Le lien et la menace

 

 

 

Une étude de la racine ربط rabaṭa

 

 

La langue française a reçu en héritage divers mots issus de la racine arabe ربط rabaṭa "lier" : le nom de la capitale marocaine, Rabat, le nom des Almoravides et celui de leur monnaie espagnole, le maravédis (ou marabotin), ainsi que des noms de familles, comme le maghrébin Mérabet, l’italien Morabito et peut-être le français Marbotin. Quant au marabout, en évoluant d’un saint ascète à un vulgaire fétichiste sorcier, il a de lui-même fini par engendrer le verbe marabouter, et par nous faire tomber avec lui du maraboutisme dans le maraboutage.

 

Laissant à d’autres le soin d’élucider l’histoire assez complexe du mot français marabout, nous nous proposons quant à nous d’examiner de plus près la racine ربط rabaṭa et ses dérivés, afin de comprendre comment une racine ayant le sens fondamental de lier a pu engendrer des vocables où la notion de lien n’est plus vraiment perceptible.

 

Nous partirons du contenu de la notice que le dictionnaire de Kazimirski consacre à la racine ربط rabaṭa :

 

ربط rabaṭa lier, serrer des liens ; lier, attacher à qqch ; raffermir, fig. l’esprit, le cœur – III. s’appliquer avec zèle et assiduité à qqch ; inquiéter, menacer le pays ennemi en se tenant avec une armée sur les frontières ; monter un cavalier, donner un cheval tout équipé pour la guerre sainte ; s’observer réciproquement (se dit de deux armées stationnant sur les frontières, qui épient les mouvements l’une de l'autre) – VIII. lier, serrer ; attacher ; destiner et tenir au relais un cheval tout prêt pour le service des courriers

رابط rābiṭ qui lie, qui serre ; qui attache ; qui raffermit ; qui est raffermi, solide – rābiṭ al-ǧa’š ferme, inébranlable ; homme voué à la vie spirituelle, qui a renoncé aux choses de ce monde ; ascète ; lien, tout ce qui sert à lier, à attacher une chose à l'autre

رابطة rābiṭa lien, attache ; corps de cavalerie gardant la frontière

رباط ribāṭ lien, attache, tout ce qui sert à fixer, à attacher ; entrave ; filet pour prendre les bêtes fauves ; cœur, esprit, âme ; station, relais ; station, chevaux pour le service des courriers ; hôtellerie, caravansérail ; hospice ; édifice solide ; engagement

ربيط rabīṭ lié, serré de liens, d’entraves ; attaché ; raffermi – rabīṭ al-ǧa’š confiant, fort, ferme ; homme voué à la vie spirituelle, qui a renoncé aux choses de ce monde, ascète ; dattes sèches que l’on serre dans un sac de cuir et qu’on arrose d’eau

أربط ’arbaṭ qui n’a pas d’enfant (homme)

مربط marbaṭ ou marbiṭ étable, enclos, ou tout endroit où l’on attache pendant la nuit les bestiaux, les chevaux qui sont au vert, etc.

مربط mirbaṭ corde pour attacher une bête

مربطة mirbaṭa lien attache, courroie

مربوط marbūṭ lié, serré ; attaché fortement ; ferme, solide ; marabout, homme voué à la vie ascétique

مرابط murābiṭ assidu – al-murābiṭīn les Almoravides, dynastie d’Afrique et d’Espagne

مترابط mutarābiṭ intarissable (eau)

 

Il apparaît clairement que la dominante sémantique est la notion de lien. Pour mieux comprendre certaines extensions sémantiques de cette notion, nous ferons appel à l’article de Michel Masson, Étude d’un parallélisme sémantique : « tresser » / « être fort » [1]. Dans cet article l’auteur s’attache à relever dans l’ensemble du lexique sémitique, et principalement dans celui de la langue arabe, les racines illustrant le parallélisme sémantique qu’il a observé entre l’action de tresser et l’état d’être fort. S’appuyant lui-même sur le travail de J.L. Palache[2] qui avait noté pour l’hébreu le lien notionnel entre « nouer, tresser, corde » et « force », l’auteur élargit le champ à tout un réseau qui va de diverses sortes d’intensité à d’autres métaphores comme la contrainte, l’angoisse, l’avarice, etc. Masson établissant dans cet article des liens directs entre le lien, la fermeté et l’assiduité, on ne sera pas surpris de retrouver ces mêmes notions parmi les vocables relevant de la racine ربط rabaṭa. La présence dans cette notice de deux locutions permet en outre de comprendre comment on passe de l’objet lien à la notion d’ascétisme telle qu’elle est assumée par la forme adjectivale et par les deux participes de la forme I.

