Études de lexicologie arabe


L’idiot du village

 

 

 

 

Une étude de la racine بلد √bld [1]

 

 

Résumé : À partir d’une étymologie officielle mais douteuse du nom بلد balad, on se propose de revoir la totalité des vocables généralement présentés sous la racine بلدbld, en accordant notamment toute leur importance à ceux qui ne sont pas mentionnés dans le Dictionnaire des racines sémitiques. En s’appuyant à la fois sur la théorie des étymons de Bohas et la méthode des parallélismes sémantiques de Masson, on réorganise la famille de ces mots selon deux grands champs sémantiques principaux, se fixer au sol – qui permet de replacer بلد balad sous la racine بلد √bld – et porter un coup, dont la notion de stupidité semble être une extension.    

 

 

 

En consultant l’ouvrage d’Arthur Jeffery sur le vocabulaire d’origine étrangère dans le Coran[2], on est assez surpris, il faut bien le dire, de tomber (p. 82) sur le mot بلد balad, accompagné de la forme بلدة balda. Les occurrences coraniques de l’un et l’autre mots sont si nombreuses que Jeffery se contente d’en citer quelques-unes qu’il fait suivre de “etc.” Mais une plus grande surprise nous attend à la page suivante, c’est l’étymologie proposée :

 

"The verb balad‑ in the sense of ‘to dwell in a ‎region’ is denominative, and Nöldeke recognized that balad in the sense of ‘a place where one ‎dwellsʼ was a Semitic borrowing from the Lat palatium : Grk palátion. This has been accepted ‎by Fraenkel, Fremdw , 28, and Vollers, ZDMG , li, 312, and may be traced back to the military ‎occupation of N. Arabia."

 

Les références citées – Nöldeke, Fraenkel, Vollers – sont auréolées d’une telle autorité que l’étymologie n’est pas mise en doute. Et Jeffery passe au mot suivant.[3]

 

Il faudra attendre l’année 2011 et l’article de Catherine Pennacchio sur les emprunts lexicaux dans le Coran[4] pour que soient recensés quelques-uns des problèmes de la liste de Jeffery. Mais, autre surprise à la lecture du dit article, le mot بلد balad, qui ne peut pas avoir échappé à la vigilance de l’auteur, ne figure pas parmi ces “problèmes”. Pourtant, le Dictionnaire des racines sémitiques (désormais DRS, fasc. II, p. 66)[5], donnant les mêmes références que Jeffery complétées par d’autres hypothèses, avait bien pris la précaution d’ajouter : « [...] ; quoi qu’il en soit, l’étymologie reste incertaine ».

 

Enfin, dernier en date, le site ETYMARAB[6], à l’article BLD > balad, cite Jeffery in extenso en le complétant par deux autres références :

 

▪ EALL[7] (Gutas, “Greek Loanwords”): a loan from Grk ‎palátion that goes back to Latin palatium.

▪ Shahîd (EALL, “Latin Loanwords”) also mentions ‎Lat. palatium ‘town, inhabited area’, but adds that this etymology is uncertain.

 

C’est probablement l’incertitude du DRS que Irfan Shahîd rapporte sans le dire mais on se demande où il a lu que le latin palatium ait jamais eu le sens de « inhabited area » ou même de « town » ! Il faut bien reconnaître que le glissement de sens qui irait de celui de palatium « palais » à celui de بلد balad parait tellement impossible qu’il a dû lui sembler plus facile d’attribuer d’office à palatium deux sens plus propres à être endossés ensuite par son supposé descendant arabe.

 

On aura compris que nous ne nous satisfaisons guère de ces hypothèses, ni même du sentiment d’incertitude non argumenté qui les accompagne. Nous espérons au contraire pouvoir apporter, dans les lignes qui suivent, la preuve que بلد balad et بلدة balda, et cette fois aussi bien par leur sens que par leur forme, ont toute leur place au sein d’une racine arabe بلد √bld dont nous allons maintenant examiner l’ensemble des dérivés et probables apparentés.

 

 

La notice بلد √bld dans le dictionnaire de Kazimirski

 

C’est sur les données peu contestées proposées par Kazimirski[8] que nous nous appuierons essentiellement, même s’il nous arrive à l’occasion de donner quelques informations complémentaires extraites du dictionnaire de Lane[9]. Les données des deux auteurs réunis, qui rapportent le plus souvent fidèlement leurs sources, nous épargneront un long et fastidieux détour par les dictionnaires arabes du Moyen Âge. Voici donc le contenu de la notice que Kazimirski consacre à la racine بلد √bld :

 

بلد balada faire halte, s’arrêter et séjourner dans un lieu ; tenir à un lieu et s’y maintenir par tous ses efforts – بلد balida se fixer dans un pays, tenir à sa demeure et s’y maintenir ; avoir les deux sourcils séparés – بلد baluda et balida être lent et paresseux ; être stupide – II. être à terre et se coller fortement à la terre ; être imbécile, d’un esprit borné et impuissant à prendre un parti ou à avoir une idée ; être avare ; être avare de la pluie (nuage) ; refuser de marcher, de courir, s’arrêter dans sa course (cheval) – III. s’escrimer avec qqn, se battre au sabre ou au bâton – IV. s’attacher, se coller au sol ; fixer qqn dans un pays, faire qu’il s’y fixe – V. faire voir, connaître son esprit borné, sa stupidité ; battre des mains (comme expression d’une grande agitation, d’une douleur) ; être balloté, agité en sens contraire ; être dans le trouble et dans l’incertitude ; venir se fixer dans un pays étranger – XV. (إبلندى iblandā) être gros, corpulent – بلد balad pays, pays plat, cultivé ou inculte ; ville, cité ; terre, sol, terrain ; maison ; cimetière ; gorge ; espace entre les deux sourcils ; poitrine ; paume de la main ; marque, trace, vestige ; sonde (pour la profondeur de l’eau) ; seul, délaissé – بالد bālid habitant d’un pays – بلاد bilād pays habité, contrée – بلدة balda ville, cité ; terre, province, pays ; poitrine ; espace entre les deux sourcils – بليد balīd stupide, imbécile, hébété ; inerte et abruti, que rien n’émeut ni n’excite – أبلد ablad qui a les deux sourcils divisés ; grand, aux proportions athlétiques ; stupide, hébété

