper l’attente de qqn

خاس ḫāsa i ne pas se vendre (marchandises) // خيس ḫays mensonge

خاس ḫāsa u ne pas se vendre (marchandises) // tromper qqn sciemment

خبخب ḫabḫaba avoir le ventre lâche et pendant // tromper

خبس ḫabasa prendre qqch avec la main – V. s’emparer de qqch comme de sa proie, de son butin // خبس ḫabasa tromper, frauder qqn

خبن ḫabana raccourcir une robe en faisant un pli // خابن ḫābin menteur

خبيب ḫabīb crevasse, fente dans la terre // خبّ ḫabba séduire, tromper, suborner

ختأ ḫata’a enlever, emporter qqch // VIII. tromper qqn

ختر ḫatara – V. être mou, lâche et paresseux // trahir qqn, tromper indignement

ختل ḫatala se cacher, se mettre en embuscade pour se jeter ensuite sur sa proie // III. tromper l’un l’autre, agir avec perfidie, trahir

خدب ḫadaba porter un coup de sabre // mentir

خدع ḫada‛a languir (marché) // tromper, circonvenir

خرص ḫaraṣa – VIII. serrer dans la bourse // VIII. mentir, forger un mensonge

خرق ḫaraqa déchirer, lacérer // mentir

خرم ḫarama couper de manière à séparer une chose d’une autre // خرمان ḫurmān mensonge

خسر ḫasara diminuer, amoindrir // être trompé dans une affaire de commerce

خسق ḫasaqa atteindre le but (flèche) // جسّاق ḫassāq menteur

خصف ḫaṣafa coudre une semelle – خصّاف ḫaṣṣāf savetier // menteur

خطأ ḫaṭa’a – IV. manquer le but // IV. induire en erreur

خطرب ḫaṭraba bander l’arc, tordre une corde // mentir

خلابيس ḫalābīs chameaux qui ont bientôt étanché leur soif à l’abreuvoir // mensonge(s)

خلب ḫalaba fendre, déchirer, faucher // tromper par des paroles caressantes

خلق ḫalaqa prendre la mesure avant de couper // forger un mensonge

خون √ḫawn – V. amoindrir, affaiblir (la force d’une chose) // خان ḫāna tromper

خوى ḫawā être vide, en ruines // tromper, faire défaut, tromper l’attente de qqn

دأل da’ala marcher avec peine, comme un homme faible, infirme // III. tromper qqn

دجل daǧala être couvert, caché // mentir

دجن dǧn – IV. être couvert, sombre et pluvieux (temps) // III. duper, tromper

دجو dǧw – دجا daǧā couvrir ; couvrir la femelle – III. éloigner, écarter, empêcher d’approcher // III. dissimuler sa haine contre qqn

دحل daḥila être petit de taille et avoir le ventre pendant // III. tromper

دحن daḥin petit de taille et ventru // rusé, trompeur

درج daraǧa rouler, ployer un papier ou une pièce d’étoffe // X. tromper qqn

دري dry se cacher pour attaquer sa proie // III. tromper, circonvenir

دسى dasā ne pas grandir, ne pas croître // tromper, séduire, induire en erreur

دلس dalas ténèbres épaisses // دلس dals trahison, perfidie – II. tromper dans la vente – III. tromper

دهفش dahfaša tenir des propos galants // tromper, circonvenir

دهن dahana rosser qqn // III. mentir

راب rāba u être très fatigué // mentir

رجع raǧa‛a éloigner, détourner une chose d’une autre // simuler la grossesse (se dit d’une chamelle ou d’une ânesse lorsque, pour se faire croire pleine et éloigner le mâle, elle remue la queue, serre les fesses et lâche de l’urine çà et là)