 

En effet, رابط rābiṭ et ربيط rabīṭ qui a renoncé au monde, moine, ascète sont probablement des formes elliptiques résultant de la locution ǧa’šu-hu rābiṭ (ou rabīṭ) son cœur est ferme, plus usuelle sous la forme de locution adjectivale rābiṭ (ou rabīṭ) al-ǧa’š. Le sens originel de رابط rābiṭ et ربيط rabīṭ serait donc à interpréter ainsi : (celui dont le cœur est) ferme. De la même façon, مربوط marbūṭ marabout, homme voué à la vie ascétique doit être la forme elliptique résultant de la locution rabaṭa l-lāhu ‛ala qalbi-hi, Dieu a raffermi son cœur, le sens originel du participe passif مربوط marbūṭ étant donc à interpréter ainsi : (celui dont le cœur a été) raffermi (par Dieu)[3].

 

Si l’on écarte provisoirement[4] les curiosités isolées que sont – ou semblent être – أربط ’arbaṭ qui n’a pas d’enfant (homme), ربيط rabīṭ dattes sèches que l’on serre dans un sac de cuir et qu’on arrose d’eau, et مترابط mutarābiṭ intarissable (eau), seuls apparaissent sans le moindre rapport avec l’objet lien les mots رابطة rābiṭa corps de cavalerie gardant la frontière, et رابط rābaṭa inquiéter, menacer le pays voisin en se tenant avec une armée sur la frontière. La présence de chevaux entravés ou attachés dans les deux acceptions ne suffit certainement pas à assurer un tel glissement sémantique, en dépit des efforts laborieux déployés par les sources arabes citées par Lane pour voir dans ces chevaux ainsi immobilisés près de la frontière ceux des soldats chargés de la défendre.

 

L’explication n’est pourtant pas très loin ; elle est, dans les dictionnaires, à la portée de l’œil. Il paraît même assez incroyable qu’elle ait pu échapper si longtemps aux grammairiens arabes et aux orientalistes. Il suffisait en effet de consulter les deux notices consacrées aux racines ربص rabaṣa et ربض rabaḍa qui précèdent dans l’ordre alphabétique celle consacrée à ربط rabaṭa. Qu’y lit-on ?

 

ربص rabaṣa attendre, guetter, épier l’occasion pour en profiter ; être imminent, menacer quelqu’un

ربض rabaḍa attendre, guetter – ربّاض rabbāḍ lion, littéralement qui se couche les jambes ployées pour guetter sa proie – مرابض murābiḍ soldat des troupes qui gardent la frontière

 

Nous avons là au total trois racines reliées entre elles à la fois par la paronymie et la synonymie.[5] Nous ne pouvons en tirer qu’une conclusion : bien qu’aucun dictionnaire ne présente ainsi les faits, il doit exister dans le lexique arabe au moins deux racines ربط rabaṭa homonymes qui n’ont entre elles aucun rapport sémantique, l’une – appelons-la ربط rabaṭa.1 – étant porteuse de la charge sémantique du lien et l’autre – appelons-la ربط rabaṭa.2 – étant porteuse de la charge sémantique de la menace, que ce soit dans le domaine de la chasse ou dans celui de la guerre.

 

Dans son Supplément (vol. I, p. 500-502), Dozy donne des acceptions qui ne laissent planer aucun doute sur la proximité sémantique entre ربط rabaṭa et les deux autres racines :

 

ربط rabaṭa attendre qqn dans une embuscade, faire sentinelle, attendre, guetter – V. s’embusquer, attendre qqn dans une embuscade, le guetter – مربط marbaṭ endroit où les voleurs se mettent en embuscade pour dévaliser les passants

 

Nous n’avons par ailleurs pu établir aucun parallélisme sémantique entre ces deux notions : les racines arabes où il est question de liens et de cordes sont nombreuses mais aucune autre que ربط rabaṭa – et quelques racines en RB ou BR sur lesquelles nous reviendrons – ne propose à la fois le lien et la menace parmi ses acceptions ou celles de ses dérivés.

 

Nous pouvons donc raisonnablement conclure que, de même qu’il n’y a aucune relation entre les deux homonymes que sont رباط ribāṭ nom de l’objet lien et رباط ribāṭ nom d’action de la forme III رابط rābaṭa inquiéter, menacer le pays voisin en se tenant avec une armée sur la frontière, il ne saurait y en avoir entre l’ascète – aussi assidu soit-il – et le garde-frontière. Le fameux moine-soldat musulman servant dans un couvent fortifié de l’ancien empire arabe, première acception donnée par le Trésor de la Langue Française (entre autres ouvrages) pour le mot français marabout, est donc une vue de l’esprit. Si le رباط ribāṭ a bien été aussi un lieu de méditation spirituel et le مرابط murābiṭ l’hôte d’un tel lieu, cela ne signifie par pour autant que le رباط ribāṭ ait été un couvent militaire musulman et le مرابط murābiṭ un moine-soldat.