 

D’un examen rapide et superficiel des vocables recensés, il ressort une répartition selon deux champs sémantiques principaux : 1. l’attachement au sol, et 2. la stupidité. C’est aussi ce qui apparaît plus ou moins dans la notice du DRS consacrée à la même racine, bien que la présentation du premier sens laisse entendre qu’en accord avec Jeffery les formes verbales, grandes absentes de cette partie de la notice, ne sont que des dénominales de بلد balad. L’auteur du DRS – sans grande conviction, semble-t-il, et sans convaincre le lecteur – rattache ensuite bizarrement la notion de délaissement à celle de stupidité, ne faisant ainsi que l’économie d’une rubrique :

 

BLD : 1. arabe balad- pays plat, terre, sol, bilād- contrée ; (thamoudéen) bldt pays ; sud-arabique (soqotri) bilād, (šḫauri) bilád ville. 2. arabe baluda, balida être lent, stupide, ablad- seul, délaissé.

 

Et malgré quelques timides rapprochements dans la partie étymologique, tant pis pour les assez nombreux laissés-pour-compte que sont

 

بلد balida avoir les deux sourcils séparés

بلّد ballada être avare ; être avare de la pluie (nuage) ; refuser de marcher, de courir, s’arrêter dans sa course (cheval)

بالد bālada s’escrimer avec qqn, se battre au sabre ou au bâton

تبلّد taballada battre des mains (comme expression d’une grande agitation, d’une douleur ; être balloté, agité en sens contraire ; être dans le trouble et dans l’incertitude

إبلندى iblandā être gros, corpulent

بلد balad gorge ; espace entre les deux sourcils ; poitrine ; paume de la main ; marque, trace, vestige ; sonde (pour la profondeur de l’eau)

بلدة balda poitrine ; espace entre les deux sourcils

أبلد ablad qui a les deux sourcils divisés ; grand, aux proportions athlétiques

 

Loin d’être sans intérêt, comme nous l’avons constaté en d’autres occasions, les laissés-pour-compte ne sont pourtant pas à considérer trop rapidement comme des emprunts ou des cas isolés non élucidables. Ils sont souvent les vestiges d’un sens fondamental disparu qu’ils révèlent tout en permettant de jeter vers d’autres vocables de la famille des ponts sémantiques à première vue insoupçonnés.

 

Une fois encore ce sont surtout les travaux conjugués de Michel Masson et de Georges Bohas qui nous permettront de comprendre comment se répartissent probablement les dérivés de la racine بلد √bld. Dans nos précédentes études[10], nous avons assez souvent présenté la méthode des parallélismes sémantiques de Michel Masson et la théorie des étymons et matrices de Georges Bohas[11] pour qu’il soit nécessaire d’y revenir. Il suffira de dire ici que la racine بلد √bld pourrait être théoriquement construite sur l’un ou l’autre des trois étymons {b,l}, {b,d} et {l,d}, et lorsque nous parlerons – par exemple – de l’étymon {b,l}, le lecteur comprendra qu’il peut s’agir aussi bien de la séquence bilitère BL que de son inverse, la séquence bilitère LB.

 

Rappelons aussi qu’on a souvent fait le constat que de nombreuses racines peuvent être considérées comme résultant d’un croisement d’étymons synonymes ou complémentaires. Mais il serait très lourd, dans le cadre d’une étude comme celle-ci et sauf exception justifiée, d’afficher chaque fois l’étymon non concerné aux côtés de l’étymon de rattachement à une liste. C’est ainsi que, pour donner un seul exemple, en dépit du fait que nous rencontrerons plus loin le verbe لصب laṣiba "être collé sur les os", qui peut être considéré comme résultant du croisement des étymons synonymes {b,l} et {ṣ,l} "coller", nous ne dirons rien de l’étymon {ṣ,l}, non concerné par cette étude.

 

 

1. Serrer, lier, attacher, coller...

 

Dans son "Étude d’un parallélisme sémantique : « tresser » / « être fort »[12], Michel Masson s’attache à relever dans l’ensemble du lexique sémitique, et notamment dans celui de la langue arabe, les racines illustrant le parallélisme sémantique qu’il a observé entre l’action concrète de tresser et l’état d’être fort. S’appuyant lui-même sur le travail de J.L. Palache[13] qui avait noté pour l’hébreu le lien entre l’objet corde, les actions de nouer, tresser, d’une part et la notion de force d’autre part, l’auteur élargit le champ à tout un réseau qui va de diverses sortes d’intensité à d’autres notions abstraites comme la contrainte, l’angoisse, l’avarice, etc.