رهدن rahdana agir avec lenteur, traîner en longueur // رهدون ruhdūn menteur

زار zāra attacher une bête // mentir

زرف zarafa marcher avec rapidité (chamelle) // II. dire un tas de mensonges

زرق zaraqa rendre les excréments (oiseaux) // زورق zūraq mensonge

زعم za‛ama – III. serrer qqn dans la foule // V. dire un mensonge

زغف zaġafa percer qqn avec une lance // mêler des mensonges à son récit

زغفل zaġfala mentir

زند zanida avoir soif – II. mentir

زها zahā frapper, battre d’un bâton // mentir

زهف zahifa emporter un objet léger (vent) // IV. mentir

سحر saḥara fendre le poumon à qqn // tromper

سدج sadaǧa – VII. se coucher la face contre terre // سدّاج saddāǧ menteur

سرج saraǧa seller un cheval – سرج sariǧa tresser les cheveux – سرّاج sarrāǧ sellier // سرج saraǧa ou sariǧa mentir – سرّاج sarrāǧ menteur

سفا safā enlever et disperser (vent) // VIII. tromper, user de ruses

سفك safaka verser, répandre le sang // سفوك safūk menteur

سفه safaha – II. agiter (vent) // V. tromper, duper

سقسق saqsaqa chier (oiseau) // مسقسق musaqsiq enjôleur

سمهج samhaǧa tordre une corde avec force // tisser son discours de mensonges

سمهى sumhā filaments délicats qui voltigent // mensonge

سناب sanāb grand malheur // سنوب sanūb menteur

سهوق sahwaq juteux // menteur

شرب šariba boire // dire des mensonges sur qqn // IV. mettre la corde au cou d’un cheval

شرج šaraǧa fermer une bourse en serrant les cordons – II. coudre à larges points – VII. se fendre ; être gercé, crevassé – شرج šarǧ fente, crevasse par où l’eau descend d’un rocher – شرج šaraǧ Voie lactée – شريجان šarīǧāni deux filets, l’un de lait, l’autre de sang, qui coulent du pis d’une chamelle // شرج šaraǧa mentir

شطّ šaṭṭa éloigner, rejeter // شطاط šaṭaṭ mensonge atroce, qui dépasse les bornes

شهل šahila être bleu très foncé // شهل šahl mensonge

شوب √šwb – شايبة šāyiba ordure, chiasse // شوبة šawba tromperie, frime

صايغ ṣāyiġ orfèvre // صوّاغ ṣawwāġ menteur

صبّاغ ṣabbāġ teinturier // menteur

صقر ṣaqara frapper qqn d’un bâton // صقّار ṣaqqār menteur

صقع ṣaqa‛a frapper qqn à la tête // dire un mensonge

صلا ṣalā faire la guerre à qqn // tromper qqn par des paroles flatteuses

ضبا ḍabā – IV. être mince et chétif (enfant) // IV. frustrer qqn, tromper, décevoir

ضبس ḍabasa tourmenter, importuner // ضبس ḍabis trompeur, dupeur

طبرس ṭibris menteur

طحز ṭiḥz coït // mensonge

طخز ṭiḫz mensonge

طفن ṭafana lier, serrer et retenir // طفانين ṭafānīn mensonge

طمرس ṭamrasa former des plis // طمرس ṭimris menteur

عبط ‛abaṭa égorger un animal jeune, déchirer une robe neuve // forger un mensonge atroce

عبقريّ ‛abqariyy magnifique, éclatant // pur mensonge

عثر ‛aṯara broncher, trébucher // dire un mensonge

عجر ‛aǧara – V. faire des plis (ventre) – عجريّ ‛uǧriyy malheur // عجريّ ‛uǧriyy menteur

عدر ‛adr pluie forte et abondante // عادر ‛ādir grand menteur

عرض ‛araḍa être fatigué ou malade // tromper qqn dans une vente

عضه ‛aḍaha couper des branches de l’arbre à épines appelé عضاه ‛iḍāh // dire un mensonge

عفق ‛afaqa fouetter et disperser (vent) // III. enjôler, tromper qqn

علث ‛aliṯa combattre avec acharnement et sans relâche // علث ‛alaṯa tromper l’attente de qqn