 

Nous pensons avoir ainsi démontré qu’une erreur d’ordre historique a été commise à cause d’une confusion linguistique due à l’homonymie : il y a deux formes مرابط murābiṭ homonymes, l’une signifiant "ascète" et l’autre "garde-frontière", cette dernière ayant – au moins d’après Kazimirski – مرابض murābiḍ pour synonyme ou variante. Il doit d’ailleurs plutôt s’agir d’une variante car la forme III du verbe ربض rabaḍa semble inexistante. Il est même probable que le mot مرابض murābiḍ, absent des dictionnaires arabes du Moyen Âge, a été créé ultérieurement pour lever l’ambiguïté entre les deux مرابط murābiṭ homonymes. Ainsi les rôles sont maintenant clairs : celui du saint homme au مرابط murābiṭ et celui du soldat au مرابض murābiḍ.

 

À partir de ce constat, aucun historien de l’Islam ne peut plus affirmer l’existence d’un « moine-soldat musulman » sur la base d’une seule forme qui aurait les deux acceptions. Quelques ascètes parmi des recrues n’ont jamais transformé une garnison en monastère. Nous ne nions pas absolument la possible existence, quelque part aux marches de l’Empire musulman, d’ascétiques garde-frontières faisant pendant aux Templiers ou aux Hospitaliers, mais ce n’est pas dans la langue arabe qu’on en trouvera la preuve. Nous confirmons par là linguistiquement ce que l’historienne Jacqueline Chabbi a écrit dans l’Encyclopédie de l’Islam à propos de رباط ribāṭ :

 

[...] il n’est plus possible de souscrire [...] à la définition de G. Marçais présentant le ribāṭ [6] comme "un genre d’établissement à la fois religieux et militaire qui semble assez spécifiquement musulman" et qui serait apparu "de bonne heure". Il n’est pas non plus possible de retenir comme "courante" l’acception de "couvent fortifié".[7]

 

En complément à cette première approche, nous allons maintenant montrer que si les deux racines ربط rabaṭa.1 et ربط rabaṭa.2 sont purement homonymes, chacune d’elle relève d’un groupe dans lequel diverses racines présentent des similitudes formelles et sémantiques. Nous utiliserons l’appareil théorique proposé par Georges Bohas, et notamment ce qu’il appelle un « étymon », à savoir un ensemble non ordonné linéairement de deux consonnes, porteur d’une charge sémantique décelable dans un nombre significatif de racines construites sur cet étymon. Les grammairiens arabes et les orientalistes n’ont certes pas manqué de remarquer des phénomènes de synonymie dans des racines ayant une « séquence » de deux consonnes communes, mais Bohas a découvert les mêmes charges sémantiques dans la plupart des racines construites sur des séquences inverses. En l’occurrence, nous allons donc nous intéresser non seulement aux racines construites sur la séquence RB mais également à celles construites sur la séquence BR, ce que Bohas résume par la formule l’étymon réversible {b,r}.

 

ربط rabaṭa.1 lier

 

· ordre RB

 

ربّ rabba réunir, ramasser ; s’attacher à ; se fixer dans un lieu – رباب rubāb nœud serré fortement et difficile à défaire

ربث rabaṯa retenir, arrêter et empêcher qqn de s’occuper de qqch

ربد rabada lier, attacher avec des liens

ربق rabaqa prendre qqn avec un lacet de manière qu’il ait la tête prise dans le nœud coulant ; lier, serrer avec des liens

ربك rabaka – VIII. s’agiter dans le filet en cherchant à se dégager (se dit d'une bête fauve prise dans le filet)

رأب ra’aba réparer un objet, un vase brisé, en approchant les deux bouts

رتب rataba être ferme, se tenir ferme, ne pas bouger

رغب √rġb – رغبانة ruġbāna nœud à la courroie de la chaussure

رقب raqaba attacher qqn par le cou, lui jeter la corde ou la chaîne au cou

ركب √rkb – II. mettre une chose sur une autre, superposer l’une à l’autre ; composer, faire d’un corps simple un corps composé ; mêler, mélanger, faire entrer en composition[8]

أرب ’araba serrer (un nœud) ; s’appliquer avec assiduité à qqch – إربة ’irba nœud, surtout noué fortement et serré – أربة ’urba nœud, surtout noué fortement et serré ; collier, ornement du cou. حظرب ḥaẓraba tordre fortement, donner quelques tours de plus à une corde خطرب ḫaṭraba tordre fortement une corde

زرب zarb, zirb enclos en bois pour les bestiaux

زردب zardaba étrangler

سرب saraba confectionner, coudre, faire (une outre) – سرب sarb enclos pour les moutons – سربة sarba couture

شرب √šrb – IV. mettre la corde au cou d’un cheval[9]

ضرب √ḍrb – مضروب maḍrūb mêlé, mélangé et brouillé (en parlant de divers ingrédients) ; fait, composé, arrangé de telle ou telle façon