 

La dérivation sémantique qui nous intéresse ici au premier chef est celle que Masson intitule lier, nouer / attacher les animaux, titre de la partie 3.g. (p. 96), suivi d’une conséquence de cette action en forme de sous-titre : « D’où le sens de faire halte, séjourner. »[14] On voit que c’est très exactement le premier sens donné par Kazimirski au verbe بلد balada, sens qui, avec quelques variantes, réapparait dans sa notice sous diverses formes :

 

بلد balada faire halte, s’arrêter et séjourner dans un lieu ; tenir à un lieu et s’y maintenir par tous ses efforts – بلد balida se fixer dans un pays, tenir à sa demeure et s’y maintenir – II. بلّد ballada être à terre et se coller fortement à la terre – IV. أبلد ablada s’attacher, se coller au sol ; fixer qqn dans un pays, faire qu’il s’y fixe – V. تبلّد taballada venir se fixer dans un pays étranger

 

Or, parmi les vocables de la notice que nous avons appelés « les laissés-pour compte », nous relevons, d’une part

 

أبلد ablad grand, aux proportions athlétiques

إبلندى iblandā être gros, corpulent qui font évidemment référence à la force,

 

et d’autre part

 

بلّد ballada être avare ; être avare de la pluie (nuage) (Masson, 3.c. p. 93)

 

Au vu de quoi nous pouvons faire l’hypothèse raisonnable que, si au sein de la racine بلد √bld nous constatons la présence de trois items relevant l’un de la halte, le deuxième de la force et le troisième de l’avarice, nous disposons là des possibles vestiges d’un sens fondamental serrer, lier ou proche qu’aura jadis eu cette racine.[15] Nous appellerons cette racine بلد √bld.1 serrer.

 

Passons aux racines probablement apparentées. Dans l’étude de Masson (3.d.), nous avons trouvé les données suivantes :

 

hébr. balam brider, entraver / aram. blim être muet

judéo-aram. kabla lier, chaînes / mkabla stérile

 

... qui nous donnent à penser que cette racine بلد √bld.1 serrer pourrait bien être construite sur l’étymon {b,l} plutôt que sur l’un des deux autres ({b,d} et {l,d}) dont nous n’avons pas d’exemple. Auquel cas elle serait peut-être alors à rapprocher également des racines suivantes dont certains vocables ont sémantiquement à voir avec la halte, la force ou l’avarice, à commencer par celles dans lesquelles on constate la présence de quelques-uns des parallélismes sémantiques relevés par Masson :

 

بلل balila être inséparable de qqn, être constamment avec lui / بلال balāl liens de famille, du sang – بلّ ball désir ardent, convoitise (2.c.)

بلط blṭ – IV. أبلط ablaṭa se coller à la terre, au sol, s’y attacher / s’appliquer avec soin, faire tous ses efforts (2.a.)

جبلة ǧabala et ǧibala force, vigueur / جبل ǧabil avare, tenace (3.c.)

حبل ḥabl corde / حبل ḥabal tristesse (3.b.) / حبل ḥibl très habile (3.e.) / حبل ḥabila être enceinte ; être rempli de boisson (3.f.)

لبّ labba s’arrêter dans un lieu / لبّ labb, لبيب labīb assidu et persévérant dans une occupation (2.a.) / لبب labab partie du harnais qui passe sur le poitrail du cheval et sert à maintenir la selle (3.j.)

لبد labada s’arrêter dans un lieu et y séjourner / être par terre et presque collé au sol – II. raccommoder, rapiécer

لتب lataba s’attacher et se coller à qqch / être ferme, constant (2.a.)

لزب lazaba s’attacher fortement, se coller à qqch / être dur, ferme, raffermi, solide / ملزاب milzāb très avare (3.c.)

لصب laṣiba être collé sur les os / لصب laṣib avare, dur à la détente (3.c.)

وابل wābala être assidu, persévérer dans qqch (2.a.) / وبيل wabīl fort, violent, rude / ميبل maybal fouet fait de lanières tressées

بلجم balǧama bander, envelopper de bandages les jambes malades d’une bête

بلدح baldaḥa (ou بلطح balṭaḥa) être couché à terre et s’y coller (considéré par le DRS comme une extension de بلد √bld)

بلّور billawr gros, corpulent ; robuste, fort

بخل baḫila être avare, tenace

لبان labān corde d’amarrage – لبان libān corde qui garnit le bas d’un filet de pêcheur

لسب lasiba s’attacher et se coller à qqch

BKL : sud-arabique bkl se tenir, habiter – éthiopien bäkkul pays, contrée

BLQ : araméen baliqa glouton, cupide

ḤBL (en complément à l’arabe حبل √ḥbl vu plus haut) : hébreu biblique : ḥeḇel corde / territoire, région[16]

 

N.B. Pour Masson, la lenteur et la paresse sont comptées au nombre des infirmités (3.d.), mais non la sottise, au contraire de l’intelligence et de l’habileté qui occupent la partie “3.e” à part entière. Ce qui nous pose le problème de savoir si un certain nombre de vocables de la notice de Kazimirski dont, par exemple, بلد baluda, balida "être lent et paresseux ; être stupide" peuvent être associés ou non aux données précédentes. Dans le doute, nous consacrerons plus loin une partie entière de notre étude aux items de la notice relevant de ces notions.

 

 

2. Porter un coup ou des coups

 

Dans leur ouvrage Le son et le sens, Fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique[17] (p. 220 sq.), Georges Bohas et Abderrahim Saguer donnent la description du réseau sémantique porter un coup propre aux diverses matrices phoniques porteuses de cet invariant notionnel. On va voir que plusieurs items répertoriés sous la racine بلد √bld trouvent très naturellement leur place sous diverses rubriques de ce réseau :

 

بلد balida avoir les deux sourcils séparés, بلد balad ou بلدة balda espace entre les deux sourcils, أبلد ablad qui a les deux sourcils divisés (A.1.3.4. être séparé)

بلد balad ou أبلد ablad seul, délaissé, abandonné (A.1.3.4.2. être mis à l’écart, isolé, seul)

بلد balad sonde (pour la profondeur de l’eau) (A 2.4. sonder)

بلد balad marque, trace, vestige (A.4. blessures diverses)[18]

بالد bālada s’escrimer avec qqn, se battre au sabre ou au bâton (A.6.1. se battre)

 

... auxquels nous pourrions peut-être ajouter, au titre de la rubrique A.7. frapper avec la main :

 

بلد balad paume de la main

تبلّد taballada battre des mains (comme expression d’une grande agitation, d’une douleur)

 

En conséquence de quoi nous pouvons faire l’hypothèse raisonnable que ces items sont les probables vestiges d’un sens fondamental porter un coup ou proche qu’aura jadis eu la racine بلد√bld. Nous appellerons cette racine بلد √bld.2 porter un coup.