عور ‛awara – II. détourner qqn de qqch, lui en empêcher l’usage // II. mentir

غبش ġabiš sombre (nuit) // غابش ġābiš trompeur, qui abuse de la confiance, de l’amitié

غبن ġabana faire un pli et le coudre // tromper, circonvenir

غدر ġadira être sombre (nuit) // trahir, tromper

غرّ ġarr pli (dans une peau, une étoffe) // غرّ ġarra u tromper, décevoir

غشش ġašaš trouble, sombre, terne // غشّ ġašša u tromper qqn

غلث ġalaṯa se jeter avec acharnement sur qqn et ne pas lâcher prise // tromper l’attente de qqn

غلّ ġalla introduire une chose dans une autre ; cohabiter avec une femme // tromper qqn ; frauder

غوى ġawā i maigrir, dépérir // induire en erreur

فجر faǧara faire jaillir l’eau en fendant un rocher // mentir

فرش faraša disperser, disséminer // dire un mensonge

فرى farā tailler, couper, fendre // inventer, forger un conte, un mensonge

فشفش fašfaša disperser çà et là l’urine // être un grand menteur

فصخ faṣaḫa démettre un membre du corps // فصخ fuṣiḫa être trompé dans un achat

فلح falaḥa couper, fendre // tromper dans une vente

فلق falaqa fendre // فلقان fulqān mensonge palpable

فند fanad faiblesse, impuissance // mensonge

فنك fanaka être assidu // mentir

فنّ fanna mener, faire marcher devant soi (les chameaux) // tromper

قبقب qabqaba faire entendre un bruit, un son // قبقاب qabqāb menteur

قتّ qatta couper, rogner dans le sens de la longueur // قتّات qattāt menteur

قتر qatara attacher, boutonner // V. chercher à tromper qqn

قتقت qatqata altérer les paroles d’un autre par des mensonges

قرد qird singe // II. tromper par des propos flatteurs

قرف qarafa maltraiter, être dur et violent à l’égard de qqn // mentir

قرق qirq homme petit // قرق qaraqa tromper qqn

قطا qaṭā u traîner en longueur // attraper, tromper qqn

كاد kāda – VI. takāyud violence du coup, du jet // كاد kāda tromper, circonvenir à l’aide d’une ruse

كذب kaḏaba faiblir ; mentir, tromper, simuler qqch (se dit par ex. d’une chamelle qui, n’étant pas pleine, remue la queue pour faire croire au mâle qu’elle est pleine et l’éloigner) – II. repousser qqn de qqch

لغب laġaba a u être très las, très fatigué // tromper la crédulité de qqn

لفق lafaqa – II. coudre deux pièces ensemble // II. faire un tissu de calomnies, de mensonges

لمص lamaṣa pincer qqn // لموص lamūṣ menteur

لمع lama‛a agiter, remuer les ailes (oiseau) ; enlever, chipper qqch – IV. agiter les ailes (oiseau) ; remuer la queue pour éloigner le mâle (brebis pleine) ; avoir dans le sein le foetus qui se remue déjà (femme) ; avoir les mamelles gonflées et les trayons noirs (femelles pleines) // لمع lama‛a et VIII. mentir

مان māna labourer la terre // mentir

محج maḥaǧa cohabiter avec une femme // mentir محّ maḥḥa être usé, râpé // محّاح maḥḥāḥ menteur

مخرق maḫraqa être menteur

مذع maḏa‛a disperser çà et là // mentir

مذمذ maḏmaḏa mentir

مسح masaḥa frapper // mentir

مكر makara arroser son champ // tromper qqn

مكس makasa diminuer, amoindrir // tromper qqn (sur le marché)

ملث malaṯa frapper qqn doucement, légèrement // III. enjôler qqn, le tromper

ملذ malaḏa percer qqn avec une lance // mentir

منى manā laisser couler le sperme // V. mentir

نسج nasaǧa tisser une étoffe // mentir

نمش namaša dépouiller le sol de plantes (sauterelles) // mentir

نمّ namma remplir son discours de mensonges

نمنم namnama rayer, sillonner le sol (vent) // embellir un récit par des mensonges