ظرب ẓariba s’attacher, se coller, s’accrocher à qqn

عقرب ‛aqrab courroie avec laquelle on fixe la chaussure au cou-de-pied ; courroie avec laquelle on rattache la queue d’une bête de somme au derrière de la selle

كرب karaba tordre, tresser, faire une corde ; serrer plus fort, p. ex., les liens, les cordes avec lesquelles on a lié qqn, donner un tour aux cordes qui serrent ; munir d’une corde (p. ex. un seau) ; être près de faire qqch – III. être près, s’approcher de qqn – كريب karīb nœud de la tige du roseau

كربس karbasa marcher comme celui qui a des entraves aux pieds

كربش karbaša marcher comme celui qui a des entraves aux pieds ; saisir quelqu’un et le garrotter

 

· ordre BR

 

برم barama tordre, tresser (une corde) en tordant les fils – برم burm corde

برة bura anneau, boucle que les femmes portent au bas du tibia en guise d’ornement ; anneau en fer qu’on passe dans la narine, percée à cet effet, du chameau, et qui tient lieu de frein

ثبر ṯabira retenir, empêcher d’approcher d’une chose, en éloigner qqn – III. être assidu, s’appliquer à quelque chose

جبر ğabara panser, bander et remettre (un os cassé)

دبارة dubāra ficelle

زبر zabara éloigner, repousser qqn de quelque chose

صبر ṣabara lier, attacher qqn à qqch ; retenir et empêcher qqn d’aller ou de toucher à qqch

ضبر ḍabara sauter comme saute un cheval qui a des entraves aux pieds de devant ; ranger, mettre en ordre (les pierres, etc.) ; assembler, réunir

كعبرة ku‛bura nœud, nodosité, ce qui forme un nœud.

 

Au total, en comptant notre racine de départ, nous avons donc relevé dans le lexique arabe une trentaine de racines ayant en commun les consonnes b et r et porteuses de la charge sémantique du lien. On a vu les implications diverses de cette action du gardien, de l’éleveur ou simplement de l’utilisateur de bétail : pour immobiliser l’animal, il faut l’enfermer dans un enclos, l’entraver ou l’attacher avec une corde en serrant un nœud, surtout si l’on a l’intention de faire une halte plus ou moins longue. De cette action concrète dérivent des emplois métaphoriques relatifs à la proximité et au rapprochement, à l’alliance familiale ou politique, à l’arrangement et à la composition, à l’assiduité, etc.

 

ربط rabaṭa.2 menacer

 

1. menacer , être menaçant, effrayer, faire peur, inquiéter

 

· ordre RB

 

ربص rabaṣa être imminent, menacer qqn

ربط rabaṭa – III. inquiéter, menacer le pays ennemi en se tenant avec une armée sur les frontières

رعب ra‛aba faire peur à qqn ; menacer, proférer des menaces رهب rahiba – IV. effrayer ; mettre en fuite – V. menacer, effrayer qqn par des menaces راب rāba f. I. inquiéter qqn ; faire peur à qqn ; jeter qqn dans le doute ou dans l’embarras, de manière qu’il ne sache quel parti prendre ; inspirer à qqn des doutes, des soupçons amharique ’angärabädä menacer, faire le matamore

 

· ordre BR

 

برق √brq – IV. menacer, éclater en menaces

زبر zabara – XI إزبارّ ’izbārra se disposer à l’attaque, prendre une attitude menaçante tigré bärräǧä danser la danse de guerre

 

Remarque : Sachant que le r alterne souvent avec le l dans le lexique arabe, on notera aussi

 

بسل basala prendre un air austère, menaçant,

جلب ǧalaba menacer de qqch, et

علب ‛aliba – XV. إعلنبى ’i‛lanbā prendre un air menaçant.

 

Bohas dirait que les neuf racines ci-dessus relèvent de la même matrice phonique.[10]

 

2. Conséquences de la menace : avoir peur, craindre, redouter, être inquiet, effrayé, fuir

 

· ordre RB

 

رعب ra‛aba avoir peur, être effrayé

رهب rahiba craindre, redouter qqch – V. craindre (le monde)

 

· ordre BR

 

بحر baḥira être saisi et interdit de frayeur

برق baraq frayeur, peur

برقط barqaṭa fuir à la débandade, tomber à la renverse

برك √brk – باروك bārūk peureux

بعثر ba‛ṯara trouble, inquiétude

بيقر bayqara douter

ثبجر √ṯbǧr – إثبجرّ ’iṯbaǧarra trembler, trembloter de frayeur ; reculer d’épouvante ou d’étonnement.