 

Dans les divers travaux de Bohas consacrés à cet invariant notionnel, nous avons trouvé les données suivantes :

 

Étymon {b,l} :

 

بتل batala couper, retrancher

بزل bazala fendre, percer

بسل basala affronter la mort, les dangers (A.6.1. se battre, attaquer)

بلت balata couper, retrancher, séparer, diviser en coupant

بلط balaṭa – III. se battre au sabre ou au bâton (A.6.1. se battre, attaquer)

تبل tabala perdre, anéantir (B.2. détruire, perdre)

لبت labata frapper qqn d’un coup de bâton sur la poitrine ou sur le ventre

لبج labaǧa donner à qqn un violent coup de bâton

لتب lataba porter un coup de lance

لجب laǧiba couper, abattre d’un coup de sabre, retrancher

لسب lasaba donner à qqn un coup de fouet

 

... auxquelles nous avons pu ajouter celles-ci :

 

بلتى baltā couper, trancher

بلج baliǧa avoir les sourcils séparés (A.1.3.4. être séparé)

بلع bali‛a percer, forer

بلعك bal‛aka couper, retrancher (d’un coup de sabre)

بلكع balka‛a couper, retrancher

لبخ labaḫa battre, frapper qqn

لبلب lablaba être disséminé, dispersé

لبم labima être démis, disloqué

لبن labana frapper violemment, assommer à coups de bâton

BDL : araméen abdaltā séparation – cananéen hibdīl séparer l’un de l’autre, bādal séparer, diviser, distinguer

BṬL : éthiopien bäṭṭälä couper

BLG : cananéen bālag partager, diviser

BLT : ougaritique blt percer, fendre – éthiopien bällätä couper

BṢL : araméen beṣal peler, fendre – éthiopien baṣṣala déchirer

 

Étymon {b,d} :

 

بدّ badda séparer, écarter, vaincre, repousser – بدد badida se tenir les jambes écartées

بدأ bada’a attaquer, assaillir – بدوة badwa agression (A.6.1. se battre, attaquer) بدح badaḥa fendre, déchirer ; frapper quelqu’un avec un bâton

بدغ badiġa casser (des noisettes, etc.)

برد barada limer

دبأ daba’a frapper avec un bâton

هدب hadaba couper, retrancher, abattre avec un instrument tranchant

وبد wabida – IV. séparer, isoler quelqu'un, le mettre dans l'isolement

BDQ : akkadien badāqu fendre, déchirer, couper – cananéen bedeq fissure – araméen bidqā fissure de mur – éthiopien bedeq fissure d’édifice

 

On voit que notre inventaire compte plus d’une vingtaine de racines construites sur l’étymon {b,l} et une dizaine de racines construites sur l’étymon {b,d}. Ce qui nous autorise à dire que la racine بلد √bld.2 porter un coup pourrait bien être le résultat du croisement des deux étymons synonymes {b,l} et {b,d} porter un coup. Notons que si le DRS n’a relevé ce sémantisme ni dans la séquence BL ni dans la racine بلد √bld, il avertit néanmoins le lecteur (p. 43) que la séquence BD est quant à elle une des séquences radicales qui entrent dans la constitution de nombreuses racines ayant pour valeur fondamentale la notion de couper, associée le plus souvent aux notions connexes de séparer, fendre, percer, disperser, etc.

 

N.B. Nous n’écartons pas la possibilité qu’au moins en diachronie nos deux racines بلد √bld.1 serrer et بلد √bld.2 porter un coup n’en constituent in fine qu’une seule. Les indices ne manquent pas qui amènent à s’interroger sur un tel rapprochement, ce double sémantisme se retrouvant dans plusieurs racines – dont دبل dabala réunir, rassembler ; frapper qqn à coups redoublés – où il est considéré comme relevant de l’homonymie ou de l’énantiosémie, mais il serait ici hors sujet de nous étendre plus longuement sur une question qui mérite une étude à part entière.[19] (Voir plus loin notre ADDENDUM).

 

 

3. Lenteur, trouble et stupidité

 

Nous avons vu plus haut qu’une certaine ambigüité pèse sur quelques-uns des vocables de la notice de Kazimirski. Rappelons-les :

 

بلد baluda et balida être lent et paresseux ; être stupide – II. être imbécile, d’un esprit borné et impuissant à prendre un parti ou à avoir une idée – V. تبلّد taballada faire voir, connaître son esprit borné, sa stupidité ; être balloté, agité en sens contraire ; être dans le trouble et dans l’incertitude – بليد balīd stupide, imbécile, hébété ; inerte et abruti, que rien n’émeut ni n’excite – أبلد ablad stupide, hébété

 

Les mêmes mots semblent relever du sémantisme de la lenteur et de la paresse d’une part et de celui de la sottise d’autre part ; d’autres encore ont à voir avec le trouble et l’incertitude. Or ces états psychiques sont bien différents, du moins sont-ils considérés comme tels à notre époque car il est bien possible qu’à une époque très ancienne de la langue, les locuteurs n’aient pas toujours très bien distingué tel état d’un autre.

 

C’est peut-être le DRS qui va ici nous éclairer sur ce point. On y lit en effet à l’article BL (p. 65) :

 

"Plusieurs racines comportant la séquence BL ont parmi leurs valeurs celle de mélanger, troubler, v. BWL, BKL, BLBL, BLK, BLL, BLS, BLƐ ?, BŚLL."