هار hāra démolir, abattre une maison // tromper – هيّار hayyār faible, débile (homme) // يهيرّ yahyarr mensonge

هتر hatara attaquer qqn dans sa réputation, déchirer qqn // هتر hitr mensonge

هثّ haṯṯa mentir

هثهث haṯhaṯa laisser tomber qqch avec rapidité // هثهاث haṯhāṯ menteur

هلّوف hillawf poilu, barbu // menteur

ورب wariba périr // III. jouer au plus fin avec qqn et le tromper

وشاء wašā’ richesse, opulence // وشى wašā défigurer qqch par des mensonges

وشغ wašaġa jeter çà et là l’urine et la disperser en cheminant // V. se souiller d’une action infâme ou d’un mensonge

ولس walasa marcher à pas rapide, à larges enjambées // tromper qqn, agir perfidement

ولع wala‛a faire main basse sur une chose // mentir

ولق walaqa marcher d’un pas accéléré (chameaux) // continuer à dire des mensonges

 

 

Notes

 

[1] L’écrivain et philosophe espagnol Miguel Catalán, né à Valencia en 1958, est notamment l’auteur d’un vaste traité sur l’erreur, la tromperie et le mensonge intitulé Seudología (Pseudologie).

[2] Selon la terminologie proposée par Michel Masson.

[3] Voir notre article « Coupure, couture et coulure, une polysémie remarquable en arabe classique », dans Dix études de lexicologie arabe, 2e édition.

[4] Euphémisme du XIXe siècle pour « accomplir l’acte sexuel ».

[5] تمساح timsāḥ signifie « crocodile » et « menteur ». Il s’agit vraisemblablement de deux homonymes, le premier étant un emprunt arabisé de l’ancien égyptien meseh « crocodile » dont le mot arabe a facilité l’acclimatation.

[6] Le Créateur sémitique perçu comme le Grand Couturier de l’Univers ? Le Créateur indoeuropéen en est quant à lui le Grand Jardinier. (Racine IE *k(e)rē- « pousser, faire pousser ». Voir « La famille CRÉER » dans Jean-Claude Rolland, Les grandes familles de mots, Meaux, J.C. Rolland, 2010).

[7] Métaphore banale : l’eau court, un cours d’eau, etc. Le verbe جرى ǧarā signifie aussi bien "couler" que "courir".

[8] On remarquera qu’en français aussi faire marcher qqn c’est le tromper.

[9] Le verbe épuiser (de puits) résume à lui seul la métaphore. Masson cite à juste titre le latin exhaustus, le français familié vidé, pompé, l’espagnol agotado, etc.

[10] Même métaphore qu’en latin où abundans (abondant) est issu de unda (eau).

[11] On dit bien aussi en français : un flot de paroles.

[12] Notons que pour Bohas et Saguer (Le son et le sens, p. 171 sq), le pli relève de la courbe. Quoi qu’il en soit, le rapport entre le pli et le mensonge est clair si l’on veut bien se souvenir qu’en français duplicité est un doublet de duplicata et que les deux mots sont dérivés du verbe latin plicare « plier ».

[13] Voir notre étude « Le lien et la menace », dans Rolland, Dix études de lexicologie arabe, 2e édition.

[14] Miguel Catalán, Ética de la verdad y de la mentira, Madrid, Editorial Verbum, 2015, page 123.

[15] Notre traduction : « David Livingstone Smith a montré comment, depuis les plus simples virus jusqu’aux grands singes, les êtres vivants ont toujours échangé des messages trompeurs aussi bien par les formes et les couleurs que par des cris. »

[16] It must also be borne in mind that primitive ideas are generally concrete and that an abstract idea is secondary in that it is often based on some objective aspect involved in the expression of the abstract idea, as when anger is denoted by "a reddening of the face", displeasure by "a falling of the countenance", etc. (Solomon T. H. Hurwitz, Root-determinatives in Semitic speech, a contribution to Semitic philology, New York, Columbia University Press, 1913).