 

Le sens premier de la racine sémitique BRḤ est fuir (DRS 2, p.83) en ougaritique, phénicien, araméen... On a aussi :

amharique bäräggägä tressaillir, bäräddädä avoir peur, bärrärä s’enfuir, bärräyä s’enfuir épouvanté, bar bar aläw avoir un pressentiment

guèze ’abāḥrara effrayer

tigré bärräg belä être épouvanté, bärεa, bär’a craindre, bərṣ belä sursauter de frayeur, bäḥarärä être effrayé

tigrigna bärrärä s’enfuir, baḥrärä être effrayé

 

3. Circonstances de la menace : guetter ou épier la proie, chercher à voir le prédateur

 

· ordre RB

 

ربأ raba’a observer, se tenir en vedette, en sentinelle, pour observer les mouvements de l’ennemi ; monter à une vigie, à une hauteur, pour voir de loin et observer – ربئ rabi’ vedettes, sentinelles

ربص rabaṣa attendre, guetter, épier l’occasion pour en profiter

ربض rabaḍa attendre, guetter

ربط rabaṭa – III. s’observer réciproquement (se dit de deux armées stationnant sur les frontières, qui épient les mouvements l’une de l’autre)

رقب raqaba observer, regarder avec attention ; guetter ; attendre ; garder, veiller sur qqch

زرب zaraba – VIII. entrer dans un enclos, ou dans une hutte (se dit des bestiaux ou d’un chasseur qui se met en embuscade)

شرب šariba – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre[11]

akkadien rabāṣu se mettre en embuscade

hébreu ’ārab épier, dresser des embuches

thamoudéen wrb se mettre en embuscade

 

· ordre BR

 

بحثر baḥṯara scruter, examiner

برق √brq – II. ouvrir les yeux, les écarquiller et regarder fixement

برهم barhama regarder longtemps et fixement un objet ; y plonger ses regards

برى √bry – X. examiner, scruter ; chercher à connaître la position de l’ennemi

بصر baṣara – III. 1. regarder, fixer un objet de loin et d’une hauteur ; chercher à voir, à reconnaître ; observer, regarder (l’un et l'autre) à qui reconnaîtra plus tôt telle chose. – IV. observer, considérer, chercher à y voir clair. – X. regarder et observer avec attention ; scruter une chose cachée

ذبر ḏabara regarder avec attention, et voir distinctement et clairement

سبطر sabṭara –سبطر sibaṭr qui allonge son corps pour faire un bond ou se jeter sur sa proie (se dit, p. ex., du lion ou d'une autre bête féroce)

عبر ‛abira – VIII. considérer avec attention, observer ; examiner avec attention

akkadien barū voir, regarder

 

4. Les lieux de guet, et notamment les hauteurs géographiques

 

· ordre RB

 

ربأ raba’a – مربأ marba’ vigie ou hauteur où se tient une sentinelle pour épier les mouvements de l’ennemi

ربو rabw hauteur, élévation, colline – رباوة ribāwa colline, hauteur

رتب rataba – رتبة ratba hauteur, élévation de terrain – مرتبة martaba points dans les déserts ou sur les montagnes où se trouvent une source ou une vigie

رقب raqaba – مرقب marqab vigie, tour, toute hauteur où l’on se place pour voir de loin et pour observer

ركب rakiba – راكب rākib sommet d’une montagne

زرب zarb, zirb, zarab et زريبة zarība hutte où le chasseur se met en embuscade pour guetter sa proie – زرب zarib petite colline pointue vers le sommet

طربال ṭirbāl vigie, fanal, tour au haut d'une montagne

غرب √ġrb – مغرب muġrib sommet d'une colline

Remarque : Il ne serait peut-être pas illégitime d’ajouter ici محراب miḥrāb qui désigne un logement particulier à l’étage le plus élevé.

 

· ordre BR

 

برأة bur’a hutte de chasseur

براعم barā‛im hautes montagnes

برثط barṯaṭa gravir une montagne

برع bara‛a gravir une montagne

صبير ṣabīr montagne, colline rocailleuse

كبار kabār butte, monticule

نبرة nabra tout objet un peu élevé au-dessus de la surface d'un corps, bosse – منبر minbar estrade, place un peu élevée au-dessus du sol

نهبور nuhbūr colline sablonneuse très élevée

 

Remarque 1 :

Une certaine tradition étymologique voit dans برج burǧ, bastion, tour, un emprunt au grec πύργος [púrgos], tour, enceinte garnie de tours, via l’araméen burgā ברגא ou le pehlevi burg, id. Dans l'étude La tour et les signes du Zodiaque on lira que nous remettons en question cette étymologie. On voit déjà que, par sa forme et son sens, ce mot relève tout naturellement des vocables désignant les observatoires situés en hauteur.