 

Effectivement :

 

بكل bakala mêler, mélanger

بلبل balbala troubler, mettre en désordre

بلك balaka mêler, mélanger

جلب ǧalab et جلبة ǧalaba cris mêlés et confus, tumulte

لبس labasa obscurcir une chose, la rendre confuse

لبك labaka mélanger, brouiller

لبن labana faire des briques (= mélanger de l’eau et de la terre)

BWL : araméen būl, bīl mélanger, bawlā tumulte

BLL : akadien balālu mélanger – cananéen bālal mélanger avec de l’huile – araméen bal mélanger – éthiopien bälla mélanger

BLS : cananéen bālas mélanger – araméen belas mélanger

 

À cette liste nous pouvons très clairement ajouter تبلّد taballada "être balloté, agité en sens contraire", qui est la description même d’un type de mélange. Or le mélange engendre le trouble dans les liquides et, métaphoriquement, dans les esprits. L’esprit troublé est confus, la réflexion est ralentie, et peut donner une impression de sottise, surtout si elle perdure. Par ailleurs la lenteur est souvent due à la lourdeur ; l’homme gros et gras, lourd, est vite traité de balourd. On voit qu’il n’est pas difficile d’associer hâtivement – comme il arrive encore que le fassent certains esprits peu enclins à la nuance – grosseur, lourdeur, lenteur, paresse et sottise.

 

D’où, toujours construites sur l’étymon {b,l}, les racines suivantes :

 

بجال baǧāl gros, replet – بجيل baǧīl gros, épais, de gros volume

بلّ bll – أبلّ aball lent à payer ses dettes

بلأز bul’az ou بلئز bil’iz ou بلز biliz jeune homme gros et gras[20]

بلتم baltam bègue, homme borné

بلدح baldaḥa être gras, balourd, stupide

بلس bls – IV. rester stupéfait

بلعس bal‛as (chameau) gros, lourd, flasque

بلق baliqa être stupéfait

بلم blm – أبلم ablam sot, stupide

بله baliha être sot, nul, simple

حنبل ḥanbal gros, replet

خبل ḫabala déranger à qqn ses facultés

خلب ḫaliba être sot

دبل dabila être gras

لبث labiṯa s’attarder quelque part – لباث labāṯ lent (cheval)

لبن labana – V. être lent, traîner tout en longueur

BṢL : éthiopien bǝṣṣul dégoûté, paresseux

 

Or, dans notre étude La tour et les signes du Zodiaque[21], nous avons vu que les sémantismes de la grosseur et du mélange pouvaient être considérés comme des dérivations de la notion fondamentale porter un coup. En français, on "coupe" aussi le vin avec de l’eau. Une conséquence du coup, surtout s’il est reçu sur la tête, est l’étourdissement de la victime, qui peut engendrer un dérangement mental (cf. خبل ḫabala ci-dessus), la sottise, voire la folie. Dans diverses langues, dont le français, on dit de même d’un fou qu’il est "touché" ou "toqué". De la stupéfaction à la stupidité, le pas est vite franchi. En dernière analyse, il s’avère donc que les vocables relevant du trouble ou de la sottise – بليد balīd stupide, بلد baluda et balida être lent et paresseux ; être stupide, etc. – pourraient, au moins en diachronie, être rattachés à la racine بلد √bld.2 porter un coup.

 

 

4. Les noms بلد balad et بلدة balda

 

Une certaine tradition étymologique, nous l’avons vu, qui va de Nöldeke à ETYMARAB en passant par Fraenkel, Vollers et Jeffery, voudrait que le nom بلد balad soit – via la forme hellénisée παλάτιον [palátion] – un emprunt au latin palatium palais. Si le DRS considère cette étymologie comme « incertaine », il doit pourtant bien lui accorder quelque crédit puisque, à la suite de Jeffery, il considère implicitement le verbe بلد balada comme un dénominal de بلد balad.

 

À la lumière de ce que nous avons dit plus haut de la halte et du séjour, nous avons personnellement des doutes sur une origine étrangère, qu’elle soit grecque, latine ou autre.[22] Nous ne voyons aucune raison valable pour que les noms ci-dessous

 

بلد balad pays, pays plat, cultivé ou inculte ; ville, cité ; terre, sol, terrain ; maison ; cimetière[23] – بالد bālid habitant d’un pays – بلاد bilād pays habité, contrée

بلدة balda ville, cité ; terre, province, pays[24]

 

... ne soient pas associés sous la racine بلد √bld.1 serrer à ceux que nous avons déjà répertoriés autour des thèmes de la fixation au sol et de la halte. De halte à maison, lieu de séjour, pays, l’évolution sémantique de بلد balad ne pose guère de problème ; c’est un peu celle du nom français demeure lui-même qui, à partir du verbe latin demŏrari « tarder ; rester, s’arrêter », en est venu à avoir le sens de « lieu d’habitation ».[25]

 

Il nous reste à comprendre pourquoi بلد balad et بلدة balda peuvent encore avoir le sens de "poitrine". Partie plates du corps ? C’est ce que suggère le DRS. À l’appui de cette hypothèse, peut-être le sens de "pays plat" donné à بلد balad par Kazimirski, et peut-être aussi l’adjectif أبلّ aball "uni, dont la surface n’est pas raboteuse". C’est bien peu. Notons, à titre de comparaison, que le latin palma (> fr. paume) est supposé être apparenté au grec πλατύς [platús] "large et plat", vraisemblablement d’origine indo-européenne. Ce serait une autre explication possible pour le sens "paume de la main" de بلد balad...