 

Remarque 2 :

On retrouve le même parallélisme sémantique hauteur / menace dans

خطر ḫaṭura être haut, élevé / خطر ḫaṭar danger

مشرف mušrif qui domine les points d’alentour / imminent, menaçant (danger)

نمر namara gravir une montagne / تنمّر tanammara éclater en menaces

وصيد waṣīd montagne / وصّد waṣṣada effrayer, intimider par des menaces

 

Au total, en comptant nos trois racines de départ, nous avons donc relevé dans le lexique arabe près d’une quarantaine de racines ayant en commun les consonnes b et r et porteuses, directement ou indirectement, de la charge sémantique de la menace. Dans l’article de Michel Masson que nous avons cité plus haut, l’auteur avait relevé (p. 93) que l’angoisse pouvait être une extension sémantique du lien. Or, dans le deuxième bloc de notre inventaire, c’est bien d’angoisse qu’il s’agit. Masson avait également relevé (p. 96) que l’attente est une autre extension sémantique du lien. De l’attente au guet, il n’y a qu’un pas mais l’attente n’est pas seulement synonyme d’espoir, elle est aussi synonyme de crainte. Nous choisissons néanmoins de faire de la menace une charge sémantique à part entière, car elle implique non seulement la peur ressentie par la victime, qui n’est qu’une conséquence de la menace, mais aussi les circonstances dans lesquelles se cachent et s’épient la proie menacée et le prédateur menaçant. Ainsi nos deux racines ربط rabaṭa.1 et ربط rabaṭa.2 sont homonymes car elles sont construites sur un étymon {r,b} porteur de deux charges sémantiques distinctes, le lien d’une part, et la menace d’autre part, cette dernière probablement elle-même dérivée de la notion de hauteur.

 

C’est d’ailleurs cette polysémie de l’étymon {r,b} qui explique que ce phénomène d’homonymie se retrouve dans d’autres racines. Le lecteur vigilant aura peut-être relevé ces quelques paires :

 

LIEN : رتب rataba être ferme, se tenir ferme, ne pas bouger

MENACE : رتب rataba – رتبة ratba hauteur, élévation de terrain – مرتبة martaba points dans les déserts ou sur les montagnes où se trouvent une source ou une vigie

 

LIEN : رقب raqaba attacher qqn par le cou, lui jeter la corde ou la chaîne au cou

MENACE : رقب raqaba observer, regarder avec attention ; guetter ; attendre ; garder, veiller sur qqch

 

LIEN : ركب √rkb – II. mettre une chose sur une autre, superposer l’une à l’autre ; composer, faire d’un corps simple un corps composé ; mêler, mélanger, faire entrer en composition

MENACE : ركب rakiba – راكب rākib sommet d’une montagne

 

LIEN : زبر zabara éloigner, repousser qqn de quelque chose

MENACE : زبر zabara – XI إزبارّ ’izbārra se disposer à l’attaque, prendre une attitude menaçante

 

LIEN : زرب zarb, zirb enclos en bois pour les bestiaux

MENACE : زرب zarb, zirb, zarab et زريبة zarība hutte où le chasseur se met en embuscade pour guetter sa proie – زرب zarib petite colline pointue vers le sommet

 

LIEN : شرب √šrb – IV. mettre la corde au cou d’un cheval

MENACE : شرب šariba – XI. إشرأبّ ’išra’abba (pour ’išrābba) allonger le cou, se hisser, se dresser pour mieux voir, ou pour atteindre

 

LIEN : صبر ṣabara lier, attacher qqn à qqch ; retenir et empêcher qqn d’aller ou de toucher à qqch

MENACE : صبير ṣabīr montagne, colline rocailleuse

 

Nous ne croyons pas pour autant avoir affaire à un véritable parallélisme sémantique. Comme nous l’avons dit plus haut, il existe en arabe une quantité de racines exprimant avec d’autres séquence que RB ou BR la notion de lien mais d’où la notion de menace est absente. Jusqu’à preuve du contraire, de la même manière que nous pensons avoir révélé l’existence de deux racines ربط rabaṭa homonymes, il existe probablement deux racines رتب rataba homonymes, deux racines رقب raqaba homonymes, etc. (Voir plus loin un rectificatif à cette conclusion dans notre Ajout de la deuxième édition).

 

 

On s’interrogera peut-être sur le statut de la troisième consonne, dite « crément ». Fait-elle de la simple figuration dans cette histoire d’étymons devenus racines ? Ou n’y joue-t-elle pas au contraire un rôle morphologique ou sémantique ? La question n’est pas sans importance, elle a d’ailleurs fait l’objet de la thèse de doctorat de Laïla Khatef, Statut de la troisième radicale en arabe : le croisement des étymons, soutenue à l’Université Paris 8 en 2003. Nous y renvoyons le lecteur car il n’y a pas vraiment lieu de nous étendre ici sur cette question. Mais pour ne pas l’éluder complètement, nous ferons néanmoins de brèves observations à partir de quelques exemples.

 

– Le crément hamza : Il est présent dans deux de nos racines : ربأ √rb’ et برأ √br’. Il fait partie des créments, tels les glides (cf. برى √bry) et la deuxième consonne redoublée, dont la fonction semble bien n’être que d’allonger un mot risquant d’être trop court. Comme le dit Robert Gauthiot, « Les langues évitent d’employer comme mots normaux, autonomes, à valeur pleine, des éléments trop courts. »[12] Elles laissent cette caractéristique aux mots dits « grammaticaux », comme cela est particulièrement évident en arabe.

 

– Le crément : Il est présent dans trois de nos racines : ربص √rbṣ, بصر √bṣr et صبر √ṣbr. Or la consonne se présente en compagnie du b dans les verbes بصّص baṣṣaṣa et بصبص baṣbaṣa ouvrir les yeux, construites sur l’étymon {b,ṣ}, dont la charge sémantique est celle du regard, notion dont nous avons vu plus haut l’importance primordiale dans l’opération du guet. Nous dirons que les racines ربص √rbṣ, بصر √bṣr et صبر √ṣbr sont le résultat du croisement des deux étymons complémentaires {r,b} menacer et {b,ṣ} observer.

 

– Le crément : Il n’apparaît que dans une seule de nos racines : ربض √rbḍ. Or la consonne se présente en compagnie du b dans les mots ضباب ḍabāb brouillard épais qui pèse sur la terre, ضاب ḍāba s’embusquer, se cacher (pour se jeter sur l’ennemi), ضبأ ḍaba’a se blottir (chasseur), مضبأ maḍba’ repaire, cachette, construits sur l’étymon {b,ḍ}, dont la charge sémantique est celle de se cacher, notion dont nous avons également vu plus haut l’importance dans l’opération du guet. Nous dirons que la racine ربض √rbḍ est le résultat du croisement des deux étymons complémentaires {r,b} menacer et {b,ḍ} se cacher.

 

Quant à la racine ربط rabaṭa.2, il suffira de jeter un coup d’œil à la liste qui suit pour comprendre qu’elle est le résultat du croisement des étymons {r,b} menacer et être collé {b,ṭ} au sol, s’y étendre à plat ventre (notamment pour se cacher) :

 

بأط b’ṭ – V. être couché sur la poitrine, ou sur le côté, la poitrine contre la terre

بسط basaṭa étendre (p. ex. un tapis, une natte par terre)

بطّ baṭṭa aplatir

بطح baṭaḥa – VII. tomber la face contre la terre

بطغ baṭiġa se traîner par terre, comme les enfants ou un cul-de-jatte

بطن baṭn ventre – باطن bāṭin déprimé, plus bas que ceux d’alentour (sol, terrain)

بلط balaṭa – IV. se coller à la terre, au sol, s’y attacher

سبط sabiṭa – II. être couché, étendu par terre ; tomber, et ne pas pouvoir se relever (se dit d’un homme blessé ou malade) ; rester par terre comme si l’on y était collé

سبطر sabṭara – IV. إسبطرّ ’isbaṭarra s’étendre du long de son corps, étant couché sur le côté – سبطر sibaṭr qui allonge son corps pour faire un bond ou se jeter sur sa proie (se dit, p. ex., du lion ou d’une autre bête féroce) ; couché et étendu tout de son long par terre

طبر ṭabara se cacher, se dérober aux regards

طبق ṭabiqa être collé, être appliqué, posé de sa surface contre la surface d’un autre corps

طبن ṭabana – XI. إطبانّ ’iṭbānna être déprimé et bas

عبط ‛abaṭa – VIII. se cacher, être caché

لبط labaṭa – VIII. se coucher par terre et s’étendre tout du long

 

Ainsi, s’il est vrai que nos trois racines paronymiques de départ expriment toutes la notion de menace, il est légitime de penser que dans ربص √rbṣ l’accent est mis sur le regard, que dans ربض √rbḍ il est mis sur l’action de se cacher, et que dans ربط rabaṭa.2 il est mis sur l’action de s’étendre à plat ventre sur le sol pour se dérober aux regards. (2016)

 

 

Ajout de la deuxième édition (2017)

 

Dans le texte qui précède nous avions cru pouvoir distinguer deux racines ربط √rbṭ homonymes, l’une exprimant le lien et l’autre la menace. Nous avions même perçu une homonymie similaire dans quelques autres racines : رتب √rtb, رقب √rqb, ركب √rkb, زبر √zbr, etc. En fait, nous le comprenons maintenant, si le lien relève bien évidemment de la couture, la menace relève du coup ou plus exactement de sa conception, de sa préparation, de son attente ; la menace est un coup en puissance. Autrement dit, le lien et la menace relèvant l’un et l’autre de notre arborescence, il n’existe qu’une seule et unique racine ربط √rbṭ

(Voir l'article Coupure, coulure et couture).

 

 

 

Sources bibliographiques

 

– Bohas, Georges, et Bachmar, Karim, "Les étymons en arabe. Analyse formelle et sémantique". Recherches, n° 23, Beyrouth, Dar El-Machreq, 2014.

– Belot, Jean-Baptiste, Dictionnaire arabe-français « El-faraïd », Imprimerie catholique, Beyrouth, 1955.