 

Pour "poitrine" ou "poitrail", nous avons recensé quelques mots apparemment construits sur l’étymon {b,l} et dont certains peuvent être considérés comme de véritables synonymes de بلد balad et بلدة balda :

 

لبب labab le haut de la poitrine – لبّة lubba le haut de la poitrine, qui touche à la clavicule ; poitrine, cœur

بأدلة ba’dila ou ba’dala partie entre la mamelle et l’aisselle chez l’homme

بلدم baldam partie antérieure et saillante du poitrail et du gosier chez le cheval

بهدلة bahdala sein, pectoraux

جبال ǧibāl corps, ventre

لبنة libna cette partie de la chemise qui couvre la poitrine et touche au cou – لبان labān poitrine, surtout la partie entre les mamelles ; poitrail (de tout animal à sabot)

 

Mais à lire Lane de près, il semble qu’en fait de poitrine il s’agisse plutôt du poitrail du cheval ou du chameau, et notamment de la partie de l’animal qui colle au sol lorsqu’il s’y allonge. Aussi proposons-nous, au moins provisoirement et jusqu’à plus ample informé, de placer بلد balad gorge ; poitrine et بلدة balda poitrine sous la racine بلد √bld.1 serrer > coller au sol.

 

 

5. Une autre présentation dictionnairique de la racine بلد √bld

 

En conclusion et en résumé, notre étude nous amènerait à présenter les données de Kazimirski plutôt de la façon suivante :

 

بلد √bld.1 serrer / être fort > coller au sol

 

a. بلد balada faire halte, s’arrêter et séjourner dans un lieu ; tenir à un lieu et s’y maintenir par tous ses efforts – بلد balida se fixer dans un pays, tenir à sa demeure et s’y maintenir – II. بلّد ballada être à terre et se coller fortement à la terre ; être avare ; être avare de la pluie (nuage) – IV. أبلد ablada s’attacher, se coller au sol ; fixer qqn dans un pays, faire qu’il s’y fixe – V. تبلّد taballada venir se fixer dans un pays étranger – XV. إبلندى iblandā être gros, corpulent

بلد balad pays, pays plat, cultivé ou inculte ; ville, cité ; terre, sol, terrain ; maison ; cimetière – بالد bālid habitant d’un pays – بلاد bilād pays habité, contrée

بلدة balda ville, cité ; terre, province, pays

أبلد ablad grand, aux proportions athlétiques

 

b. بلد balad poitrail (cheval, chameau), poitrine (homme) ; gorge

بلدة balda poitrail (cheval, chameau), poitrine (homme)

 

Étymologie : Origine sémitique. Cette racine est à rapprocher par ses deux consonnes b et l d’autres racines ayant un rapport avec la notion de serrer, attacher, lier > faire halte, comme بلدح baldaḥa, بلط blṭ, لبّ labba, لبث labiṯa, لبد labada, etc.

Pour le sens de poitrine, poitrail, voir dans ce blog notre étude sur la racine لبن lbn.

 

بلد √bld.2 porter un coup > recevoir un coup

 

a. بلد balida avoir les deux sourcils séparés, بلد balad ou بلدة balda espace entre les deux sourcils, أبلد ablad qui a les deux sourcils divisés

بلد balad ou أبلد ablad seul, délaissé, abandonné

بلد balad sonde (pour la profondeur de l’eau)

بلد balad marque, trace, vestige

بالد bālada s’escrimer avec qqn, se battre au sabre ou au bâton

بلد balad paume de la main – تبلّد taballada battre des mains (comme expression d’une grande agitation, d’une douleur)

 

b. بلد baluda et balida être lent et paresseux ; être stupide – II. être imbécile, d’un esprit borné et impuissant à prendre un parti ou à avoir une idée – V. تبلّد taballada faire voir, connaître son esprit borné, sa stupidité ; être balloté, agité en sens contraire ; être dans le trouble et dans l’incertitude – بليد balīd stupide, imbécile, hébété ; inerte et abruti, que rien n’émeut ni n’excite – أبلد ablad stupide, hébété

 

Étymologie : Origine sémitique. Cette racine – qui, en diachronie, n’est peut-être pas sans rapport avec la précédente (cf. دبل dabala) – est, pour son sens fondamental, à rapprocher au moins par deux de ses consonnes, dont b, d’autres racines dont la charge sémantique est porter un coup, comme بتل batala, بدح badaḥa, بدّ badda, بزل bazala, بلت balata, بلتى baltā, بلط balaṭa, لبت labata, لبن labana, لتب lataba, etc. Pour le sens dérivé (trouble, stupidité, etc.), on la rapprochera de بلبل balbala, بلك balaka, بلتم baltam, بلدح baldaḥa, بله baliha, خبل ḫabala, خلب ḫaliba, etc.

 

 

ADDENDUM

 

Dans cet article nous avions provisoirement conclu à l’existence de deux racines بلد √bld.1 serrer et بلد √bld.2 porter un coup, mais sans écarter la possibilité qu’elles n’en constituent finalement qu’une seule. Déjà les indices ne manquaient pas qui nous amenaient à nous interroger sur un tel rapprochement. Nous pouvons maintenant[26] affirmer qu’effectivement il n’existe bien qu’une seule et unique racine بلد√bld dont tous les dérivés relèvent de notre arborescence.

 

Pour le sens de poitrine, poitrail, voir dans ce blog notre étude sur la racine لبن lbn.