– Bohas, Georges, et Saguer, Abderrahim, The Explanation of Homonymy in the Lexicon of Arabic, ENS Éditions, 2014.

– Bohas, Georges, Matrices, Étymons, Racines, Leuven-Paris, Peeters, 1997.

– Chabbi, Jacqueline, « RIBĀṬ », Encyclopédie de l’Islam, 2005.

– Cohen, David, Dictionnaire des racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, Paris / La Haye, Mouton (fasc. 1 et 2), 1970 ; Louvain / Paris, Peeters fasc. 3 à 10, avec la collaboration de F. Bron et A. Lonnet), 1993-2012.

– Dozy, Reinhart Pieter Anne, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, E. J. Brill, 1881.

– Kazimirski, A. de Biberstein, Dictionnaire arabe-français, Paris, Maisonneuve et Cie, 1860. http://archive.org/details/dictionnairearab01bibeuoft

– Khatef, Laïla, Statut de la troisième radicale en arabe : le croisement des étymons, Thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris 8 en 2003.

– Lane, Edward William, Arabic-English Lexicon, Londres, Willams & Norgate, 1863-1893. http://www.tyndalearchive.com/TABS/Lane/

– Larcher, Pierre, « Jihâd et salâm : guerre et paix dans l’Islam, ou le point de vue du linguiste », dans Faire la guerre, faire la paix, approches sémantiques et ambiguïtés terminologiques, p. 63-74, éd. électronique, Paris, Éd. du CTHS, 2012.

Le Trésor de la Langue Française, article « marabout ». http://www.cnrtl.fr/

– Masson, Michel, "Étude d’un parallélisme sémantique : « tresser » / « être fort »", in Semitica XL, p. 89-105, Paris, Maisonneuve, 1991.

– Reig, Daniel, Dictionnaire arabe-français français-arabe « As-Sabil », Paris, Librairie Larousse, 1983.

– Wehr, Hans, A Dictionary of Modern Written Arabic, edited by J. Milton Cowan, Ithaca NY, Cornell University Press, 1966.

 

 

 

Notes

 

[1] Semitica XL, p. 89-105, Paris, Maisonneuve, 1991. Article partiellement repris dans Masson (2013) p. 116-120.

[2] Semantic Notes on the Hebrew Lexicon, Leyde, 1959.

[3] Le même type d’ellipse a été relevé par P. Larcher (voir bibliographie) à propos de ğihād qui est, selon lui, à comprendre comme étant l’abréviation de ğihād fī sabīli llāh. De la même façon, il faut supposer que ʾislām est à rapprocher de la locution ʾaslama ʾamra-hu ʾilā l-lāh, « remettre son sort entre les mains de Dieu, s’en remettre à Dieu, se résigner à la volonté de Dieu ». À partir de là, on comprend que ʾislām puisse signifier « action de s’en remettre à la volonté de Dieu », car c’est la forme elliptique de ʾislāmu ʾamri-hi ʾilā l-lāh.

[4] Nous y reviendrons dans une autre étude.

[5] On a au moins un trio de variantes parallèle avec قبص qabaṣa prendre du bout des doigts, قبض qabaḍa saisir, empoigner, et قبط qabaṭa saisir.

[6] Georges Marçais, « RIBĀṬ », Encyclopédie de lslam (1936), III, 1150-1153.

[7] Jacqueline Chabbi, « RIBĀṬ », Encyclopédie de l’Islam (2005), VIII, 510-523. Merci à Roland Laffitte et à Didier Bertrand pour leurs apports documentaires.

[8] Vu sous cet angle, on comprend mieux le lien sémantique entre la forme II ركّب rakkaba et sa forme I correspondante ركب rakiba monter à cheval. En enfourchant son cheval, le cavalier adhère à l’animal, ne fait plus qu’un avec lui ; cavalier et monture constituent littéralement un « montage », une « composition ».

[9] Ce sens n’a à l’évidence aucun rapport avec le verbe شرب šariba boire. On voit qu’il existe donc probablement plusieurs racines شرب √šrb homonymes.

[10] On voit que la synonymie, en arabe, revêt trois formes : deux mots peuvent être synonymes 1. en relevant d’un même étymon, 2. en relevant d’une même matrice phonique, et 3. en ne relevant ni de l’un ni de l’autre, ce dernier cas étant celui du français et probablement de toutes les autres langues.

[11] D’où peut-être le mot مشربيّة mašrabiyya fenêtre en saillie et grillagée, qui désigne un lieu relativement élevé dont la fonction première est bien de pouvoir voir sans être vu. Une telle analyse morphosémantique nous semble en tout cas plus satisfaisante que les diverses hypothèses envisagées jusqu’ici quant à l’origine de ce mot. Cf. aussi شرّف šarrafa lever, dresser le cou en marchant (chameau).

[12] La fin de mot en indo-européen, Paris, Paul Geuthner, 1913, chap. III, Le cas des monosyllabes, p. 66.