 

 

En marge : le cas de بلاط balāṭ

 

Pour Dozy[27] et pour le DRS, بلاط balāṭ est, comme بلد balad[28], un emprunt au latin palatium palais, du toponyme Palātium, le nom latin du fameux mont Palatin[29]. C’est peut-être vrai pour le sens de "cour (royale), palais" qu’a effectivement ce mot, car pour l’autre sens, "carrelage, dallage, dalle", on nous permettra d’en douter. Deux sens aussi éloignés sont généralement un indice d’homonymie. Pour cet autre sens, il serait plus raisonnable de rapprocher les mots grecs πλατύς [platús] "large et plat" et πλατεῖα [plateîa] "grande rue, place publique". Mais le plus vraisemblable, au vu de la présente étude, est que le deuxième بلاط balāṭ soit tout bonnement – comme أبلط ablaṭa "se coller à la terre, au sol" – un simple dérivé de la racine sémitique بلط blṭ. Qu’est-ce qu’une dalle, sinon une plaque de pierre que l’on colle à la terre, au sol ? Allons plus loin : qui sait si le nom propre Palātium, supposé d’origine celte ou étrusque – Ernout et Meillet[30] n’en sont pas très sûrs – ne serait pas plutôt lui-même d’origine sémitique, le vestige linguistique d’un vieux village phénicien perché sur une colline du Latium à proximité de la mer ? En akkadien, balāṭu signifie "vivre".

 

 

Références

 

Georges Bohas, Karim Bachmar, L’énantiosémie dans le lexique de l’arabe classique, Université catholique de Louvain, Institut orientaliste, Peeters, Louvain-la-neuve, 2015.

Georges Bohas, Abderrahim Saguer, Le son et le sens, Fragment d’un dictionnaire étymologique de l’arabe classique, Damas, Presses de l’IFPO, 2012.

Georges Bohas, Abderrahim Saguer, The Explanation of Homonymy in the Lexicon of Arabic, ENS Éditions, 2014.

Georges Bohas, Matrices, Étymons, Racines, Leuven-Paris, Peeters, 1997.

David Cohen, Dictionnaire des racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, Paris / La Haye, Mouton (fasc. 1 et 2), 1970 ; Louvain / Paris, Peeters fasc. 3 à 10, avec la collaboration de F. Bron et A. Lonnet), 1993-2012.

Reinhart Pieter Anne Dozy, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, E. J. Brill, 1881.

Alfred Ernout, Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck, 1932, réédition 2000.

ETYMARAB, Etymological Dictionary of Arabic, University of Oslo, Faculty of Humanities, 2016. [En ligne].

Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur’ān, Baroda, Oriental Institute, 1938.

A. de Biberstein-Kazimirski, Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve et Cie, 1860.

Edward William Lane, Arabic-English Lexicon, Londres, Willams & Norgate, 1863-1893.

Michel Masson, « Étude d’un parallélisme sémantique : tresser / être fort », in Semitica XL, p. 89-105, Paris, Maisonneuve, 1991.

Michel Masson, Du sémitique en grec, Paris, Éditions alfAbarre, 2013.

Judah Lion Palache, Semantic Notes on the Hebrew Lexicon, Leyde, Werblowsky, 1959.

Catherine Pennacchio, « Les emprunts lexicaux dans le Coran, les problèmes de la liste d’Arthur Jeffery », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem [En ligne], 22 | 2011, mis en ligne le 01 avril 2012, URL : http:// bcrfj.revues.org/6620.

Jean-Claude Rolland, Étymologie arabe : dictionnaire des mots de l’arabe moderne d’origine non sémitique, Paris, L’Asiathèque, 2015.

Jean-Claude Rolland, Dix études de lexicologie arabe, Meaux, Rolland, 2016.

Jean-Claude Rolland, « La tour et les signes du Zodiaque », dans Langues et Littératures du Monde Arabe, LLMA nº 10, 2016, URL : http://icar.univ-lyon2.fr/llma/sommaires/LLMA10-2-Rolland.pdf

 

 

Notes

 

[1] Cette étude a fait l’objet d’une première publication dans la Lettre de la SELEFA nº 5 de juin 2016, à l’adresse suivante : http://www.selefa.asso.fr/AcLettre_05.htm.

[2] Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur’ān, Baroda, Oriental Institute, 1938.

[3] Le mot suivant, c’est بنّاء bannā’, "maçon", sur lequel il y aurait certainement aussi beaucoup à dire...

[4] Catherine Pennacchio, « Les emprunts lexicaux dans le Coran, les problèmes de la liste d’Arthur Jeffery », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem [En ligne], 22 | 2011.

[5] David Cohen, Dictionnaire des racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, Paris / La Haye, Mouton (fasc. 1 et 2), 1970

[6] ETYMARAB, Etymological Dictionary of Arabic, University of Oslo, Faculty of Humanities, 2016. [En ligne].

[7] Abréviation de Encyclopedia of Arabic Language and Linguistics.

[8] A. de Biberstein-Kazimirski, Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve et Cie, 1860.

[9] Edward William Lane, Arabic-English Lexicon, Londres, Willams & Norgate, 1863-1893.

[10] Voir notamment Jean-Claude Rolland, Dix études de lexicologie arabe, Meaux, Rolland, 2016.

[11] Voir notamment Georges Bohas, Matrices, Étymons, Racines, Leuven-Paris, Peeters, 1997.

[12] Dans Semitica XL, Paris, Maisonneuve, 1991, p. 89-105. Article partiellement repris dans Michel Masson, Du sémitique en grec, Paris, Éditions alfAbarre, 2013, p. 116-120.

[13] Judah Lion Palache, Semantic Notes on the Hebrew Lexicon, Leyde, Werblowsky, 1959.

[14] On observe la même dérivation dans diverses racines, notamment dans la racine ربط √rbṭ avec le couple ربط rabaṭa "attacher un animal" et le nom رباط ribāṭ "station, relais ; hôtellerie, caravansérail ; hospice ; édifice solide". Rappelons à ce propos que l alternant souvent avec r en arabe, on ne s’étonnera pas que les étymons {b,r} et {b,l} soient porteurs de charges sémantiques communes.

[15] À elle seule cette hypothèse met à mal le sens de la dérivation nom → verbe implicitement supposée par le DRS. Nous reviendrons sur cette question dans la partie de cette étude consacrée aux noms بلد balad et بلدة balda.

[16] ḥeḇel corde (Jos. 2,15) / territoire, région (Jos. 19,9 ; Dt. 3,4) (Pennacchio, p. 6.)

[17] Damas, Presses de l’IFPO, 2012.

[18] Lane donne, entre autres sens, « a mark remaining upon the body ».

[19] Voir Georges Bohas, Karim Bachmar, L’énantiosémie dans le lexique de l’arabe classique, Université catholique de Louvain, Institut orientaliste, Peeters, Louvain-la-neuve, 2015, ainsi que Georges Bohas, Abderrahim Saguer, The Explanation of Homonymy in the Lexicon of Arabic, ENS Éditions, 2014.

[20] Probable étymon de l’argot français balèze.

[21] J.C. Rolland, « La tour et les signes du Zodiaque », dans Langues et Littératures du Monde Arabe, LLMA nº 10, 2016.

[22] Nous avions déjà émis ces doutes dans J.C. Rolland, Étymologie arabe : dictionnaire des mots de l’arabe moderne d’origine non sémitique, Paris, L’Asiathèque, 2015, article بلد balad, p. 51.

[23] Lane s’attarde sur un autre sens, très spécifique : « endroit où l’autruche dépose ses œufs ».

[24] Lane ajoute : « a desert, or waterless desert, in which one cannot find his way ; any extensive tract of land ; a desolate place ».

[25] On notera que dans son rapport avec la notion de resserrement, le cas de بلد balad n’est pas sans analogie avec celui de son parasynonyme مصر miṣr. (Voir notre étude «مصر Miṣr, le nom arabe de l’Égypte dans la racine مصر maṣara », dans Dix études de lexicologie arabe).

[26] Voir notre étude « Coupure, coulure, couture » dans Dix études de lexicologie arabe, 2e édition.

[27] Reinhart Pieter Anne Dozy, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, E. J. Brill, 1881.

[28] Rappelons que بلطح balṭaḥa est une variante de بلدح baldaḥa qui est elle-même considérée par le DRS comme une extension de بلد √bld.

[29] Le mont Palatin est l’une des sept collines de Rome. Il occupe une position centrale dans l'ancienne Rome dont c’est une des parties les plus anciennes.

[30] Alfred Ernout, Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck, 1932, réédition 2000, articles Palātium et palātum.


POUR L’APPRENTISSAGE DU VOCABULAIRE

 

 

Racines du corpus figurant dans mon

 

Vocabulaire fondamental de l’arabe moderne

 

http://www.lulu.com/shop/jean-claude-rolland/vocabulaire-fondamental-de-larabe-moderne/ebook/product-21873926.html

 

NB : Attention ! N’apparaissent ici que les acceptions et dérivés retenus pour les besoins de l’étude.

 

بخل baḫila être avare, tenace

 

بدأ bada’a attaquer, assaillir – بدوة badwa agression

 

بدّ badda séparer, écarter, vaincre, repousser – بدد badida se tenir les jambes écartées

 

برد barada limer

 

بلد balada faire halte, s’arrêter et séjourner dans un lieu ; tenir à un lieu et s’y maintenir par tous ses efforts – بلد balida se fixer dans un pays, tenir à sa demeure et s’y maintenir ; avoir les deux sourcils séparés – بلد baluda et balida être lent et paresseux ; être stupide – II. être à terre et se coller fortement à la terre ; être imbécile, d’un esprit borné et impuissant à prendre un parti ou à avoir une idée ; être avare ; être avare de la pluie (nuage) ; refuser de marcher, de courir, s’arrêter dans sa course (cheval) – III. s’escrimer avec qqn, se battre au sabre ou au bâton – IV. s’attacher, se coller au sol ; fixer qqn dans un pays, faire qu’il s’y fixe – V. faire voir, connaître son esprit borné, sa stupidité ; battre des mains (comme expression d’une grande agitation, d’une douleur) ; être balloté, agité en sens contraire ; être dans le trouble et dans l’incertitude ; venir se fixer dans un pays étranger – XV. (إبلندى iblandā) être gros, corpulent – بلد balad pays, pays plat, cultivé ou inculte ; ville, cité ; terre, sol, terrain ; maison ; cimetière ; gorge ; espace entre les deux sourcils ; poitrine ; paume de la main ; marque, trace, vestige ; sonde (pour la profondeur de l’eau) ; seul, délaissé – بالد bālid habitant d’un pays – بلاد  bilād pays habité, contrée – بلدة balda ville, cité ; terre, province, pays ; poitrine ; espace entre les deux sourcils – بليد balīd stupide, imbécile, hébété ; inerte et abruti, que rien n’émeut ni n’excite – أبلد ablad qui a les deux sourcils divisés ; grand, aux proportions athlétiques ; stupide, hébété

 

جبلة ǧabala et ǧibala force, vigueur – جبل ǧabil avare, tenace – جبال ǧibāl corps, ventre

 

جلب ǧalab et جلبة ǧalaba cris mêlés et confus, tumulte

 

حبل ḥabl corde – حبل ḥabal tristesse – حبل ḥibl très habile – حبل ḥabila être enceinte ; être rempli de boisson

 

لبث labiṯa s’attarder quelque part – لباث labā lent (cheval)

 

لبس labasa obscurcir une chose, la rendre confuse

 

لبن labana frapper violemment, assommer à coups de bâton ; faire des briques V. être lent, traîner tout en longueur – لبنة libna cette partie de la chemise qui couvre la poitrine et touche au cou – لبان labān poitrine, surtout la partie entre les mamelles ; poitrail (de tout animal à sabot)